Il sera le train de l'Orient Express du Mexique ! C'est ainsi que le président Obrador aime à parler de son méga-projet de train Maya. Un nouveau circuit destiné au développement du sud-est du pays, l'une des régions les plus pauvres du Mexique. 

Un mot nouveau existe au Mexique : la Touristification. Aucune connotation. positive ou négative. Il s’agit juste du terme utilisé par les Mexicains pour parler du choix du président Andres Manuel Obrador de faire du Mexique un pays touristique.
Une boucle de 1500 km dans le sud-est mexicain
Le train Maya traversera les États du Chiapas et du Yucatan, les régions les plus pauvres du Mexique. Samuel Jouault, géographe français vit sur place, à Merida, la ville principale du Yucatan. En expert du territoire et du développement, il craint les simplifications. Nombre d’articles publiés depuis l’étranger, se contentent d’opposer les avis (associations écologistes) contre industriels du tourisme :

« Ce méga projet de train Maya fait beaucoup parler. Les travaux ont déjà commencé. Mais dans les milieux intellectuels, à l’Université et dans les centres de recherches sociales, des voix s’opposent surtout au Fonatur, l’organisme public du Tourisme, le Fonds national pour la promotion du Tourisme. Ce fonds est responsable du futur circuit du train Maya. Or, dans le passé, le Fonatur ne s’est pas montré respectueux de la préservation de la nature ni des populations autochtones. Mais moi, je vois les choses évoluer ! D’ailleurs le gouvernement a bien compris l’enjeu puisqu’il met en avant les consultations et réunions organisées auprès des populations locales ».

300 000 emplois à la clé

Depuis son bureau de Mexico, Octavio Paredes Lopez, président de l’Académie des Sciences explique que peut-être, avant d’investir l’argent dans le projet touristique du train Maya, le gouvernement aurait dû honorer ses promesses d’améliorer le secteur de la santé :

« D’un côté je me réjouis de ce projet de développement du pays. Mais de l’autre, je crains qu’il soit devenu une priorité sur d’autres budgets comme celui de la santé pourtant très important. Le président Obrador avait promis d’améliorer la santé et ce n’est toujours pas fait. Mais je sais aussi que le Mexique a besoin de trains et de voies ferrées. L’essentiel des trajets ici se fait par la route ».
D’anciennes voies ferrées réhabilitées
Les trains du futur circuit ferré Maya circuleront sur d’anciennes voies abandonnées. Dans les régions les plus isolées, de nouvelles voies sont déjà en construction. Or, parmi les populations autochtones, certaines ont accepté d’être délocalisées, d’autres ont réussi à mobiliser les associations pour que les chemins initiaux soient modifiés et contournent leurs villages au lieu de les traverser.
Risque de folklorisation Maya
Comme d’autres spécialistes en économie sociale, le chercheur Luis Reygadas de l’Université autonome de Mexico s’inquiète du dialogue de sourds opposant les pro-train Maya à ces détracteurs :

« Dans cette affaire, aucun camp n’écoute l’autre ! Certains opposants continuent de refuser le dialogue. Ils s’opposent radicalement et ne veulent rien entendre. D’un autre côté, je crois que le président Obrador a tout fait de façon trop autoritaire. Les Mexicains peuvent donc penser légitimement qu’ils n’ont pas la possibilité de se prononcer tellement le pouvoir est convaincu par ce projet touristique ».
Le train Maya: des plages de Cancun au transport de pétrole
A grand renfort de spots vidéos sur le réseau You Tube et sur son propre site internet, le département régional du tourisme du Yucatan fait savoir que ce circuit de train Maya s’accompagnera d’enveloppes pour développer la culture maya. De la production de miel à l’artisanat, l’encouragement à une économie solidaire est mis en avant. Le second argument est l’aide au transport du pétrole de ces Etats du sud-est mexicain, pourvoyeur de 95% du pétrole du pays. Or, le Fonatur -le Fonds pour le développement touristique- a déjà été critiqué pour des promesses d’emplois mais d'emplois au rabais, au risque de faire de ces trains mayas, des trains de folklore local.
Le train Maya face à la loi
Là encore, pas de simplification rapide. Vingt recours en justice ont été déposés par les opposants écologistes et les avocats des droits de l’homme (les principales motivations sont les délocalisations de populations et les ravages environnementaux.) Du côté des soutiens, on compte 24 coopératives mayas qui ont voté pour ce train Maya.
Pendant la pandémie de Covid 19, le chantier continue !
Ce projet de train Maya s’inscrit dans un plan plus vaste autour des infrastructures du Mexique avec quatre méga-chantiers : le nouvel aéroport de Mexico, la construction d’une raffinerie dans l’état du Tabasco, l'agrandissement du port de Progreso dans l’état du Yucatan, et le projet d'extension des voies ferrées à la frontière avec le Guatemala à l'isthme de Tehuantepec.
« Les transports, une question de sécurité nationale et d’intérêt public » 
Dès son arrivée au pouvoir en 2019, le président Obrador a fait des transports une question de sécurité nationale. Il l’a d’ailleurs répété dans un discours le 24 novembre dernier. Mais déjà, au vu des recours (de l’opposition politique) devant la Cour suprême, la construction de l’aéroport est désormais mise en suspens.

L’Unesco examine actuellement le projet. Contacté par RFI, l’Unesco nous a fait savoir que l’examen du dossier du futur circuit du train Maya est en cours.
Le premier voyage en train Maya en 2024
Le président Obrador a quant à lui, rappelé que la pandémie de Covid 19 ne ralentira pas son ambition, il a versé l’équivalent de 20 milliards d’euros pour la réalisation de ces chantiers. Le premier voyage de passagers en train Maya est promis pour 2024 !