Solène Paul est une enseignante pas comme les autres : elle est DYS. Dans ce récit, elle nous raconte son quotidien d'élève dyslexique et dysorthographique, les difficultés qu'elle a surmontées et les personnes qui l'ont accompagnée dans son parcours scolaire. Aujourd'hui professeure, elle nous explique comment elle a adapté son enseignement à ses difficultés dans la lecture et l'écriture au tableau. Mais pour elle l'enjeu est ailleurs : dans la sensibilisation des enseignants à l'accompagnement des élèves DYS, au plus près des besoins qu'elle connaît si bien. 

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Émission préparée par : Floriane Le Maître 

Réalisée par : Floriane Le Maître 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno 

Secrétariat de rédaction : Magali Devance 

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021


Transcription :

Je suis Solène Paul et j'enseigne la SVT depuis cinq ans maintenant. 

Quand on est DYS, c'est qu’on regarde des mots qu'on a déjà vus plein de fois, des fois même des mots de la vie courante… il se peut que moi, il y a plein de fois, il y a des mots, je les vois et ça fait comme si c'est la première fois que je les regarde en fait. Je dois les redéchiffrer, syllabe par syllabe, comme si je ne les connaissais pas et ça arrive encore plus avec des mots que je vois moins souvent. Et ça c'est difficile. 

Il faut savoir que tous les DYS sont différents. En fait on n’est pas dyslexique, on a la dyslexie. C'est quelque chose qu'on a en plus. Donc chaque dyslexique va être différent en fonction de sa personnalité, sa façon d'apprendre. Et on ne peut pas appliquer une méthode pour chaque dyslexique et croire que ça va marcher avec chaque dyslexique, ce n'est pas possible. 

Ma maman m'a beaucoup aidée. Elle était là et heureusement, je la remercie d'avoir été là, d'avoir été un soutien parce que je n'aurais pas pu faire la scolarité que j'ai faite sans elle. Il y a plein de fois où elle allait voir mon directeur du collège en lui disant : « Mais je ne comprends pas. Vous ne laissez pas de tiers temps à ma fille ? Mais quand il y a une personne en fauteuil roulant, vous lui laisser de l'espace pour qu'elle puisse passer ? Moi, ma fille, elle n’a pas besoin d'espace, elle a besoin de temps. » Ma prof de CE2 m'a prise tous les midis pour me faire travailler ma lecture et elle m'encourageait toujours en fait à aller toujours plus loin et elle essayait toujours de me dire que tout ce que je faisais c’était bien. Elle avait toujours une petite remarque pour me rebooster et me dire que c'était bien et je la remercie. Mon professeur de SVT au lycée m'a aussi beaucoup aidée, à prendre confiance en moi et à aimer une matière que j'adore aujourd'hui. 

La méthodologie, je l'avais grâce à l’orthophonie. Comme j'allais beaucoup chez l'orthophoniste, j'avais cette méthodologie-là. J'avais quand même une rigueur de travail que j'avais eue depuis que j'étais toute petite parce que j'ai dû travailler trois fois plus que mes camarades. Donc j'avais déjà la méthodologie. En fait, ce qui me manquait, c'est de la confiance en moi et c'est ça qui m'a permis de me booster et d'être là où j'en suis. 

Après le lycée, je suis allée à l'université Lille 1, j'ai fait une licence biologie-géologie. À Lille 1, il y a tout un pôle handicap et avec ce pôle j'ai eu une prise en charge excellente où j'avais une secrétaire pendant les cours, donc j'avais un élève, enfin pardon, un étudiant payé pour me donner ses cours. Et il fallait que ses cours soient bien notés, qu’il y ait tous les schémas. Comme ça, moi ça m'évitait de prendre en note les cours et je venais à la fac et j'écoutais juste, ou je prenais quelques notes, les petits schémas pour me souvenir, mais je n'avais pas à tout prendre en note. De toute façon, c'était impossible pour moi. Et après j'avais une secrétaire d'examen et un tiers temps pour tous mes examens. Et ce pôle m'a vraiment beaucoup aidée. Je pouvais aller leur parler si j'avais besoin. Si j'avais un coup de mou, je pouvais aller leur parler, leur porte était toujours ouverte et ça, ça a été essentiel pour moi. 

J'en ai dans mes classes, alors ça dépend, il y a des DYS… Après, j’ai des dyspraxiques, j'ai des dyslexiques, dysorthographiques. J'ai plusieurs DYS. J'ai des dyscalculiques aussi. Et je m'appuie beaucoup sur l'utilisation de la tablette pour les élèves qui ont des difficultés ou même des élèves qui sont à haut potentiel. Et les élèves qui ont des difficultés, ils peuvent prendre leur tablette, taper sur leur tablette s’ils ont envie ou prendre en photo le cours. Moi je n'écris pas au tableau parce que… ou très peu, j'écris juste les titres. Et comme je construis le cours avec mes élèves, je n'ai pas de trame toute tracée à l'avance, donc je n'écris pas au tableau. Mes élèves sont au courant dès le début de l'année. Et quand on est dans une grosse partie, et qu’il y a quelque chose d'important, c'est un élève qui va projeter sa tablette et qui va écrire sur sa tablette pour le reste de la classe. Maintenant, on a plein de logiciels qui corrigent nos fautes, donc ça marche très bien. Il y a des aspects de mon travail qui sont plus compliqués. Corriger des copies, ça me prend énormément de temps. J'ai peur de... de faire des erreurs, donc je relis, je lis une fois la copie, après je lis une deuxième fois la copie avec mon stylo et là je vais corriger les fautes et je vais annoter, et après je vais relire une troisième fois mes annotations pour voir si je n'ai pas fait de fautes et donc ça me prend beaucoup de temps. Les appréciations, je n'aime pas du tout ça. En fait, tout ce qui est écrit ça va être difficile pour moi. Faire des mails ça va être… je vais mettre beaucoup plus de temps, ça va me fatiguer. Mais à part ça, tout l'aspect de mon travail… j'adore être en classe, être en lien avec les élèves et même en lien avec les parents. Je trouve ça très intéressant de pouvoir construire avec les parents une relation ensemble pour l'élève. Je trouve ça important que l'on soit une équipe pour pouvoir guider l'élève et encore plus quand les élèves sont dyslexiques. Il est important, je trouve, de pouvoir communiquer avec les parents et les parents sont… généralement, le courant passe bien et on arrive à avoir une bonne communication parce que, comme à mes élèves je leur dis dès le début de l'année que je suis dyslexique et dysorthographique, généralement les parents sont au courant dès le soir [rire]. Et donc il y a des parents qui viennent me voir pour me demander des conseils et me demander s'ils font bien leur… s'ils sont bien dans leur rôle de parents. Parce que des fois, c'est sûr que c'est difficile d'accompagner un enfant avec des difficultés. Des fois ça met du temps, on a du mal à voir les progrès alors qu'il y en a, mais, comme les progrès ne sont pas nombreux ou qu’ils prennent du temps, les parents peuvent aussi se démotiver, donc je trouve ça important de toujours pouvoir communiquer avec eux pour leur dire que nous, de notre côté, on peut voir des progrès et qu’on peut les aider, on peut aider l’enfant d’une autre manière. Parce que des fois, la façon dont on s’y prend, ce n'est pas la bonne manière et il faut qu'on trouve une autre stratégie. 

Ce que je peux dire aux enseignants qui n’ont pas l'habitude d'avoir des élèves dyslexiques, je pense qu'il faut vraiment pouvoir se former. Alors, c'est bien de se former avec des livres et de façon théorique, mais c'est bien de se former auprès de vrais élèves dyslexiques et leur demander en fait, tout simplement. La formation, elle peut commencer au quotidien dans la classe, aller voir ces élèves-là et leur demander ce dont ils ont besoin et ce qui les bloque et ce qui les gêne. Et la formation, elle peut déjà commencer avec eux en fait. Je pense que le plus important, c'est de montrer à nos élèves qui sont dyslexiques, ou qui ne le sont pas mais qui sont en difficulté, qu’on est là et qu'on est fier d'eux et qu'on sait qu'ils sont capables d'y arriver et que, même si c'est compliqué, même s'ils prennent un chemin un peu plus long que les autres ou s’ils ont un chemin un peu plus… avec un peu plus de difficultés, on sait qu'ils sont capables de le faire et qu’on a confiance en eux.