"La reconquête d’Alep va marquer un tournant dans la guerre", déclarait Bachar el-Assad, alors que ses troupes achevaient de reconquérir la partie est de la ville. Le président syrien n’a sans doute pas tort. En assommant ses ennemis sous un déluge de bombes, le régime de Damas a repris le contrôle de la dernière grande ville du pays. Damas et Moscou célèbrent une victoire capitale. L’Occident impuissant -chefs d’état, diplomates, Nations Unies- dénoncent quant à eux la pire catastrophe humanitaire du 21ème siècle. Crimes de guerre, protection des civils, tortures, usage d’armes chimiques, toutes les règles ont été bafouées et c’est un peu de notre humanité avec un grand H qui a sombré dans les ruines d’Alep. Après 6 ans de conflit, la Syrie est un pays détruit, déchiré, découpé en morceaux. Avec ses alliés russes, iraniens et les combattants du Hezbollah libanais, le gouvernement de Bachar el-Assad contrôle ce qu’on appelle la "Syrie utile", avec les 5 villes les plus importantes: Damas, Homs, Hama, Alep et le port de Lattaquié. Dans cette Syrie utile vit 70 pour cent de la population actuelle. Le reste du territoire se partage entre les forces rebelles, très majoritairement islamistes, les milices kurdes et l’État islamique qui recule mais résiste toujours dans son fief de Raqqa et la vallée du Tigre. La victoire des forces loyalistes dans les ruines d’Alep ne signifie pas, hélas, la fin de la guerre. L'invité : Luis Lema, journaliste Le Temps