D'importantes manifestations se tiennent à Hong Kong contre le projet de loi sur les extraditions judiciaires vers la Chine. Un million de personnes étaient dans la rue dimanche dernier, un nouveau rassemblement est attendu dimanche 16 juin et une grève générale pourrait commencer lundi. Des manifestations maintenues malgré la décision de Carrie Lam, chef de l'exécutif de Hong Kong, ce samedi, de suspendre le projet de loi. Car c’est aussi la liberté de l’information qui est en jeu.

Un « pays, deux systèmes », le slogan qui avait été celui de la rétrocession à la Chine en 1997, est-il le point de se convertir en un « pays, un système » ? C’est la crainte des Hongkongais démocrates avec ce projet de loi qui, au nom de la lutte contre la criminalité, veut autoriser les extraditions devant la justice chinoise. Ce qui se joue, c’est la liberté d’expression et l’information libre. Il suffit de rappeler que la Chine est le 176ème pays sur 180 sur l’échelle de la liberté de la presse, selon l'association Reporters sans frontières. On compte une soixantaine de détentions arbitraires de journalistes ou de blogueurs et on se souvient que le prix Nobel de la Paix Liu Xiabo, comme le blogueur Yang Tongyan, sont tous les deux mort d’un cancer derrière les barreaux. La Chine a même durci sa réglementation récemment puisqu’un simple partage, un like ou un commentaire sur internet suffisent à un citoyen pour être envoyé en prison. 

Alors bien sûr les autorités hongkongaises assurent qu’il ne s’agit en aucun cas de livrer des défenseurs des droits de l’homme. Il n’est question que de lutter contre la corruption de mafieux qui trouvent refuge sur le territoire semi-autonome. Seulement, tout le monde connaît la surveillance technologique massive dont est capable la Chine, sa notation sociale qui peut disqualifier du jour au lendemain un blogueur ou un intellectuel. RSF a parlé de « nouvel ordre médiatique mondial ». A Hong Kong, des attaques informatiques par déni de services, donc par encombrement des réseaux, ont eu lieu massivement sur la messagerie cryptée Telegram pour empêcher les manifestants de communiquer ou de se réunir.

On a vu aussi la Chine s’intéresser au système médiatique hongkongais lorsqu’Alibaba, la grande plateforme chinoise, a pris le contrôle du quotidien South China Morning Post en 2015. Toujours selon RSF, on a assisté à une ingérence croissante des autorités chinoises dans les médias. Et si on ne recense plus de violences à l’égard des journalistes, c’est que les médias s’autocensurent quand il s’agit de couvrir la gouvernance de Hong Kong ou la dépendance à la Chine continentale.

Heureusement, il reste quelques lueurs d’espoir car on trouve aussi des médias libres comme Citizen News, The Initium ou Hong Kong Free Press, avec depuis peu une reconnaissance officielle. Ensuite, et surtout, parce que la perte de l’indépendance du système judiciaire ne plait pas du tout aux patrons, qui sont aussi de grands annonceurs, car cela fait peser un risque sur l’attractivité économique. L’espoir est donc que le conseil exécutif de Hong Kong retire de lui-même son projet.