Cet été, RFI vous fait découvrir les personnalités du monde du transport. Des hommes et des femmes, travailleurs de l'ombre, qui pourtant révolutionnent nos façons de voyager ou de transiter nos marchandises. Ce samedi, petit tour en mer avec l'armateur Philippe Louis-Dreyfus. A 75 ans, cet ancien sportif de haut niveau préside le Conseil de surveillance du groupe familial, Louis Dreyfus.

Il a un ce maintien digne des grandes familles parisiennes dont il est issu, il a aussi cette sérénité des sportifs de haut niveau, un milieu dont il est issu également ! Sélection internationale au squash, il a aussi joué au rugby. Aujourd'hui, à 75 ans, Philippe Louis-Dreyfus court deux fois par semaine entre deux matchs de tennis.

Squash, rugby, tennis, le sport comme le transport maritime se joue sur le long terme

Le sport comme un mantra, il en a tiré son sens de la camaraderie, de la discipline de l’humilité et cette incroyable énergie. Parce qu’il en faut un sacré dynamisme pour gérer la crise du coronavirus dans le secteur de la mer… Tenez, cet exemple, avec l’interview prévue par téléphone avec RFI, repoussée en raison d’un aller-retour express en plein été dans un port européen !

Un physique de militaire et des fous rires devant Louis de Funès

La crise du coronavirus, il la traversera comme il en a déjà tant traversées. Pavillon haut ! comme il le dit. Chez cet amateur décoré de l’Ordre de réserve cavalerie-parachutiste, la prestance et l’acharnement n’exclue pas les plaisirs simples. Grillades, poulet-salade à presque tous les repas ; au cinéma, un film d’action qui finit bien ou un bon Louis de Funès.

Le capitalisme a besoin d’entreprise familiales pour résister au diktat du court-terme boursier (Philippe Louis-Dreyfus)

Oui, le rire est important pour ce dirigeant vice-président du Medef International, la branche mondiale des dirigeants d’entreprises. Les fonctions, il les accumule, comme les médailles. Philippe Louis-Dreyfus possède celle de l’Ordre du Mérite maritime, il est aussi Commandeur de l’Ordre de la Légion d’honneur et Officier de l’Ordre du mérite, de France et de l’Empire britannique.

Transporter des marchandises ciblées : pales d’éoliennes, avions Airbus, et tirer des câbles de communications

La Grande-Bretagne et ses influences asiatiques, Hong Kong, Singapour, des cultures et des territoires que le groupe Louis Dreyfus Armateurs connaît très bien. Philippe s’y rend régulièrement. Dans une époque où les start-up ont la cote (ce mot start-up, Philippe Louis-Dreyfus ne l’apprécie guère, il préfère dire entreprise tout simplement, c’est sans doute moins branché mais c’est sans complexe et ça dit ce que ça veut dire.)

Un patron comme Philippe Louis-Dreyfus pourrait paraître suranné, mais à la première minute de rencontre en vis-à-vis, l’homme vous convainc vite du contraire, il ne jure que sur le long terme et l’avenir de l’humanité.

Faire des affaires en famille, ce n’est pas un cadeau

Avant de regagner le giron de papa, de grand-papa et d’arrière grand-papa, (le Groupe Louis Dreyfus Armateurs, 169 ans d’existence !) Philippe Louis-Dreyfus a travaillé dans le secteur bancaire. Une expérience également dans le transport de marchandises en Norvège et à Londres. De son retour en France après ces quinze années d’exil, il garde le souvenir de l’une de ses plus grandes réussites, changer le braquet en diversifiant le vrac avec de l’offre de services high-tech.

Années 2000, l’aventure Alcatel

Nous sommes à la fin des années 90, le téléphone portable n’existait pas comme aujourd’hui, l’internet balbutiait. Très vite, Philippe Louis-Dreyfus fait opérer au groupe familial un virage à 180 degrés :

Le transport maritime, explique-t-il, est un secteur très concurrentiel.  « J’ai effectivement fait le choix d’orienter l’entreprise vers du transport dédié à certaines branches industrielles novatrices comme les éoliennes et les parties d’avions. Mais la pose de câbles sous-marins restera l’une de mes plus grandes réussites et une grande fierté. D’ailleurs, poursuit-il, cette pandémie de Covid-19, nous montre l’importance de la transmission des images et des communications. Durant cette crise, des familles entières disséminées de par le monde ont pu se parler via internet ou les téléphones portables. Ce secteur très spécifique de notre groupe aide aussi les Etats puisque les informations stratégiques militaires, scientifiques sont envoyées à l’aide des câbles que nos équipes installent en mer. »

C’est peu de dire que Philippe Louis-Dreyfus est un visionnaire et un bourreau de travail. Non, les bourreaux sont des méchants, lui c’est un gentil ! Il aime les jeunes, et surtout les jeunes qui, partis de rien, ont envie d’entreprendre. Il les encourage à viser loin et à ne pas céder aux modes du moment, ce capitalisme à court-terme qui ne jure que par le cours de la Bourse. Il conçoit le long terme comme il regarde le monde, lenteur et quiétude de la forêt. Ces promenades naturelles dont il ne peut pas se passer. Si l’on devait résumer, Philippe Louis-Dreyfus englobe tout, le ciel et la mer bien entendu, au point de plaider pour sa protection.

Réduire la pollution des navires, le ring se trouve à l’Organisation Maritime internationale

Trois ans à la tête de l’Association des Armateurs européens à militer pour la réduction du souffre dans les moteurs et la réduction de la vitesse des navires. Rencontres avec le président Macron aux Assises de la Mer pour convaincre les politiques. Les ennemis sont nombreux, les clans et surtout le lobby anti écologiste existent au sein de l’Organisation Maritime internationale. En France, les écologistes l’approuvent.

Stéphane Coppey représente le Comité Maritime du grand port de Marseille pour l’Organisation France Nature Environnement :

« France Nature Environnement, explique-t-il, soutient Philippe Louis-Dreyfus dans son combat en faveur de la réduction de la pollution des bateaux en mer. Et sur toutes les mers du monde. A l’avenir, il faut construire les nouveaux navires au gaz naturel. Nous serons à ses côtés pour défendre auprès des dirigeants l’utilisation des scrubbers, ces épurateurs qui ne font que rejeter dans l’eau les fumées des navires. »

Juillet 2020, l’Elysée annonce la création d’un ministère de la Mer

Et cette installation le mois dernier d’un nouveau ministère français de la Mer, vous en pensez quoi ? La réponse de l’expert ne trompe pas : « Oui d’accord, j’attends de voir les moyens donnés ! »

C’est que durant toute cette carrière, Philippe Louis-Dreyfus œuvre pour que la France soit une puissance au lieu d’être juste un territoire maritime. Pavillon haut ! Un jour, peut-être...