Les médias face à un tournant
La Semaine de la presse et des médias dans l'école se déroule actuellement. Elle se tient du 19 au 24 mars. Quelques jours privilégiés pour que les jeunes puissent se familiariser avec les médias, quels qu'ils soient. C'est pourtant toute l'année qu'il faut s'en préoccuper. Comment distinguer les informations qui nous arrivent par différents canaux. Que dire de cette méfiance vis-à-vis des journalistes alors que régulièrement sont lancées de fausses informations ?

"Économiquement, tous les titres ne se portent pas très bien, après on est à un tournant. Un récent sondage Viavoice confirme les résultats de notre baromètre média, qui montre que notre métier est utile pour 91 % des personnes interrogées. On sent que les Français ont de plus en plus de mal à démêler le vrai du faux sur les réseaux sociaux. Ils ressentent une utilité envers les médias qui peuvent nous donner l'occasion de nous remettre en question. Tout est à créer mais ce peut être un nouveau défi" explique Aude Carasco, du quotidien La Croix.

"C'est une période de crise, de remise en cause mais vous avez l'opportunité de redéfinir un certain nombre de manières d'exercer votre métier" lance de son côté Arnaud Mercier, universitaire et spécialiste des médias, à l'intention des journalistes. Il ajoute que "certes les fondamentaux restent les mêmes, mais il ne faut pas verser dans le discours de la sinistrose. Il y a pléthore d'informations, certains parlent d'"infobésité" et c'est très juste de dire qu'on a jamais eu autant besoin de journalistes".
 
Les jeunes en première ligne face à l'info
Dans son secteur, Gwenaëlle Boulet, rédactrice en chef d'Astrapi, affirme que "la presse jeune se vend très bien. On a des abonnements qui continuent de progresser .C'est une bonne nouvelle. Les enfants et les familles continuent de se tourner vers la presse papier pour leurs enfants et leurs adolescents. Les enfants ont envie de comprendre ce qui se passe autour d'eux. Il faut savoir leur expliquer, savoir trier dans tout ce qu'ils vont entendre. On a vécu des moments difficiles avec les attentats où on a senti qu'il y avait chez eux quelque chose d'anxiogène, à entendre tout cela sans le comprendre, avec un monde adulte qui avait lui-même du mal avec ses émotions". Pour cette dernière, l'enjeu de la presse jeune est de trier les infos, et de protéger l'enfant de certaines choses.

La rédactrice en chef d'Astrapi prône pour ne pas mettre les enfants en cocon. Il faut leur parler de toutes les informations, pour calmer les anxiétés, mais en l'adaptant à leur niveau. "Il faut parler des émotions face aux images. L'information circule. Les enfants ne sont pas sous cloche. Il faut savoir les éduquer à cela" ajoute-t-elle.

Dans ce domaine, certaines associations oeuvrent également aux côtés des médias. C'est notamment le cas de l'association "Les Petits Citoyens", présidée par Catherine Jacquet. "On forme les enfants aux valeurs citoyennes et républicaines. Cela passe par la liberté d'expression et le développement de l'esprit critique de l'enfant avec l'information, le débat d'idées. L'objectif est de libérer la parole, de faire en sorte que les enfants s'intéressent, s'écoutent entre eux" explique-t-elle. Face aux fake news qui se multiplient, sur les réseaux sociaux notamment, plus que jamais, les enfants et les adolescents sont en première ligne pour discerner le vrai du faux dans ce qu'ils perçoivent derrière leurs écrans.
 
Le journalisme de l'offre et le journalisme de la demande
Arnaud Mercier rappelle quant à lui qu'il existe au moins deux écoles quant à la manière de concevoir le métier de journaliste. Pour certains, l'information et le métier de journaliste sont des missions. Pour d'autres, l'information est un produit qu'il faut vendre, dans un marché qui a ses propres règles. C'est ce que ce spécialiste des médias appelle le journalisme de l'offre et le journalisme de la demande. "C'est quelque part au milieu que l'enjeu se situe. Si vous voulez proposer une offre, encore faut-il que votre média soit consommé. Aujourd'hui on va un peu trop dans le journalisme de la demande car on a tellement peur de ne pas avoir de recettes. Dans une période de crise, on peut avoir la tentation d'être du côté de la demande et de renoncer à l'éthique journalistique sur certains points". Comme quoi, redonner de la valeur à l'information pourrait sans doute passer par la refonte du modèle économique des médias.