Une prime de 8 000 euros pour embaucher les futurs routiers et... routières de France ! Engagé dans un plan de sauvetage de l'emploi des jeunes, le gouvernement se lance dans une semaine de discussions sur les filières techniques. Des primes pour l'embauche d'apprentis font partie des possibilités. Parmi les secteurs concernés, le tranport routier avec de futurs conducteurs... et conductrices de poids-lourds ! En France, la tendance est lente, les femmes ne représentent que 4% des chauffeurs. Mais quel que soit le continent du monde, ces dames sont de plus en plus présentes, y compris en Afrique.

Des femmes au volant de poids-lourds, on en trouve dans de nombreux pays d'Afrique : en Namibie, en Afrique du sud, au Burkina, au Sénégal ou encore au Cameroun même si elles sont peu nombreuses ces conductrices ! Parce que quelle que soit la région du monde, elles préfèrent toutes le mot conductrices de camions au mot camionneuse, qu'elles trouvent moins féminin.

Le métier a évolué, les manoeuvres sont de plus en plus automatisées

Dans le milieu du transport, les femmes sont toujours plus nombreuses dans les bureaux des entreprises de logistiques que sur les routes. Un univers d'hommes où contrairement à ce que l'ont pourrait imaginer, les remarques machistes ont vite disparu au profit du respect et d'une bonne cohabitation. C'est en tout cas l'avis de Dominique Leroy, routier et formateur de jeunes apprenties routières :

« Les femmes du métier ont généralement une forte personnalité, explique-til. Si jamais un collègue, comme j'en ai vu, leur manque de respect, elles l'envoient vite fait se faire voir ailleurs ! Bien entendu qu'il y encore des remarques déplacées mais franchement, c'est rare. Les femmes sont sans doute moins fortes physiquement que les hommes, ajoute-t-il, mais aujourd'hui le travail n'a rien à voir avec celui des 40 dernières années. Le monde du transport s'est beaucoup amélioré. Les charges de colis ne sont pas aussi contraignantes car des outils existent, et les véhicules aussi sont mieux équipés, les freins, la climatisation, l'espace à l'intérieur, c'est beaucoup plus vivable. Mais je dois dire qu'elles apportent beaucoup pour les transporteurs. Les femmes conduisent différemment, mieux que nous, les hommes qui sommes plus brutaux ! Elles, elles usent moins de carburant en écoconduite, elles savent doser, démarrer au bon moment, et donc, elles usent moins vite les pneus par exemple. »

4% de femmes chauffeures en Europe et seulement 7 000 parkings sécurisés sur 400 000 !

Congés maternité, conversions en chauffeur de cars touristiques, les carrières féminines sont souvent entrecoupées. Aux États-Unis, comptez 4 000 euros pour un début de carrière. 2 000 euros en Europe, c'est une approximation puisque chaque cas est assez particulier entre transporteurs régionaux, nationaux, internationaux. Le salaire dépend aussi des matériaux ou marchandises (primes pour les produits dangereux...)

Femmes et hommes, à salaire égal. Mais pas de Sécu pour les routières des pays de l'Est

Cristina Tilling est secrétaire générale de la Fédération européenne des travailleurs routiers, elle estime à 4% la proportion de femmes chauffeures en Europe. À l'ouest du continent, dit-elle, l'égalité salariale et les droits hommes-femmes, sont à peu près respectés. Ce n'est pas le cas à l'est, où sur les très longs trajets du transport international, les femmes n'ont pas la vie facile :

« Les conductrices de l'Est de l'Europe comme en Roumanie ou Bulgarie n'ont pas souvent de Sécurité Sociale, dit-elle avec son accent roumain, et cette précarité sociale éloigne beaucoup de femmes qui aimeraient pourtant faire ce métier, plutôt bien payé. En Europe, continue-t-elle, il y a plusieurs types de condutrices, celles des trajets internationaux sont les plus mal loties. Elles doivent dormir pendant des mois dans leur camion, la plupart du temps, elles se lavent aux lingettes parce qu'en France comme dans beaucoup de pays du sud, il y a un manque de structures sanitaires et souvent les toilettes ne sont pas séparées entre hommes et femmes. En revanche dans les pays du nord (Allemagne, Suisse, Autriche) on constate que les aires d'autoroutes et les parking sont beaucoup plus confortables. Tout ceci ne doit pas faire oublier la pénurie de parkings sécurisés, il n'y en a que 7 000  sur un total de 400 000, c'est ce qui fait que les femmes en particulier se sentent en danger avec des risques de vols et d'attaques. Personnellement, je connais un groupe de conductrices qui on crée un réseau Facebook rien que pour s'épauler et se parler lors de leurs nuits sur les bords des routes ou sur les parkings. »

Des clandestins dans son camion

Annie Sedlegger, 71 ans, l'une des toutes premières conductrices françaises a elle aussi connu les manques de sanitaires, surtout en France. L'Allemagne, la Suisse ou l'Autriche sont beaucoup mieux équipées. Parmi tous les problèmes, Annie a plus souffert du manque de sanitaires que de vols ou d'attaques, même si ces dangers existent. Les zones à risques sont plutôt à chercher du côté de la frontrière avec la Biélorussie qu'avec les voisins espagnols ou belges. Revenons à la carrière d'Annie Seldegger. Cette chauffeure au sang chaud y pense encore la nuit... Un matin entre la France et l'Angleterre, des étrangers sont montés dans son camion.

« J'allais passer, dit-elle, sur le bateau et c'est en allant pour le contrôle du véhicule, que la police a découvert les 4 clandestins. Ils s'étaient cachés à l'arrière de mon camion. La police nous a tous arrêtés. Moi, je suis passée au tribunal avec 2 000 euros à payer pour chaque passager illégal. Bien évidemment, j'ai payé de ma poche puisque mon patron a dû aussi s'acquiter d'une amende, rajoute-t-elle, avec l'amertume encore audible dans sa voix. Je vous assure, conclue-t-elle, ce souvenir me reste au travers de la gorge. »

Annie Seldegger a fondé l'association « La route au féminin ». Elle compte une soixantaine de conductrices de poids-lourds. Des femmes qui encouragent les carrières en allant dans les collèges. « Il faut voir les regards des adolescentes, disent-elles, quand on leur dit que notre camion, c'est notre amoureux. On en connaît tous les bruits, les points fort et les points faibles. Mais surtout, on l'aime passionnement... »