interview-fabien-vautrin

Si vous êtes un fidèle lecteur depuis de nombreux mois, voir années vous savez que parfois j’aime mettre en avant certaines personnes grâce au blog. Dernièrement je vous ai fait découvrir Ideealize ou encore Cécile Morvan, PaperWolvy. C’est assez rare ce genre d’interview sur le blog mais c’est clairement souhaité de notre côté. Nous souhaitons mettre en avant des personnalités parfois peu connus qui pourtant par leur talent / leur métier peuvent faire rêver. Cette fois-ci je vais vous parler de Fabien Vautrin, directeur artistique de Kurokawa.

Bonjour, peux-tu rapidement te présenter et nous dire ton parcours ?

Bonjour Aurélien et tout d’abord merci pour cette invitation. Je suis Fabien Vautrin et je travaille pour la maison d’édition Kurokawa spécialisée dans la publication de mangas depuis bientôt 10 ans. Si on remonte un peu plus loin, en parallèle à mes études d’informatique au début des années 2000, j’ai créé un site internet nommé Sugoi! spécialisé dans l’actualité des jeux vidéo japonais. J’ai aussi tenu un webcomic à caractère pseudo-humoristique intitulé Chu Project et les pages de BD du magazine Gaming. Par la suite, j’ai officié au sein du magazine GameFan en tant que pigiste, maquettiste puis rédacteur en chef pour quelques numéros. Ce qui nous amène au début de l’année 2005 où Grégoire Hellot, le directeur de collection de Kurokawa m’a demandé de travailler avec lui sur son projet de maison d’édition de mangas.

Je te connais en tant que directeur artistique chez Kurokawa peux tu nous en dire plus sur ton boulot ?

Quand Greg m’a contacté à l’origine, je devais faire du lettrage (mise en place des textes dans les bulles, retouche des onomatopées, etc.) sur Fullmetal Alchemist mais il s’est trouvé avoir besoin d’un traducteur en urgence pour présenter la série à la presse. Ma compagne étant Japonaise et parlant moi-même un peu la langue, nous avons été réquisitionnés pour dépanner sur le premier tome. Il faut croire que le résultat était satisfaisant car nous avons au final traduit toute la série. Depuis, nous nous sommes occupés ensemble des autres œuvres de Hiromu Arakawa (Hero Tales, Nobles Paysans, Silver Spoon) ainsi que de la saga Soul Eater ou encore Genshiken.

J’ai commencé à m’occuper de la création artistique pour Kurokawa au cours de l’année 2006. Depuis, j’ai à ma charge la conception des logos et couvertures des séries ainsi que l’ensemble du matériel promotionnel (publicités, goodies, décorations pour les libraires). C’est un travail assez conséquent mais j’adore pouvoir donner une cohérence à l’ensemble de la communication faite autour d’une série.

Enfin, je chapeaute le projet des mangas Pokémon en relation avec The Pokémon Company, plus particulièrement sur les séries “La Grande Aventure” et “La Grande Aventure Rubis et Saphir” dont j’ai assuré l’adaptation française.

Pokemon NB 7

Quels sont pour toi les points forts de Kurokawa ?

À mon sens, le gros point fort de Kurokawa est la concentration. Dans le Top 5 des éditeurs de mangas, nous sommes celui qui publie le moins de titre par an. Savoir maîtriser sa production est un exercice d’équilibriste mais qui a de nombreux avantages, chaque nouvelle série a droit à un traitement particulier et cela offre aux lecteurs une meilleure visibilité sur notre catalogue. L’équipe aussi est réduite mais chaque personne est très impliquée dans la vie de la maison d’édition. Cela permet une plus grande réactivité pour les projets qui sortent de l’ordinaire comme l’édition des mangas Inazuma Eleven sur Nintendo 3DS ou la publication de Pokémon Noir & Blanc en avant-première mondiale. Tous les membres de l’équipe sont passionnés par ce travail et Grégoire Hellot dirige la collection d’une main de maître.

Raconte nous par exemple une journée type ?

J’ai la chance (?) de pouvoir travailler principalement depuis mon bureau à domicile ce qui m’offre une liberté d’organisation assez grande. Ayant un fils de deux ans, je ne peux plus me permettre traîner au lit le matin, je me lève donc vers 7h et je commence à travailler vers 8-9h après avoir fait un tour de l’actualité. En fonction des projets en cours, j’essaye de concentrer le travail “créatif” comme la traduction ou le design en journée et le travail un peu plus “automatique” comme le lettrage en soirée. En période de bouclage sur les titres Pokémon, je me couche rarement avant 2-3 heures du matin car nos interlocuteurs se trouvent à la fois aux États-unis et au Japon. Il faut jouer sur les fuseaux horaires pour ne pas perdre des journées entières. Je profite aussi des week-end pour rattraper ce que je n’ai pas pu faire en semaine, quand on aime son travail, ce n’est pas vraiment un problème.

Charte Matos Akame

Red Eyes Sword, un carton en France comme au Japon

Quelle a été pour toi ta plus belle réalisation ?

Une question bien difficile. Par exemple comme la plupart des mangas sur lesquelles je travaille sont de longues séries, au bout d’un certain temps je ne vois plus que les défauts dans mes logos. Disons qu’en terme de gratification, ce serait les titres sur lesquels j’ai reçu des compliments de la part des auteurs comme Chocola & Vanilla, Blood Lad ou Nozokiana dont les concepts et logos ont même été repris à l’étranger. J’ai beaucoup aimé travailler sur la colorisation des couvertures de Pokémon Noir et Blanc et les encouragements de M. Yamamoto, le dessinateur, à chaque nouveau tome m’ont fait chaud au cœur.

Couverture Petites fraises 3.indd
Charte Logo Blood Lad
Charte Logo PureBlood Boyfriend
Charte Matos Akame
Ippo 3 jaquette.indd
Couverture Petites fraises 3.indd
Nozokiana 1
Pokemon LGA 3D
Pokemon NB 7
Couverture Petites fraises 3.indd
SilverSpoon 1
Soul Eater C1 Volume 1

Sur quoi travailles-tu en ce moment ? 

Du côté de la création, 2015 marque le dixième anniversaire de Kurokawa et il y aura beaucoup d’événements, de cadeaux et d’opérations spéciales pour marquer le coup ainsi que de nombreuses nouvelles séries ce qui implique à chaque fois la conception d’une charte graphique.

Pour les projets que je supervise plus personnellement, Silver Spoon continue à être publié de manière régulière et la fin de Soul Eater Not! arrivera dans le courant de l’année. Le deuxième et troisième tome de Pokémon La Grande Aventure Rubis et Saphir sont déjà bien avancés et nous venons d’annoncer la sortie de Pokémon XY pour le mois de février. Enfin, je suis en pleine préparation d’un projet qui devrait sortir cet été mais je ne peux pas en dire plus pour le moment.

Le manga fait maintenant je suppose pleinement partie de ta vie, mais comment as tu découvert ce domaine ? Quelles sont tes coups de coeur par exemple ?

Ayant grandi dans les années 80/90 (j’ai 32 ans), j’ai forcément été exposé aux Animés importés en masse à cette époque cependant mon premier choc “manga” fut AKIRA. Je me souviens d’un article dithyrambique sur le film dans un des tous premiers numéros de Player One mais, du haut de mes dix ans, impossible d’aller le voir ou de me payer la luxueuse éditions cartonnée. Heureusement, Glénat proposait aussi une édition kiosque que l’on trouvait facilement dans les vide-greniers ou chez les bouquinistes pour quelques francs. J’ai donc acheté tous les fascicules que je pouvais trouver, complétant l’histoire par de longues séances de squattage en librairie. Bien des années plus tard, j’ai acheté l’intégrale de la série dans cette même librairie pour m’excuser et les remercier de ces heures de lecture gratuites.

Concernant mes séries fétiches, je suis un grand fan de Neon Genesis Evangelion, c’est une série qui compte beaucoup moi.

Akira Kiosque

Le coup de coeur de Fabien Vautrin : AKIRA

As-tu d’autres passions ? Joues-tu aux jeux vidéo ? Si oui, pourrais tu me donner ton top 3 de l’année 2014 par exemple ?

Depuis que mes parents ont eu le malheur de m’offrir une NES pour mes 9 ans, j’ai toujours joué aux jeux vidéo jusqu’à en faire mon métier comme je l’évoquais plus haut. Mais il faut bien avouer que depuis quelques années, même si je continue à suivre de près l’actualité, j’ai beaucoup ralenti ma consommation. J’attribue ça aux classiques facteurs famille/travail/temps mais aussi au marasme actuel dans lequel est plongé le jeu vidéo japonais. Je garde espoir et quelques titres que j’ai pu voir au Tokyo Game Show me font penser que 2015 sera enfin une bonne année. Pour 2014, si je ne devais retenir que 3 titres :



  • The Legend of Zelda – A Link between worlds : Je triche un peu mais il est vraiment sorti à la toute fin 2013 au Japon et tant que fan de A Link to the past, c’était une vraie madeleine de Proust.


  • Terra Battle : Si on m’avait dit l’année dernière que je mettrais un jeu smartphone dans mon top… mais j’ai vraiment accroché à Terra Battle, c’est un super passe temps avec un niveau de production très solide pour un jeu “gratuit”.


  • Metal Gear Solid V : Ground Zeroes : Il est sorti à un moment où j’étais très occupé, du coup sa faible durée de vie a été un gros avantage pour moi. Ça m’a rappelé l’époque des démos achetées plein-pot avec un jeu dont on n’avait pas grand-chose à faire et que l’on retournait dans tous les sens.

J’ai aussi beaucoup joué à Pokémon Rubis et Saphir sur GameBoy Advance mais c’est pour le travail, ça ne compte pas vraiment !

 

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