Séries TV, films, comédies musicales... Quand on y pense, les références à l'oeuvre de William Shakespeare (1564-1616) sont omniprésentes, 400 ans après sa mort. Même nous Français, sommes les victimes consententes d'une "shakespearemania". Et pourtant, il nous en a fallu du temps pour apprécier son oeuvre et affronter une conception élisabétaine du théâtre qui fait fi des conventions habituelles - unités de temps de lieu d'action - et ne respecte ni le bon goût ni la vraisemblance. Comme tous ses contemporains dramaturges élisabétains, Shakespeare a voulu mélanger les genres. "Son théâtre est un théâtre populaire, hybride, où l'on trouve du rire en plein milieu de la tragédie", observe François Laroque. C'est là tout le paradoxe Shakespeare, tantôt salace, tragique, grivois, macabre.

Delacroix, Mallarmé ou Jules Laforgue ont "romantisé Shakespeare". On doit à Victor Hugo ou Hector Berlioz d'avoir intégré Shakespeare au répertoire français et ce, dès 1827, quand des comédiens anglais sont venus représenter l'une de ses pièces au théâtre de l'Odéon. En faisant d'Hamlet le double du poète impuissant, on l'a abordé de manière "très cérébrale", comme l'explique François Laroque. Christophe Mory confie d'ailleurs avoir découvert relativement tard le dramaturge élisabétain, car on le présentait "comme un Everest". Or, il faut le vivre "comme au parterre, comme un théâtre populaire".

Il y a chez lui "un amour et une connaissance de la femme, comme une connaissance de la politique, du royaume, des mécanismes psychologiques... à se demander si Shakespeare est bien Shakespeare..." glisse non sans malice le directeur de la Librairie théâtrale. De nombreuses personnalités ont en effet mis en cause son existence. En 1857, une certaine Delia Bacon (1811-1859), écrivain américaine, fille de pasteur de l'Ohio, a su entraîner à sa suite "des gens non négligeables comme Emerson, Henry James ou Mark Twain", raconte François Laroque. Cette femme particulièrement charismatique a même réussi à convaincre Freud. Depuis, la thèse de l'imposture revient comme un serpent de mer, elle fait d'ailleurs l'objet d'un ouvrage "Shakespeare, combien de prétendants?" (éd. Thierry Marchaise, 2016), dirigé par François Laroque. Certes il y a dans la vie de Shakespeare un certain nombre d'énigmes mais on a des témoignages de ses contemporains qui le reconnaissant comme auteur.

 
Emission en partenariat avec le magazine Okapi