Sébastien Bougon, ingénieur français, est amoureux des grands projets. Il a conçu des engins volants capables d'accéder aux zones les plus reculées. Les Flying Whales, les baleines volantes, ont donné le nom à son entreprise fondée avec des partenaires canadiens et chinois. Du sommet des montagnes aux déserts, les dirigeables de Sébastien Bougon survoleront d'abord les forêts pour le transport du bois.

Dans ses souvenirs les plus lointains, on trouve des envies de construire des ponts, un grand-père qui a côtoyé le Général de Gaulle et une énorme capacité de travail ! À 52 ans, Sébastien Bougon a l’énergie d’un marathonien, qu’il est d’ailleurs, avec de bons chronos à Paris ou à New-York.

Un Français qui a convaincu Canadiens et Chinois

Un tonus doublé d’une patience tenace ; à moins qu’il ne s’agisse de l’inverse, d’une ténacité qui doit composer avec l’attente ! Parce que mine de rien, cela fait déjà 8 ans que cet ingénieur s’est lancé dans l’entrepreneuriat avec cette idée de montgolfières allongées, des baleines volantes Flying Whales, porteuses des gros matériaux.

Flying Whales, 12 fois plus de marchandises qu’un hélicoptère

Après des années à dessiner ses dirigeables, à les tester, à les bâtir et à rechercher des fonds, il va pouvoir les voir en vrai, au-dessus d’une forêt, attraper des troncs d’arbres. Premier convoyage prévu 2024. Encore 2 ans, le temps de tout régler y compris les droits de partager le ciel et de peaufiner ce partenariat français canadien et chinois. Une prouesse que souligne Benoit Fraud, directeur à l’ONF, l’Office National des Forêts, qui a rencontré le père des Flying Whales il y a huit ans, une époque où personne ne croyait aux dirigeables.   

« J’ai le souvenir de cette rencontre avec Sébastien et de son grand enthousiasme, dit-il, une joie et un entrain communicatifs. D’ailleurs, il fallait un pouvoir de persuasion vraiment exceptionnel devant des forestiers habitués à couper et transporter le bois avec des moyens classiques. Mais le projet était tellement sérieux qu’ils ont immédiatement accepté. C’est pour moi une prouesse ! Les dirigeables vont pouvoir se rendre dans les zones les plus périlleuses, ajoute-t-il, impatient d’assister aux premiers vols officiels des Flying Whales, et précisant qu’à l’avenir ces immenses ballons capables de transporter 60 tonnes de marchandises, pourront aussi servir à décharger des navires. Ce n’est pas étonnant, conclue-t-il, que les chinois et les canadiens qui ont, eux-aussi, des pays à grands espaces s’y soient intéressés. »

Des engins nourris à l’hélium qui travaillent en l’air

C’est au cours d’un dîner entre amis (l’un d’entre eux évoquait la difficulté du transport en montagne) que Sébastien Bougon a eu l’idée de ses dirigeables. A l’avenir, dans leurs ventres, il y aura des pylônes à haute-tension ou des pièces d’éoliennes. D’ailleurs, l’inventeur le dit lui-même, jusqu’ici, tous les projets de dirigeables de fret ont échoué. Même les américains ne feront pas mieux :

« Nos dirigeables, explique-t-il, sont pionniers dans le sens où ils stationnaires, ils ne se posent jamais. Prenez par exemple la forêt, le chargement et le déchargement se fera en vol. Les bûcherons auront positionné les troncs et la machine viendra au-dessus. Ensuite, continue-t-il, les treuils les prendront et les mettront dans des énormes paniers dans les soutes. Le dirigeable regagnera la scierie concernée pour livrer la marchandise. Un conducteur sera à l’intérieur pour piloter nos appareils, ils sont d’ailleurs en train d’être formés dans nos centres. Aux États-Unis, les seuls dirigeables de nos concurrents concernent les applications militaires. Ils effectueront du transport de soldats et de matériel. Mais contrairement à nos engins, ils seront obligés de se poser. »

Un constructeur passionné d’opéra et des grands bâtisseurs

Sébastien Bougon  a perdu son père dans un accident de voiture, il avait 16 ans à l’époque. Les liens avec sa mère, son frère et sa sœur, n’ont cessé de se resserrer autour d’une envie farouche de vivre. Père de deux jeunes filles et d’une entreprise d’une centaine de salariés, ce passionné a tout de même décidé de se donner le temps de poursuivre son autre grand projet de vie, un tour du monde des grands bâtisseurs. En février dernier, il était en Asie. Aujourd’hui, au téléphone, il est encore tout ému d’évoquer les bouddhistes, leurs temples et leur sens du temps long qui lui correspond si bien.