C'est un record français et pourtant méconnu du grand public ! De tous les pays européens, la France est celui qui possède le plus grand nombre de fleuves, de rivières et de canaux. Quelque 8500 km de voies d'eaux pour le transport de marchandises, de minerais mais aussi de passagers. Mais si le transport fluvial a été délaissé après un grand succès durant l'essor industriel de l'après-guerre, la France semble de nouveau miser sur ce secteur. Hasard du calendrier, mais le réchauffement climatique et ces derniers mois, la pandémie de coronavirus ont prouvé le bien-fondé de ce choix.

Si les Français ont pu manger du pain pendant le confinement du coronavirus c'est bien grâce aux fleuves. Jean-Marc Samuel, président de la fédération Agir pour le fluvial aimerait que la population s'en rende bien compte. Les céréales, transportées par bateaux jusqu'aux moulins situés sur les berges au bord de l'eau, y sont transformées en farine. En réalité, selon lui, il n'y a pas de transport aussi pratique pour le lourd et le volumineux que le transport fluvial. Une barge, cette embarcation tractée sur l'eau peut contenir l'équivalent de 4 trains de marchandises de fret, soit 250 camions.

« La crise du Covid-19, nous explique-t-il, a mis en lumière l'utilité et les immenses qualités du transport fluvial. Pendant que les avions et les camions étaient limités dans leurs déplacements, les bateaux eux, ont pu naviguer sur les fleuves européens et assurer une bonne partie du transport de fret. Il faut dire, ajoute-t-il, que le transport fluvial est certes plus lent, mais il est beaucoup plus sécurisé que les autres, au point qu'il n'y a aucun accident mentionné sur les registres des statistiques d'accidentologie. Je pense que la France gagnerait à développer son transport fluvial. Mais elle compte trop sur ses fleuves. Or, en France, les rivières, les canaux constituent une manne. »

Les péniches Freycinet, silencieuses et peu polluantes

Avec les péniches appelées Freycinet (du nom de l'ingénieur et ministre Charles de Freycinet) mais aussi des bateaux et des barques plus légères, le transport peut s'adapter à toutes les voies navigables, les fleuves, les rivières et les canaux. Seulement, après des décennies de négligence, il faut aujourd'hui réaménager les berges, les adapter aux entreprises qui doivent elles aussi apprendre à s'installer plus près des berges. En France, il faut aussi réparer les écluses, rénover les ponts et construire des quais. La ville de Strasbourg a montré l'exemple, des bateaux silencieux et peu polluants rejoignent le centre-ville aux heures de pointe quand les voitures et les camions sont coincés dans les bouchons.

Délaissées en France depuis trente ans au profit de la route et du chemin de fer, les voies navigables ont aujourd'hui le vent en poupe. Le transport fluvial est silencieux et cinq fois moins polluant que les autres moyens de transport. Nos voisins européens belges, allemands et néerlandais l'ont compris depuis longtemps mais les Français sont maintenant convaincus.

Le canal Seine Nord Europe, une autoroute fluviale France-Benelux

À Paris, au gouvernement comme à la Commission de Bruxelles, le soutien est là. La première concrétisation de cette nouvelle volonté se concrétisera d'ici 2028 avec le projet Seine-Nord Europe. Ce grand raccordement, une sorte d'autoroute fluviale reliera sur 100 km les ports français en partant du Havre jusqu'aux terminaux belges et néerlandais.

Didier Léandri dirige la branche française des industries fluviales et collabore avec ses partenaires européens. « La demande des clients est forte, constate-t-il. Les entreprises ont compris qu'avec le fluvial, elles renforcent leur carte écologique tout en profitant d'un stockage sur les bateaux. C'est une option non négligeable, les délais plus longs peuvent au final s'avérer bien utiles. Parmi les secteurs en développement ces deux dernières années, outre les céréaliers, on trouve l'industrie du déchet, l'industrie pharmaceutique et celle des produits toxiques et dangereux. »

Le tourisme fluvial, au fil de l'eau

Parce qu'il faut toujours voir le positif même dans les crises, Thierry Guimbaud, le directeur général des VNF, les Voies Navigables de France, sait qu'avec les restrictions du tourisme à l'étranger, les français, cet été, vont découvrir l'autre atout du secteur fluvial, le transport des passagers. « En France, explique-t-il, c'est un paradoxe, mais jusqu'à présent, les étrangers européens (belges, allemands, hollandais, britanniques) et plus lointains (canadiens, américains, chinois et australiens) composaient près de 60% de la clientèle. Avec la crise sanitaire, renchérit-il, les demandes des Français ont déjà commencé à arriver. Ils vont pouvoir découvrir les 3 secteurs du tourisme fluvial : le premier, celui des bateaux-mouches, près de 10 millions de touristes par an, à Paris comme dans de grandes villes historiques comme Lyon, Lille, Bordeaux. Le second secteur est la croisière. De véritables restaurants et petits hôtels flottants. Le troisième segment concerne la location de bateaux fluviaux. Ces bateaux sont aisés à piloter, il suffit d'une heure ou deux pour apprendre. Pour parler avec une image, on peut dire que ce sont les camping-cars de l'eau ! »

Les Jeux Olympiques de 2024 et le futur Grand Paris

Outre les marchandises et les produits agricoles, le transport fluvial connait un grand succès auprès du bâtiment (matières premières, outils et matériaux.)C'est d'ailleurs ce mode de transport que Paris privilégie pour construire et aménager les sites des futurs Jeux Olympiques, en 2024.