Une petite révolution a eu lieu cet été en Égypte ! Pour réaliser l'ampleur de l'événement, il fallait être le mois dernier dans le métro du Caire, la capitale égyptienne ! Deux femmes sont devenues les deux premières conductrices de métro. Une sélection sur 30 candidats des deux sexes. Pour des pays européens, qui ont instauré la pratique dans les années 90, cela paraît anodin. Mais pour l'Égypte, où l'égalité du travail homme-femme rencontre bien des préjugés, le symbole est fort.

Une chance ! Au printemps dernier, l'extension de la ligne 3 du métro abordait ses derniers travaux. C'est donc sous le vrai tunnel, sur leur vrai futur trajet que les candidats et candidates ont été formés.
Trente candidats hommes et femmes confondus
Pouvaient postuler tous les diplômés sachant parler anglais. Avec cette différence d'emploi du temps : les conductrices n'auront pas d'horaires de nuit. Mais pour le reste, comme l'explique Chaden Salaheldin, directrice de partenariats stratégiques au Caire pour cette fameuse égalité hommes-femmes, il reste beaucoup à faire :

« Tout d'abord, je voudrais souligner qu’il s’agit d’une avancée incroyable en Égypte ! Ici, on n’a vraiment pas l’habitude de voir des femmes conduire un métro. Pourtant, malgré ce progrès, dans le processus même de formation à ce métier de conducteur de transport, il y a eu une certaine forme d’inégalité. Trente candidats hommes et femmes ont passé les examens pour lesquels il fallait déjà être diplômés en commerce, ingénierie ou mécanique. Figurez-vous que pour les tests de conduite sur cette ligne 3 du métro du Caire, les épreuves étaient plus difficiles pour les femmes que pour les hommes ! On leur a demandé de prouver leur résistance au stress, à garder leur calme. Tandis que pour les hommes, c’était juste centré sur la conduite et les aptitudes mécaniques ».

Des articles de presse dans le monde entier. De New Delhi en Inde, à Washington aux États-Unis, Hind Omar et Suzanne Mohamed, les deux premières conductrices du métro du Caire ont été saluées et félicitées. Les médias internationaux ont qualifié cette ouverture à la conduite aux transports en commun de « progrès social » pour l'Égypte. Un pays où les femmes peuvent tout de même conduire leurs véhicules personnels, mais jusqu'à présent totalement absentes des transports publics.
Les passagers méfiants puis rassurés
D'ailleurs, dans leurs interviews, Hind Omar et Suzanne Mohamed n'ont pas caché les difficultés et leurs débuts parfois désagréables face aux réactions des passagers. Les regards méfiants, les hésitations des hommes et même de femmes encore persuadées qu'une conductrice de métro serait plus stressée qu'un conducteur.

Mais comme le dit Violaine Gagnet, directrice de programmes de l'organisation non gouvernementale Plan international France. « Sur les routes, la véritable égalité arrivera quand on ne se posera plus aucune question en voyant une femme au volant d'un bus public ou d'un train égyptien ! Le plus important pour moi, c’est le choix de ces femmes conductrices. Elles ont choisi leur formation. J’insiste sur ce mot, choisir ! Car en Égypte comme dans d’autres pays, les choix de la vie professionnelle et même personnelle sont souvent plus subis que choisis (avec notamment des impératifs liés à l’éducation des enfants). Le second point important, c’est l’économie du pays. Avec des femmes conductrices de transports, on leur donne la possibilité de participer à l’économie formelle du pays. Pour les Égyptiennes, même si ces deux premiers postes restent insuffisants, c’est un symbole fort, une source d’émancipation et d’un avenir pour l’Égypte ».
Donner envie aux jeunes filles
Ailleurs dans le monde, la France a autorisé les femmes aux commandes du métro en 1982. Plus récemment en l'an dernier. Mais à Paris, à Moscou comme au Caire, il est bon de remarquer ce paradoxe sur ces fameuses craintes concernant les femmes aux volants des transports. Voyez ces milliers d'Égyptiens chaque année sur EgyptAir, la compagnie nationale d'Égypte. Ils voyagent dans des avions pilotés par des hommes et des femmes !

C'est bien pour cela que dans toutes leurs déclarations, les deux premières conductrices ont fait passer le message : conduire le métro pour ouvrir la voie à nos filles, à nos petites-filles... l'avenir de l'Égypte.