Cet été, RFI vous fait découvrir le monde du transport à travers des personnalités exceptionnelles. Hommes et femmes qui ont ou qui vont révolutionner le secteur. Cette semaine, nous partons en Côte d'Ivoire avec Régis Bamba, trentenaire, jeune entrepreneur passionné d'informatique. Formé aux États-Unis, il est revenu au pays où il a inventé une application téléphonique contre les violences et les vols dans les transports.

L’informatique et le soin des autres, il est né avec ! Sa première grande réussite s’appelait SOS IVOIRE, une trousse de secours virtuelle à télécharger sur téléphone portable. En cas d’accident sur la route, un clic permettait, où que l’on soit à Abidjan et ses environs, de joindre les hôpitaux, les pompiers et même d’avoir les images des gestes qui sauvent à reproduire en attendant les secours.

1er Prix App Challenge de Moov Côte d’Ivoire

Ce SOS IVOIRE lui a valu le prix de l’innovation il y a sept ans. Les professionnels des nouvelles technologies ne s’y sont pas trompés. Israël Guébo est spécialiste des médias et des nouvelles technologies. Quand il a vu ce jeune Ivoirien diplômé aux États-Unis arriver dans l’immeuble où lui-même travaillait, il a su qu’ils seraient amis pour la vie. Alors quand on demande à Israël deux mots pour qualifier Régis, la réponse vient du cœur: « Le premier adjectif qui me vient c’est patriote ! Malgré toutes les opportunités qui s’offraient à lui depuis son diplôme à l’Université américaine de Towson [Maryland], Régis aurait pu rester en Amérique. Il a préféré rentrer et mettre son talent et son argent au profit de la Côte d’Ivoire. Le second qualificatif serait : altruiste. Régis n’est pas revenu au pays avec un seul projet d’entreprise, il a aussi créé à Abidjan une école associative où les jeunes peuvent apprendre l’informatique et les applications sur téléphone. Oui, je me souviens d’un jeune homme qui arrivait avec de la générosité et une grande capacité de travail. C’est l’une de mes plus belles histoires d’amitié. »

Des bateaux bus sur la lagune d’Abidjan mais toujours pas de bons transports publics en ville

Les Ivoiriens le savent et tous les guides de tourisme le mentionne : il est déconseillé de circuler la nuit dans la capitale ivoirienne. Comme d’autres capitales africaines, Abidjan possède un réseau routier mais on n’y trouve ni métro ni tramways. Les Ivoiriens n’ont pas l’opportunité de jouir de voies pour les deux roues, motos ou scooters, pas plus que pour pour les vélos. Donc, les taxis collectifs, les bus et les bateaux-bus sont les seuls moyens de joindre les quartiers.

Agressions dans les taxis

Au début des années 2000, la Côte d’Ivoire a traversé une vague d’agressions dans les taxis, avec des vols d’enfants. À l’époque, Régis Bamba revenait de ses études aux États-Unis et d’un séjour au Nigéria où il a étudié le marché des télécommunications. Il ne lui a pas fallu longtemps pour avoir l’idée de Taxi Trakers, un moyen de savoir, depuis son téléphone, où se trouve la voiture ou le bus qui transporte vos proches.

Yango, TaxiJet, Uber, le marché des réservations sécurise les trajets

Aujourd’hui, Taxi Trakers n’existe plus puisque Régis Bamba lance un nouveau service bancaire par téléphone. Mais Taxi Trakers a fait des petits : d’autres jeunes se sont lancés dans l’aventure du transport et Régis s’en félicite.

« Les applications les plus réussies sont Yango, TaxiJet et Uber, explique-t-il. La présence d’une concurrence étrangère est bonne pour baisser les tarifs et cela pousse les entrepreneurs locaux à adapter leurs services aux besoins des Ivoiriens qu’ils connaissent mieux que personne ! Par exemple, Uber va faire payer uniquement en carte bancaire là où les autres applications locales vont faire du paiement électronique beaucoup plus utilisé en Afrique. »

Il y a deux deux ans, Régis Bamba a eu son premier enfant, un garçon. Il reconnaît ses échecs en disant avoir beaucoup appris de son impatience de jeunesse... face à la bureaucratie africaine ! Il espère que la Côte d’Ivoire, avec les élections présidentielles qui approchent, va connaître un changement de mentalité et donner la chance aux étudiants de créer des services pour la population. « Les politiques doivent prendre la mesure du potentiel de leur jeunesse », confie-t-il entre deux réunions, en ajoutant que chaque jour, son expérience lui prouve l’énergie des jeunes pour servir leur pays.

Le Zouglou mieux que le yoga pour se relaxer

Une vie à cent à l’heure. Cet été, Régis Bamba n’aura pas de vacances, il travaille. Mais alors, lui arrive-t-il de se relaxer ? Oui, grâce au Zouglou, cette musique ivoirienne qu’il écoute en ce moment en pensant à son prochain voyage chez des amis au Rwanda, un pays qu’il veut découvrir. Et la France ? Il n’y est jamais allé. Il attend d’avoir des connaissances pour pouvoir aller leur rendre visite ! Altruiste, on vous dit.