Comment faire la part entre la bonne et la mauvaise solitude? Il y a la solitude qui fait du bien, synonyme de calme, de repos et de ressourcement. Mais il existe aussi une solitude pesante, celle où l'on se sent envahi par un sentiment d'isolement et de mise à l'écart des autres. Le dossier de la revue Croire pose la question : "La solitude, amie ou ennemie ?" Existe-t-il deux solitudes? En réalité c'est la même tant l'idée de solitude est ambivalente.
 
"Nous ne pouvons pas vivre totalement seuls, que ce soit avec les personnes extérieures mais que ce soit aussi en nous-mêmes"

 

QUAND LA SOLITUDE EST SUBIE
En 2011, la solitude était décrétée grande cause nationale. Mais dans une société où les trois-quarts de la population vivent en ville, à une époque où on n'a jamais eu autant de moyens pour communiquer, de quelle solitude parle-t-on ? "Est-on vraiment seul ?" Le Père Antoni observe que "l'on parle plus de solitude affective peut-être, dans la relation : on sous-entend derrière des relations directes avec un époux, une épouse, éventuellement une communauté, des enfants... Et c'est ça sans doute qui est le plus difficile à vivre".

"Il y a une solitude qui est subie, qui est négative car elle donne avant tout un sentiment d'exclusion", et dont est témoin Monique de Kermadec, auteure du livre "Un sentiment de solitude - Comment en sortir" (éd. Albin Michel) Petit à petit, au cours d'une thérapie, quand ses patients en viennent à évoquer le sentiment d'isolement qui les habite, c'est souvent avec de la culpabilité : "La personne se sentant exclue a du mal à comprendre de quelle façon il ou elle a pu contribuer à cette solitude, 'qu'est-ce que je ne n'ai pas su faire?'"

 

ÉCOUTER ► L'homme seul face à la souffrance

 

LA SPIRALE DE L'ISOLEMENT
Se sentir seul, ça arrive même à des personnes insérées professionnellement et socialement. Ce sentiment de solitude a quelque chose "à voir avec notre propre capacité à établir des liens, ou notre difficulté à en établir", observe Monique de Kermadec. "Je crois que nous avons besoin de constater qu'à un moment à un autre, quelque chose nous rattache à l'autre, nous rattache de manière fondamentale, que nous avons un lien." Apprendre à être seul, ça se joue en grande partie dans la petite enfance, auprès de notre mère. Quoiqu'il en soit, "nous ne pouvons pas vivre totalement seuls, que ce soit avec les personnes extérieures mais que ce soit aussi en nous-mêmes". 

Vouloir ressembler à ce que l'autre attend de nous, par peur d'être seul, voilà qui entraîne dans une spirale de l'isolement. Certains jeunes entre 24 et 30 ans, que Violaine de Cordon accompagnent, lui parlent de leur difficulté à prendre une place dans un groupe. "Très souvent ces personnes, pour plaire et pour s'intégrer, vont se museler et surtout ne pas afficher leur différence." Ce qu'en psychologie on appelle le "faux-self", cette forme de protection qui consiste à se créer un personnage d'emprunt pour être ce que l'autre attend de nous. Mais de cette façon "nous nous isolons de plus en plus" en nous disant que "si l'autre savait réellement qui nous sommes, nous ne serions plus aimé, nous perdrions l'amitié".

 

ÉCOUTER ► Regard psychologique sur le sentiment de solitude

 

Quand la solitude est consentie
Dans la Bible, Dieu dit : "Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra" (Gn 2, 18) Mais il est dit aussi "quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret" (Mt 6, 6). La solitude reste une tension. Membre du tiers-ordre franciscain, Frère Bernard-Marie est l'auteur de "La solitude - Une épreuve et une grâce" (éd. Mame), où il exprime clairement que "la solitude c'est une épreuve et une grâce et non pas l'une ou l'autre". Les franciscains ont cette tradition des temps d'ermitage, une solitude pour se rapprocher de Dieu, mais aussi "être plus sensible à ce qu'est l'autre en profondeur".

Quand la solitude est osée. C'est la lecture du livre "Le vestibule des causes perdues" (éd. Pocket, 2011) qui a incité Violaine de Cordon à partir seule pour deux mois de marche vers Compostelle. Mère de famille, quand elle est partie, son mari était au chômage et son activité de coach débutait. Cela a été "une véritable prise de risque" de partir dans ces conditions, mais aussi d'aller à la rencontre de l'inconnu. Mais comme elle le dit, "le risque paie et la grâce tombe."

 

Émission en partenariat avec les cahiers Croire

enregistrée en avril 2018