Le covoiturage, cette formule qui permet de voyager moins cher en partageant une voiture et les frais de route, est de plus en plus connue. Mais saviez-vous qu'il va exister la même chose dans l'espace ? Le premier trajet de satellite partagé aura lieu cet automne. Une première mondiale créee par des français installés aux États-Unis. Leur société s'appelle Loft Orbital, elle transporte le matériel et fournit le satellite que se partageront pluisieurs clients des secteurs agricoles, de l'énergie ou des télécommunications.

C'est difficile à croire mais le point commun entre un verre de vin et un satellite tournant autour de la terre, c'est Loft Orbital ! En embarquant les caméras hyperspectrales de plusieurs clients en même temps, cette start-up permettra de réduire les coûts d’une entreprise agricole qui cherche par exemple à connaître 24h sur 24, les taux de sucre dans son raisin ou d'humidité dans se sols. Pour d’autres, ce seront les fuites de gaz invisibles à l'oeil nu qu’il s’agira d’observer au-dessus d'immenses réservoirs, quand d'autres encore au Moyen-Orient cherchent à prévoir les tempêtes de sables pour pouvoir gérer les transports d'élevages.

Pierre Damien Vaujour est l'un des fondateurs de Loft Orbital, il a même des clients chinois qui envoient dans l’espace des clés quantiques, traduire par des lasers capables de transférer des messageries cryptées : « La plupart des clients qui utilisent des outils à poser sur des satellites ne les utilisent que partiellement, parfois une seule fois par jour, explique-t-il. Un exemple, si vous êtes un organisme de gardes côtes australiens et que vous cherchez à surveiller la barrière de Corail pour savoir s'il y a des bateaux dans la zone qui se seraient aventurés dans les eaux protégées, vous n'allez utiliser les images satellites qu'au moment où le satellite passe au-dessus de la mer qui vous intéresse, donc quelques minutes vous aurez tout intérêt à partager votre satellite avec d'autres pour payer moins cher. Cette idée d'optimiser la place permet de réduire le prix. Entre un et cinq millions de dollars au lieu de cinquante mille dollars si vous aviez affaire à un gros satellite traditionnel que vous n'auriez que pour vous-même. »

Des pétroliers qui gèrent les stocks depuis l'espace en surveillant le niveau d'essence des réservoirs

Pour bien comprendre, comparons avec une voiture. Imaginez qu'avant la possibilité de ce partage, le client doive tout trouver lui-même, les ingénieurs capables de concevoir sa voiture, payer les matériaux, le constructeur qui fabrique le véhicule, le permis de conduire et le péage ! Pour l’espace, c’est pareil, à la différence près qu’au lieu du péage et du permis, Loft Orbital vous fournit la fusée qui transportera votre caméra ou votre capteur dans l’espace !

Pierre François Mouriaux, du magazine Air & Cosmos : « L'avantage de cette nouvelle offre, dit-il, c'est que Loft Orbital en s'occupant de tout, fait gagner beaucoup de temps et d'énergie aux clients qui ne savent pas toujours à qui s'adresser pour lancer leur stallite. Ce partage de charges permet de s'affranchir des tracasseries administratives (les droits, les licences) pour faire décoller votre caméra aussi bien que les infrastructures comme les châssis, les panneaux solaires, les antennes, les batteries... En s'occupant de tout, Loft Orbital participe au marché d'accès à l'espace en allant plus loin pour le démocratiser. Cette start-up, ajoute-t-il, arrive aux côtés d'autres sociétés privées surtout américaines qui proposent déjà des voyages de satellites moins chers, plus légers et moins lointains (entre 500 et 1 000km de la terre) contre 36 000 km pour les engins de grosses structures traditionnels comme Boeing, Thales ou Airbus. »

Un tour de la terre en 90 minutes

Cinq ans de covoiturage spatial en moyenne pour un prix allant de 1 à 5 millions de dollars. Les financiers sont aussi des clients intéressés par ces partages de satellites. Grâce aux images des containers sur les mers ou dans les ports ils peuvent se rendre compte des flux de marchandises entre continents et cela les aide à investir et influer sur les cours de la bourse. Cet automne, en septembre puis en décembre, Loft Orbital utilisera une fusée indienne puis une autre de la société privée américaine Space X (la même fusée qui, il y a une semaine, a envoyé deux astronautes) dans l'espace. Alors question : l'avenir satellitaire serait-il en train de se privatiser ?

Pour François Chopard, créateur de Starburst, des micro- entreprises spatiales, c’est une possibilité : « Faire voyager des satellites plus légers (quelques centaines de kilos) contre trois à cinq tonnes pour les satellites traditionnels et moins loin permet aussi des images plus nettes parce qu'ils sont plus près et ils permettent des temps de connexions moins longs lorsque le client ouvre son ordinateur pour recevoir ses données dans son bureau et sur terre ! C'est vrai, explique-t-il, que ces dernières années, le marché a évolué dans ce sens, on a vu baisser le nombre de commandes de stallites des grosses sociétés comme Thales ou Boeing. Mais je pense qu'il y a de la place pour toutes les formules, les gros satellites qui vont plus loin et plus longtemps, sûrement plus puissants que les plus petits comme ceux que Loft Orbital utilise pour les partager entre clients différents. »

Le marché est porteur y compris en Europe. Loft Orbital vient d'ouvrir un bureau en France, à Toulouse, où elle a embauché douze ingénieurs.