Texte de ma conférence donnée lors du THSF 2019, avec supports et liens, références, crédits et mercis. Je reviens sur ce qu’Otomo nous dit dans ses œuvres (et pas seulement dans Akira) sur la gestion des émeutes par les forces de l’ordre civiles et militaires, mais aussi sur ce qu’il n’avait pas vu et ce qu’il n’avait pas prévue malgré ses récits d’anticipation, à savoir les réseaux sociaux et la robotisation de la surveillance et de la répression.
Vu tag anime bd manga politique privacy science-fiction sécurité

La captation de la conférence par TV Bruits (avec les Q/R), suivie du débrief sur leur plateau.. Et mes slides

Pourquoi j'en parle :

J'ai été chroniqueur BD pendant 25 ans pour la radio et différents média.
J'ai aussi co-organisé pendant 5 ans les cryptoparty sur Toulouse.
J'y connais rien en force de police, en organisation de manifs publiques ou autres... Mais l'occasion était trop belle pour revenir sur ce classique du manga qui a 30 ans. Je ne vous propose que mon regard, qui est forcément limité.

Personnellement : Akira a été la claque qui m'a fait ouvert l'animation adulte en 1991. Car je l'ai vu lors de sa sortie au cinéma. Rien que pour que je me sente très vieux, qui dans la salle était né en 1991 ?
Et qui avait les 16 ans minimum pour le voir en salle ?

À l'époque, le dessin animé adulte était exceptionnel, pratiquement inexistant en dehors des salles d'art & essai : Fritz The Cat (adapté de la bd coquine de Robert Crumb), Metal Hurlant (pour la violence et la fantasy, d'après la revue du même nom). Et les deux étaient d'une qualité d'animation assez moyenne. Urotsukidoji, oeuvre contemporaine d'Akira, est une production prévue que pour le marché vidéo japonais (VHS et laserdiscs).

À l'époque, le dessin animé japonais était très mal vu en France. J'ai vu dans une petite salle Zandra princesse des étoiles, un remontage très très libre et opportuniste du Nausicaä de la vallée du vent de Hayao Miyazaki. Il faudra attendre quasi une décennie de plus pour que Télérama et Le Monde arrêtent de démonter l'animation japonaise. Et encore... ils disaient pas mal d'erreurs en 2000.

Si vous voulez vraiment une notion d'apocalypse, imaginez Akira en film live produit à Hollywood par la même équipe qui a fait l'adaptation de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires .... avec Keanu Reeves dans le rôle de Kaneda... yep, on y a réchappé
Le projet a récemment été relancé par le producteur Léonardo Di Caprio, qui doit commencer à le tourner cet été.

La claque

Akira est un manga, produit de 1982 à 1990. À partir de 1986, Katsuhiro Otomo se met sur la production du film, qui a levé le plus gros budget pour une animation au Japon... il continue à dessiner tout en produisant un film qui aura une fin radicalement différente, comme Hayao Miyazaki pour Nausicaä de la vallée du vent. Les deux auteurs en sortiront épuisés et lessivés et ne dessineront plus de BD.

Akira est le premier long métrage d'animation, où on a des traces lumineuses des phares... et on voit bien que les mouvements de motos sont réalistes c'est aussi le premier dessin animé japonais avec des explosions réalistes. Et il fourmille de détails, observez bien mes captures d'écran.

Dans la BD, la première page s'ouvre avec un cataclysme.... daté du jour de la sortie de la revue. Rien de mieux pour plonger le lecteur. La même astuce sera utilisée en ouverture du film avec sa date de sortie.

En France, la BD en kiosque et les affiches de cinéma mettront les dates françaises.

En traduisant Akira, Jacques Glénat est le premier grand éditeur français à se lancer dans la traduction d'un manga adulte, et même la traduction d'un manga en France tout court. y'a eu quelques tentatives auparavant, mais ultra confidentielles. À noter que l'appui et le lobbying de Mœbius a beaucoup aidé à importer Akira, et notamment la co-publication en fascicules mensuels par Libération.
Malheureusement, on aura une traduction via la version américaine, détramée, retournée, colorisée, retaillée, massacrée. Suite au succès d'Akira, Glénat se lance en traduisant les manga dont on voyait les séries dans le Club Dorothée : Dragon Ball.
En 1993, un libraire de Paris, Dominique Véret, créa le premier éditeur purement manga et s'autorisant tous les genres en respectant le sens de lecture japonais sans gommer les onomatopées : les éditions Tonkam.

On va faire abstraction de l'intrigue principale, et de la partie fantastique. Il y a sûrement des gens qui n'ont pas lu le manga ou pas vu le film, je me contenterai de ne parler que de l'univers et de la société qui est décrite. Le film est un cyberpunk apocalyptique, alors que le manga est après le premiers tiers un post-apo qu'on va ignorer.
Et je le redis, cette œuvre n'a pas tant vieilli que ça, un chef d'œuvre qui a à l'époque, mobilisé quasiment tous les studios d'animations majeurs au Japon, et a sérieusement monté le niveau de production à l'international. Il y a plusieurs noms au générique qui ne disaient rien à l'époque, notamment Gainax. Ce film est toujours cité, référencé par nombre de réalisateurs, notamment par Steven Spielberg dans Ready Player One.

© Reuters

Et pour rappel, le film est sorti en France en 1991, après la chute du bloc de l'Est, des directs par La Cinq depuis la Roumanie et quelques mois après l'écrasement de la rébellion de la place Tian'anmen en Chine

(où il parle enfin du sujet) l'univers

(une reconstruction hasardeuse, un chômage explosif)
En 1982, Tokyo est rasé suite à une guerre par un cataclysme nucléaire, ce qui a déclenché la 3ème Guerre Mondiale.
Dans les 35 années qui suivent, surgissent une nouvelle ville, Neo-Tokyo avec d'immenses gratte-ciels au centre-ville.
Une hyper-croissance qui ne bénéficie par à tous

Ce centre-ville contraste avec ses immenses banlieues qui sont des friches, sans commerces ou service public, sans compter les ruines de l'ancienne ville. Il y a une forte inégalité entre les classes aisées du centre et les personnes paupérisées en banlieue (on retrouve une géographie comme à Paris ou Toulouse)

Qui plus est, le précédent gouvernement a lancé une réforme économique qui a tourné au désastre et à une explosion du chômage. Le gouvernement se bat avec un budget de rigueur, est en minorité au parlement et peine à endiguer les manifestations, qui sont devenues des émeutes très régulières et violentes.
Ajoutez que des groupes terroristes en profitent pour faire exploser des bombes, parfois en pleine foule.

(les bandes de délinquants, non yakusa)
Au Japon, dans notre monde réel, la délinquance ordinaire est rare, systématiquement poursuivie ; il y a une délinquance institutionnelle mafieuse, comprendre, les yakusa. D'ailleurs, avoir des tatouages est assez mal vu au Japon.
Dans l'histoire, des groupes de bikers font des dégâts matériels, des blessures graves, avec des meneurs bien visibles et tatoués comme celui des Clowns... et la police ne fait rien. Soit par paix sociale, soit par manque évident de moyens parce que les preuves et les témoignages ne doivent pas manquer.

(le milieu scolaire en chaos)
Les gosses de la bande de Kaneda sont en lycée pro, en réinsertion pour petite délinquance, et visiblement, ils n'en n'ont rien à carrer de respecter leurs profs, les locaux,... l'exact contraire du Japon réel. Par contre, le proviseur utilise la méthode de la taloche par le prof d'EPS pour souligner l'importance de l'éducation qui leur donne pour réinsérer ces jeunes un peu turbulents sur le droit chemin

(la drogue)
À l'époque de la sortie d'Akira, j'étais fan du jeu de rôle Cyberpunk de Talsorian, où il y a cette maxime que j'adore : Que serait Cyberpunk sans drogues ? beaucoup plus sain.
Dans le Japon réel, le cannabis est largement plus criminalisé et poursuivi qu'en France. Dans la fiction, on voit que l'archipel a un mal fou à endiguer les drogues de synthèses. Et que ces drogues sont le moteur économique des bandes de motards, même si il semble que la bande de Kaneda trafique des motos volées. Bande qui s'appelle les Capsules
Et en drogues de synthèses, on ne parle pas de LSD ou MDMA, mais d’amphétamines, ce qui va décupler l'énervement et les violences .

Les budgets nationaux sont siphonnés dans n'importe quoi : jeux olympiques et projet militaire ultrasecret ruineux
Franchement, si la rigueur budgétaire d'un pays est une priorité, ledit pays va pas s'amuser à mobiliser ses précieux moyens dans l'organisation d'une coupe du monde de foot ou dans des jeux olympiques. Hello Paris, hello Bercy.
Hasard rigolo, Tokyo organisera effectivement les JO de 2020. La réalité dépasse ici la fiction

La gestion des foules

Ahhh ! (fait le public) Des jeux ! Des Jeux!

(l'armée en renfort)
L'armée est au Japon une force d'autodéfense, ce qui est une des conditions de la reddition de 1945. L'armée n'a pas le droit d'intervenir sur le territoire national, sauf en cas de catastrophe naturelle, et c'est l'unique exception.
Donc montrer l'armée réprimer des manifs est pour un japonais une image aussi forte que le tir à l'automitrailleuse dans la foule dans « La Servante Écarlate »

On voit d'entrée que ce n'est pas la police mais l'armée qui intervient. On a sauté les étapes intermédiaires, sûrement à cause de manifestations qui dégénèrent et des attentats. À noter que je mettrais à part les forces spéciales du Colonel et les équipements associés à sa mission, puisqu'il dispose de moyens que n'ont pas les autres services.

On sent que les forces de l'ordre ne sont pas habituées, ni entraînées à la gestion de foules..
Étant en sous-effectifs pour bien couvrir le terrain, mal équipées ou pas vraiment entrainées à utiliser un tel équipement pour gérer une foule hostile, et un manque de bonne volonté des deux côtés pour calmer le jeu.
Donc les nerfs lâchent, et y'a bavure.
Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. (Maurice Grimaud , préfet de police de Paris , mai 1968)

Sur l'équipement des forces de l'ordre pour gérer les foules : peu de boucliers anti-émeutes ou de barrières, mais des armes et des véhicules lourds. Ils sont donc en groupes autour de ces véhicules, donc peu mobiles pour encadrer des groupes ou les canaliser.

Il y a aussi une stratégie d'affrontement direct.
En France, de 1986 (depuis le décès de Malik Oussekine) jusqu'au début de années 2000, la stratégie Française était au contraire celle de la désescalade, la négociation et le compromis.
La Police gère le niveau de violence en ne la montant pas. Cette doctrine semble abandonnée depuis... que Nicolas Sarkozy devint Ministre de l'Intérieur, en même temps qu'il a supprimé la police de proximité et instauré la surveillance électronique globale, avec l'insuccès que l'on sait.

Évidemment, la doctrine de désescalade ne marche efficacement que si des responsables sont connus et contactés par la préfecture en amont de la manif, et si celle-ci a son propre service d'ordre. Pas sur des groupes anarchiques genre gilets jaunes ou sectes apocalyptiques

Pour faire un aparté .... La stratégie de la désescalade est devenue le standard européen avec un programme de la gestion par les forces de l'ordre des manifestations politiques : GODIAC Good Practice for Dialogue and Communication as Strategic Principles for Policing Political Manifestations in Europe
La stratégie en question passe par la facilitation et l'accompagnement des manifestations de rues pour apaiser les tensions.
Ce comité réunissait 12 pays européens et a travaillé entre 2010 et 2013. 12 pays... je vous laisse deviner quel fut le grand pays européen absent.... Eh oui, la Police Française

Ce qui est décrit dans Akira ressemble plus à la gestion actuelle de la crise des gilets jaunes en France : L'usage décomplexé d'armes non-létales, détournée dans un but de blesser délibérément.

Dans cette scène, un manifestant sort d'un nuage de lacrymo, visiblement pas au top de la forme; Un policier se tourne, et fait un tir tendu avec son lance-grenade À noter que dans la VF, le policier dit "Ordure", mais qu'en VO il n'y a aucune expression sonore autre que son lanceur de grenade On sent que le policier ne fait pas ça uniquement par l'impunité du nuage de fumée, on sent aussi qu'il ne sera pas inquiété par sa hiérarchie.

Afin de chercher des fugitifs, les forces de l'ordre sortent des chiens d'attaques. Pas uniquement pour pister, mais on l'a bien compris pour mordre et immobiliser.

On vient de passer un niveau en termes d'escalade dans la réalité puisque fin Avril, le nouveau Préfet de Police de Paris vient de commander des chiens d'attaques pour gérer les foules, en plus de faire revenir les voltigeurs motocyclistes de sinistre mémoire (ceux qui en 1986 avaient tué Malik Oussekine dans l'entrée d'un immeuble).

Comme on le voit en France depuis Novembre : on n'est plus dans la défense des biens et personnes tout en laissant s'exprimer les mécontentements, mais au contraire dans la volonté de dissuader le plus possible à manifester, par la violence disproportionnée. La Police ne tire plus pour se défendre mais pour faire mal.

Dans Akira on peut s'étonner d'une telle violence, alors que visiblement, la police est informée des meneurs, par le renseignement intérieur et l'infiltration des manifestants

Néanmoins, la police et l'armée manquent sérieusement d'équipements, et pas que dans la gestion de foules, mais aussi pour son fonctionnement normal d'enquête. Ainsi, la transformation d'une salle omnisport, un équipement sportif, en commissariat de fortune

l'absence de moyens informatiques, ce qui fait qu'un des policiers consulte un document confidentiel, la liste des personnes dangereuses, au format papier, sans pouvoir empêcher les suspects d'y jeter un œil. Et ce classeur papier n'a pas de mises à jour temps réel, ne croise pas différents fichiers, notamment pour vérifier des identités et les alibis.

En plus des moyens de fortune, les économies sur le budget s'en ressentent sur le comportement des policiers Avec un manque de formation assez criant :
On voit une tentative d'attentat à la grenade dans le commissariat bondé (oui, oui, il est bondé, mais tenir une grenade dégoupillée vous vide super vite un couloir),... la grenade fait long feu, Le suspect est invité à discuter dans un bureau

un des policiers ramasse la grenade, l'observe et l'amène dans son bureau, va savoir pour quoi faire... au lieu d'évacuer la zone et de faire appel à une brigade de déminage. 10 minutes plus tard, ladite grenade va exploser et vu que le souffle arrache le toit, on imagine les dégâts humains et matériels dans le commissariat de fortune surpeuplé.

On voit l'usage d'armes létales lourdes en dernier recours, notamment de laser portatifs. Bon, dans l'histoire, ils s'en servent parce qu'on est largement au delà de l'émeute, de la révolte et de la révolution
et je frise le spoiler....
Ce n'est plus une arme de science-fiction puisque la Chine est en train d'en déployer sur véhicules, comme des émetteurs de douleurs à micro-ondes, et a clairement annoncé qu'il s'agissait d'un outil de "gestion des foules". Les manifs doivent y être de vrais massacres

Otomo parle d''usage de robots en maintien de l'ordre. Dans le manga sont déployés les Security Balls, robots de 2m de diamètre, capable d'ouvrir le feu ou d'éteindre un petit incendie. Ces engins sont totalement autonomes, mais capables d'agir en groupes. Ils sont décrits comme les soldats ultimes, qui garderont le pays en surface en cas d'attaque nucléaire et élimineront les délinquants ejectés des bunkers.
Si les robots autonomes ne sont pas dans le film, ils sont le point central d'un autre film, Roujin Z où Otomo imagine un lit médical robotisé pour personnes très âgées, avec une IA militaire reconditionnée.
Alors si nous n'avons pas encore officiellement ce genre d'armes, la Russie, la Chine et les États-Unis ne se cachent pas d'en mettre au point . Certains sites industriels ont déjà des robots vigiles qui patrouillent, mais non armés.

Ce qu'a oublié Otomo

© BFMTV

Otomo n'avait pas vu les armes non létales de gestion des foules. Et en premier lieu le flashball, ou le LBD40, dont l'usage est prévu dès le départ pour donner un coup étourdissant/meurtrissant si ce n'est blessant envers le citoyen manifestant.
Quand le flashball fut introduit dans la police britannique dans les années 1970 contre les manifs de l'IRA en Irlande du Nord, l'idée était clairement de mettre à distance des coups de matraque pour incapaciter. Des coups de matraque au visage, on envoie direct quelqu'un à l'hôpital ou à la morgue.

Otomo ne montre pas de vidéo surveillance dans les rues. L'usage de caméras pour de surveiller et intimider est imaginé par George Orwell dans 1984, qu'il a écrit en 1948.
Les premières caméras de vidéo surveillance de l'espace public sont installées en 1968 dans l'état du New York. Dans les 1970s, elles sont déployées au Royaume Uni de manière industrielle en Irlande du Nord et à Londres, dans un but antiterroriste pour lutter contre l'IRA. 40 ans après, le constat est amer : Un représentant de Scotland Yard à la Security Document World Conference d'avril 2008 parle ainsi de utter fiasco (échec complet), parce que les officiers de police ne sont pas assez formés, souvent ils ne veulent pas chercher les images vidéo parce que c'est beaucoup de travail

En 2011, la Cour des Comptes avait épinglé la vidéo surveillance : mal estimée, mal encadrée, mal supervisée. Elle estimait le coût annuel de la vidéo surveillance par les administrations publiques à 600M€ et un rendement totalement illusoire, même en vidéoverbalisant les stationnements payants.

En 2011 toujours, lors du THSF, Alex du Tetalab avait mené une expérience vidéosurveillance surveillance, afin de trouver et d'identifier les caméras de surveillance sur l'espace public et de tenter d'exercer son droit d'accès eu au retrait des enregistrements. Aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines n'ont pas pu être identifiées, ni par la Mairie, ni par Tisseo, ni par la Préfecture.
C'était il y a 8 ans. Depuis, le nombre de ces caméras a explosé. Plus que décuplé.

extrait d'une plaquette publicitaire. © DPS

Autre oubli : Les drones de surveillance. L'usage de drones de surveillance commence à se répandre car cette technologie se montre plus fiable et bien moins cher qu'un hélicoptère de surveillance. On est passé du modèle constamment piloté à ceux capables de rester dans un plan de vol circulaire, libérant l'opérateur pour d'autres tâches. À vraie dire, ce business ne se montre plus seulement au salon EuroSatory, mais on trouve des plaquettes publicitaires avec de simples requêtes sur Google.
Néanmoins, un hélicoptère a un immense avantage stratégique : l'intimidation par son bruit. (tous les samedis, c'est tapage dans le quartier) Évidemment, si on n'a pas de drones de surveillance, on n'a pas non plus de drones armés déployés.

© BFMTV

Et pour terminer sur les caméras, celles à hauteur d'homme, Otomo a aussi manqué les caméras piétons.
C'est plutôt anecdotique, mais si les policiers et soldats portaient des caméras embarquées, les images auraient théoriquement permis d'identifier plus vite les protagonistes.
À noter que les caméras piétons sont introduites en France pour protéger les citoyens notamment du délit de faciès, mais des images de notre police nationale seraient plus de la moitié du temps inexploitables pour des raisons techniques.

© KiyvPost

La téléphonie mobile. Pour défendre d'Otomo, je rappelle qu'à l'époque, elle n'était ni portable ni populaire. Un téléphone, sans les fonctions de smartphone, discute avec l'antenne relais, continuellement.
De nos jours, les IMSI Catchers interceptent tout traffic mobile sur quelques rues, ou intimident les manifestants avec des SMS menaçants. Ainsi en 2014, lors des grandes manifestations en Ukraine qui allaient renverser le pouvoir, les passants dans certains quartiers recevaient des SMS semblant provenir de leur opérateur, avec ce texte: Cher abonné, vous êtes enregistré comme participant à un trouble massif à l'ordre public. Des SMS émis non pas par les opérateurs mobiles mais via des IMSI catcher de police. Même chose en Égypte lors du Printemps Arabe en 2011. Inutile de vous dire qu'un tel SMS trouvé dans un téléphone suffirait à vous condamner.

Autre outil de la téléphonie mobile : utiliser la densité de téléphones dans un carré localisé pour compter les manifestants, ce qui a été suggéré durant les Manifs Pour Tous à cause de l'écart considérable (même pour des français) entre les chiffres de participation des organisateurs (1,4 M) et de la préfecture (300k).

© @rodho_g

Il n'y a pas de journalistes sur le terrain pour couvrir les émeutes en direct. De nos jours, comme les moyens sont hyper légers, les réseaux sociaux permettent de caster en live et qu'on peut tous être notre propre média, les forces de l'ordre deviennent hyper nerveux .... et ciblent les journalistes. David Dufresnes, ou ceux qui passeront aujourd'hui après moi, Foo, ne pourront que confirmer ça.
Pourquoi ? Un reporter de terrain est un témoin, il peut contrer les affirmations de la communication officielle, et donc la réalité sur la situation incontrolable, que les forces de police pourraient emphaser afin de réduire la mobilisation, en mettant en avant la violence, les casseurs, etc...

Conclusion

© BFMTV

J'ai pas de réelle conclusion, sinon de dire que la France est le pays de l'Union Européenne qui équipe sa police d'armes dangereuses qui sont mêmes interdites dans d'autres pays de l'UE, comme la GLI-F 4, grenade de TNT et gaz lacrimo.
13500 tirs en 4 mois, plus du double de l'usage sur une année entière... La situation dérape, parce qu'on a remplacé les moyens humains par des armes. Et que le top management s'est enfermé dans une logique répressive, mesestimant la motivation et l'effet d'entrainement des réseaux sociaux

Documentation

Iconographie

  • BD Katsuhiro Otomo « Akira » (© Glénat, éditions de 2005 et de 2015)
  • Film Katsuhiro Otomo « Akira » (© Akira comitee, Dybex)
  • Wikipedia
  • SensCritique.com
  • bdzoom.com
  • « Police, au cœur du chaos » © BFMTV (diffusé 8 Avril 2019)
  • © DPS
  • kyivpost.com
  • Jeff Widener, © Associated Press
  • © @rodho_g via twitter
  • Fonds et photos personnelles

Remerciements


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