Urgent, recherche chauffeurs routiers  ! C'est une étude de Pôle emploi, l'Agence française du travail, qui a sonné l'alerte. L'Europe, et particulièrement la France, manque de chauffeurs routiers. Trop de temps passé hors de chez soi, une surveillance constante par GPS, du stress pour assurer l'heure de livraison, le transport camion n'attire plus les jeunes français. Pourtant, le métier a bien changé et la conduite n'est qu'une part d'un vaste monde méconnu du grand public.

Il aurait pu devenir citernier et transporter des hydrocarbures au volant d’un camion-citerne, il aurait pu aussi être chauffeur de poids lourd frigorifique. Non, depuis tout petit Morgan Poirier, rêve de charger et de décharger des troncs d’arbres en pleine forêt ! A 30 ans il est l’un des plus jeunes grumiers d’Europe. Pour lui, son camion c’est sa maison. Un véhicule qu’il aime même quand il lui joue des tours, la semaine dernière par exemple :

« La météo n'était pas bonne, nous raconte-t-il, je traversais une forêt avec des petits chemins glissants. A 19h30, je me suis enfoncé dans le sol, résultat, j'ai passé la nuit dehors tout seul. Et, ça fait partie du métier, dans de tels cas, on prend son mal en patience et on attend le lendemain matin qu'un collège vienne pour tracter le véhicule. Moi, j'aime cette vie-là, mes petits chemins, on ne croise pas grand monde. Si les jeunes sont moins attirés par le métier, c'est sans doute en raison d'un petit conflit de génération. Les vieux de la vieille, les chauffeurs qui ont 40 ans de métier n'aiment pas beaucoup les jeunes chauffeurs. Ils nous prennent souvent pour des petits vantards qui ne jurent que par les ordinateurs et les nouvelles technologies des camions modernes ».

Les jeunes générations n’aiment pas être toute la semaine sur la route

C’est le métier mais aussi l’esprit d’une génération qui ne supporte plus d’être éloignée du domicile plus d’une semaine ! La rémunération joue aussi un rôle, le salaire moyen est de 2000 euros. Et la pénurie vaut partout en Europe, et même aux États-Unis aussi. A l’échelle mondiale, les recrutements de chauffeurs routiers ont chuté de 70%.

Un vrai drame pour Alexis Degouy, Délégué Général de l’Union du Transport et Logistique de France. « Si les jeunes ne choisissent pas le métier, c'est qu'ils ne le connaissent pas, assure-t-il, il y a beaucoup de préjugés, le camion ne fait plus rêver comme il a pu faire rêver des aventuriers qu'on disait des durs à cuire, qui partaient seuls sur les routes avec un camion décoré. Aujourd'hui, tout cela est révolu, les chauffeurs sont suivis 24h sur 24 par GPS et ils commandent un vrai tableau de bord d'avion ! La conduite n'est qu'une partie du travail, c'est ce qui est passionnant, concilier la conduite de route avec l'informatique sur le véhicule. Des données (température de votre frigo, l'état de votre marchandise, le kilométrage avant l'arrivée...) de plus en plus précises à donner au client et à la société qui vous a embauché ».

Les filles ne représentent que 3% des routiers de France

Pour pouvoir embaucher 42000 chauffeurs qui manquent aujourd’hui en France, Christine Boy, responsable de l’Association de formation professionnelle du Transport, travaille va dans les écoles à la pêche de nouvelles recrues et c’est ce qui étonne le plus la jeunesse, c’est que les filles sont aussi les bienvenues.

« Dans la profession en France, les filles ne représentent que 3% des conducteurs, explique-t-elle. Or, quand elles découvrent l'éventail de métiers qui touchent le transport et la logistique, elles s'investissent beaucoup. Elles peuvent donc conduire mais aussi travailler dans les ressources humaines ou devenir chef de parc de véhicules routier. Il faut des qualités parfois insoupçonnées comme parler des langues étrangères pour échanger à l'international, nous recrutons jusqu'à bac + 6. Notre travail consiste à sensibiliser les professeurs pour qu'ils fassent découvrir les facettes de ces métiers de plus en plus liés aux nouvelles technologies avec des véhicules équipés de caméras, d'écrans. En général, les instruments les impressionnent beaucoup lors des présentations de professionnels ».

Surveiller les cybercriminels contre les attaques informatiques de véhicules

Un chauffeur de poids lourd peut évoluer et devenir conseiller en cyber sécurité pour contrer les attaques informatiques, attaques, destruction ou vols de véhicules et de marchandises. Un thème nouveau qui sera exposé et débattu en juin prochain au Salon mondial de la Logistique et du Transport. Tous, routiers, experts, patrons, jeunes écoliers et étudiants y sont conviés et peut-être, dans la foulée, bientôt embauchés.