Tout l'été, RFI vous fait découvrir les personnalités qui font bouger le monde du transport. Cette semaine rendez-vous avec Mélissa Haney, 39 ans qui a eu droit à son visage sur un timbre de la Poste canadienne. Mère de deux enfants, cette Inuit du village d'Inukjuak à 2000 km au nord de Montréal est la première Inuit pilote de ligne. Une carrière débutée il y a trois ans et qui continue aux commandes de la compagnie Air Inuit. Portrait.

Il s’appelle Johnny May et il est le premier Inuit à être devenu pilote d’avion. Mélissa Haney, orpheline de père, en a fait le modèle de sa vie ! Dans un film, ce commandant de  bord, raconte le sauvetage d’une adolescente disparue à la sortie d’un village dans une tempête de neige. Température extérieure de moins 5O degrés. Seul un avion pouvait inspecter les lieux. En voyant ce héros, issu de sa propre communauté s’offrir un tel avenir, la jeune Mélissa ne réfléchira pas, homme ou femme qu’importe ! Elle aussi pilotera des appareils.

Comment cette adolescente admirative mais surtout déterminée, aurait-elle pu savoir qu’elle rencontrerait son mentor, aujourd’hui toujours en fonction. Comment aurait-elle pu savoir qu’à son tour, elle connaitrait le même genre d’aventure, le pire souvenir de sa jeune carrière, lorsqu’en pleine bourrasque, elle a dû poser son avion avec 40 personnes à bord dans le champ justement… d’un des voyageurs. Depuis l’avion, il avait téléphoné à ses proches qui étaient venus allumer un feu pour faire signe, ils avaient aussi fait des provisions pour nourrir tout le monde.

Guy Bois dirige le service Espace Autochtones à Radio Canada et pour lui, l’accession de Mélissa Haney au poste de commandant va servir les jeunes générations. Au Canada, explique-t-il, nous avons un gros problème de représentation des autochtones. Les Inuits représentent 65 à 70000 personnes sur la banquise du Grand Nord canadien. Le transport dans ces régions froides est primordial. L’avion là-bas remplace le train ou le bus. Les villages inuits, ajoute cet expert des communautés, sont séparés par centaines de kilomètres, il y a le transfert des habitants mais aussi des marchandises (les motoneiges, les 4X4, les produits de supermarchés qui comptent beaucoup). Et puis surtout les liaisons d’hôpitaux parce que sur la banquise, il n’y a pas d’hôpitaux, il faut aller se faire soigner au sud, c’est-à-dire à Montréal ou sa région. Chez les Canadiens, il y a encore beaucoup de préjugés, les Inuits sont des gens qui profiteraient des aides sociales et qui vivraient au crochet de la société. Mais la vie des Inuits et surtout des jeunes femmes n’est pas facile. Imaginez, elles débarquent dans les villes en raison de problèmes de violence conjugale ou pour chercher un travail, elles deviennent vulnérables, des proies pour la prostitution ou la drogue. Alors l’exemple de Mélissa Haney, devenue pilote, est un espoir pour toutes les filles inuit qui se disent qu’elles peuvent y arriver elles-aussi.    

Des journées de 14 heures avec des préfabriqués pour les escales d’équipage sur les pistes   

Quand vous appelez Mélissa Haney, à l’improviste pour une interview sur RFI, elle vous répond que oui, bien entendu, elle est d’accord pour répondre aux questions, mais qu’avant elle doit préparer le petit déjeuner pour ses deux enfants, puis rédiger le texte de son intervention dans une école pour dire aux garçons mais surtout aux filles que tout est possible.

Bouger, agir et sauver voilà le crédo de Mélissa Haney parce qu’être pilote chez Air Inuit c’est remplacer le train ou le bus en assurant le transport entre villages dispersés sur la banquise relier les inuit aux hôpitaux au  Canada et tout cela en évitant la contamination au Coronavius.

« Dans nos avions chez Air Inuit, normalement il y a quarante-cinq places. Avec les mesures de précaution contre le coronavirus, nous n’en avons plus que vingt, ça diminue beaucoup la capacité... Hormis les Inuits qui font les transferts vers le Sud, nous embarquons les travailleurs canadiens qui viennent travailler sur les territoires, des infirmières, des travailleurs sociaux, des avocats, des mécaniciens. Mon métier est passionnant et je veux dire que tout est possible quand on croit à sa vocation. Ma mère inuit m’a toujours soutenue, elle m’a dit que j’avais droit à un métier en tant que femme et autochtone. Elle est encore là aujourd’hui près de moi, avec son énergie, dès que j’ai besoin pour garder mes enfants. »

Mélissa Haney est passionnée de ski l’hiver, de kayak l’été. Le fils de Mélissa rêve lui d’être astronaute. Sa mère l’encourage en lui offrant toutes les vidéos et les livres sur le cosmos ; la fille de Mélissa veut devenir pilote comme sa mère, qui fêtera ses 40 ans l’an prochain avec dans la tête deux rêves : piloter à grande vitesse, un jet et si possible un jet de la compagnie Air inuit, et puis l’autre, venir découvrir Paris.