On les appelle les tueurs de virus ! Ces virucides, des produits capables d'assainir les surfaces les plus toxiques pour l'homme. Face à la pandémie de Covid-19, la France, comme la plupart des pays touchés, a renforcé sa loi sur l'hygiène des transports publics. Depuis le 17 mars dernier, métro, bus, train, avion, taxi ou bateau doivent être décontaminés. Une fois par jour minimum. Mais en réalité, c'est bien plus, il faut rassurer les passagers. Comment désinfecte-t-on les transports ? Réponse dans cette chronique.

À bord de certains TGV, les Trains à Grande Vitesse, les passagers lesplus angoissés peuvent appeler un technicien. Il viendra devant eux,désinfecter le dossier, l'appuie-tête, la tablette, les accoudoirs, en résumé,tout ce qui aurait pu être touché par d'autres mains ! L'alcool, le savon,l'eau de javel ou le chlore dilués mais aussi des dérivés d'ammoniacdétruisent facilement le virus du Covid19.

« Voilà, explique Stephane Point, le président d'ONET France, l'une des plus importantes sociétés de nettoyage en Europe, pour ce qui est du nettoyage en présence des passagers. En réalité, explique-t-il, le plus gros du travail est fait en leur absence, à l’aide d’un gaz, l'ozone, capable d'aller partout. Vaporisé dans les rames, il s’étale du sol au plafond et va s’immiscer dans les recoins que l’hommepourrait difficilement atteindre. Nul besoin d’ouvrir les meubles, il décontamine la totalité du lieu, jusqu'à l'intérieur du mobilier. »

Les personnels de nettoyage dans les transports, gage de qualité

Grand expert de l’hygiène industriel, Stéphane Point ne cache pas quedepuis le début de la pandémie, les demandes de décontaminations sontmontées en flèche. C’est certain, cette crise a fait réaliser l’importance dunettoyage et des personnels nettoyeurs ! Les clients d’ONET, mairies ousociétés de transports publics (tramways, bus, métros…) ont demandé despassages réguliers dans les rames.

Avant la pandémie, le travail devait être discret, fait à l'aube avant l'arrivée des salariés ou des passagers. Désormais, il sera une garantie de sécurité. En rassurant les passagers, les sociétés de transports en feront une force de vente.

Une seule clé laissée au garagiste

Parce que ce virus du Covid-19 serait capable de rester deux jours sur l'acier,24h heures sur le carton et trois jours sur le plastique, les garagistes commeles chauffeurs de taxis ont également multiplié les mesures de précaution.

« Pour dire que nos habitudes ont changé, ça, elles ont changé, c’est certain ! s’exclame Pascal Brethomé, directeur adjoint du Conseil National des Professions de l'Automobile, en étayant l’éventail des nouvelles précautions. Nos garages sont équipés de plexiglas et ce, dès l’entrée de l’espace client. Nous tenons à protéger nos garagistes tout aussi bien que les propriétaires de véhicules qui entrent dans nos locaux. Nous privilégions le moins de contacts physiques possibles. Cela commence avec le trousseau de clés. Nous demandons aux clients d’ôter toutes les peluches ou les autres clés pour ne conserver que la clé de contact. Ensuite, nous la désinfectons et elle est mise sous plastique. Pendant les interventions mécaniques, les vitres sont ouvertes pour faire circuler l’air et éliminer les traces de virus. Les moins infectieuses, s'il y en a, peuvent disparaître d’elles-mêmes au bout de deux ou trois heures au contact de l'air. Mais pour un nettoyage en profondeur, nous avons recours aux produits classiques pour les professionnels, des virucides puissants qui décontaminent la carrosserie. »

Des kits nettoyage et un forfait de manœuvre facturés

Chaque garage ou entreprise de dépannage aura sa procédure sanitaire. Mais la plupart mettent à disposition des plexiglas de séparation des passagers (à poser facilement dans tous les types de voitures et camionnettes), ainsi que des valisettes comprenant du gel hydroalcoolique, du papier essuie-tout, de l'eau ou des lingettes nettoyantes). La plupart ont déjà annoncé qu'ils feraient payer le supplément de main-d’œuvre (entre 5 et 15 minutes) pour les mesures basiques de sécurité. Promis, les prix devraient être tout à fait abordables.

Pour les intérieurs des voitures, les compagnies de taxis ou de chauffeurs à la demande ont mis en avant la carte propreté à l'aide de petits films vidéos sur leur site Internet. Il y est montré le chauffeur désinfectant l'intérieur ainsi que les poignées de portes après chaque client déposé. Là encore, certains professionnels vantent le nettoyage à l'ozone (sous forme de petites cartouches à dégoupiller vitres et portes fermées)

Décontaminer aux ultraviolets

En Asie, plusieurs pays dont la Chine préfèrent les ultra-violets à l'ozone.Cette lumière ultra puissante a l'avantage de réduire le temps dedécontamination. Cinq minutes pour une rame de métro au lieu de 40 minutes à l'ozone.

Un moyen qui est connu en Europe mais plus répandu dans lesdécontaminations de chambres d'hôpitaux que des transports. Cependant, ce moyen à base de lampes présenterait des risques pour les yeux des techniciens qui les manipulent. C'est également en Asie, dans les gares, que l'on a vu des nettoyeurs en tenue asperger les quais de produits désinfectants. Alors, utile, inutile ?

Polémique parmi les scientifiques mais aussi les politiques puisqu’à Paris,la maire a dû expliquer le refus d'une telle mesure sur les réseaux sociaux.Le professeur Didier Lepelletier, expert virologue, est responsable du HautConseil de la Santé Publique :

« Le Haut Conseil a émis un avis négatif sur des nettoyages supplémentaires (en dehors des procédures habituelles) des quais de gare ou de la voirie, dit-il. La première raison est que ce virus du Covid-19 est un virus qui se transmet d'homme à homme via la toux ou le contact rapproché. Les risques de contamination par les chaussures sont extrêmement faibles. De plus, dans certains pays qui ont recours à la désinfection des quais de gare, il y a eu de fortes odeurs d'eau de Javel ou de produits qui ont gêné les passagers qui circulaient sur ces espaces publics. En revanche, le Haut Conseil a recommandé le nettoyage plusieurs fois par jour des voitures de transports de passagers avec décontamination de toutes les surfaces à portée des mains (portières, sièges, barres de bus ou de métros...). Là, le risque de transmission est réel. »

De nouveaux trains résistants aux virus

Cette pandémie va révolutionner l'hygiène du transport public. À tel point, estiment certains spécialistes, qu'entre les entrées sans contact et les modifications des matériaux (moquette au sol, surfaces plastiques, acier, boutons métalliques...), les constructeurs ont déjà pris les devants en appelant les sociétés de nettoyage à collaborer.

Des groupes de réflexion travaillent à imaginer l'organisation des futurs trains, avions, tramways, bateaux ou voitures. Quels matériaux à utiliser voire à inventer pour résister le plus efficacement aux bactéries et virus des prochaines années ? La réponse est en cours...