Les transporteurs de marchandises patienteront pour leur Salon. Annoncée comme un événement majeur de ce mois de mars à Paris, la Semaine de l'innovation transport et logistique est reportée. L'épidémie de coronavirus a donc contraint les organisateurs à revoir leur agenda, mais certains experts étaient déjà en France. Pour RFI, ils ont accepté de dévoiler les grands défis d'un tout nouveau monde du transport inconnu du grand public.

Les experts en parlent comme des titans des mers. Les porte-conteneurs, ces bateaux, dont la taille et les volumes qu'ils transportent dépassent l'imagination, peu de ports européens sont capables de les accueillir. Ces géants arrivent à Rotterdam aux Pays-Bas ou à Marseille. Une fois ces convois arrivés, il faut ensuite aller jusqu'aux destinataires avec des trains, des camions, des avions. C'est donc toute une chaîne d'acteurs différents à gérer, d'où des problèmes pour assurer un suivi permanent, explique Eric Petit, président fondateur d'Écologie logistique, une fédération d'experts logistiques.

« Le principal enjeu de la logistique est de fournir une livraison et un transport le plus rapide et le plus sécurisé possible, précise-t-il. Pour prendre conscience des dimensions de ce secteur de l’économie, il faut prendre conscience de l’échelle gigantesque de ces places fortes appelées « hubs ». Les produits arrivent en bateau dans des ports et sont déchargés sur des plateformes géantes où des millions de paquets sont transportés. Pour les réceptionner, des centaines de camions circulent et se croisent : c'est un trafic gigantesque. Qu’il s’agisse de l’entreposage dans les containers ou dans les remorques, ajoute-t-il, la moindre erreur de signalisation ou la manœuvre trop brusque sur un véhicule, et c'est la perte ou la casse de colis. Quant à nos transporteurs sur route ou sur rail, la casse et les vols arrivent aussi. Heureusement, nous travaillons en France avec la gendarmerie nationale pour y remédier. Mais le secteur du transport est un secteur où les plus malveillants profitent des failles du système. »

Amazon a inventé la chaîne continue, la concurrence s’est alignée

Puces électroniques, traçage par satellite : ces vingt dernières années, le suivi s’est amélioré, mais aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle qui sécurise le mieux les véhicules. Les capteurs affinent les données et la force d’un groupe comme Amazon a été de parier sur un suivi continu, 24h sur 24. Dans le domaine de la logistique et du transport, il y aura un avant et un après-Amazon. En refusant de sous-traiter, le groupe américain de vente sur internet contrôle toute la chaîne, de l'empaquetage au stockage en entrepôt jusqu'à la livraison avec   et c'est là l'essentiel   le partage des données en temps réel avec le client.Mais cette révolution compte aussi son lot de problèmes. Violation des systèmes informatiques, espionnage économique, vols des données confidentielles, demandes de rançons : bref, c'est ce que l'on appelle la cybercriminalité.

Dorian Marcellin étudie tous ces sujets pour Alliancy, un magazine numérique sur le commerce numérique : « Prenez l'exemple d’un cargo, explique-t-il, des capteurs sont installés sur les containers, mais aussi à l'intérieur. Seconde par seconde, le client peut surveiller son chargement et son environnement. Pour des marchandises fragiles ou périssables, il peut connaître la température, le taux d'humidité des zones traversées. Mais comme tout est mis sur ordinateur, dit-il, les criminels cherchent à pénétrer les systèmes pour espionner ou en verrouiller le contrôle. Imaginez, si un jour un bateau rempli de produits chimiques est piraté, il pourrait d'un coup dévier sa route et ne jamais arriver dans son port de destination. Ce scénario, ajoute-t-il, est la hantise des pouvoirs publics. »

L’épidémie de coronavirus va réorganiser nos distances et notre consommation. Notre économie globale et connectée l’a voulu, elle a fait de la Chine « l’atelier » du monde. Mais l’épidémie de coronavirus apparue cette année a montré les limites d’une concentration à outrance d’usines pharmaceutiques, textiles ou agroalimentaires. Ainsi, le secteur de la marchandise va connaître un autre avant et après : l’avant et l’après-coronavirus. C'est bien simple, pour éviter la propagation de l’épidémie, la seule ligne de trains qui reliait les entrepôts français du centre de la Chine à la France est suspendue jusqu'en avril.

Pour Yann Briand, de l'Institut international du développement durable, cette crise sanitaire va servir à réfléchir à réorganiser l’économie du transport. « Il faut arrêter les vieux réflexes et se mettre rapidement à penser le monde d'après, dit-il. Les entreprises françaises réfléchissent trop sur les anciens modèles qui privilégient le court terme. La vraie question, c'est : quels objets transporterons-nous en 2050 ? L'histoire a prouvé que certaines industries comme le charbon s'effondrent, continue-t-il, d'autres naissent. L'Europe a promis d'être en réduction d'émissions polluantes, tout y participe. Si l'on imagine un monde de demain basé sur des marchandises fabriquées plus près que la Chine ! Nous pouvons baser notre économie sur la réparation d'objets plutôt que de nouvelles fabrications. Alors, les longues distances se réduiront, les flux deviendront plus légers, moins volumineux donc moins polluants. »

L’e-commerce va se banaliser, la boutique en ville deviendra l’expérience client. En tout cas, l'avenir de la marchandise appartient au téléphone. Question d’époque qui privilégie la vitesse, tous les acteurs, du fabricant au vendeur et à son client, tous seront en relation jour et nuit. En France l’an dernier, l'e-commerce smartphone (l’achat sur téléphone portable) a bondi de 40%.