C'était "un rêve", bien avant qu'ils se rencontrent, pour l'un comme pour l'autre, de partir un jour à l'aventure autour du monde. Inès et Etienne Vermersch ont décidé de se marier et de le réaliser ensemble, ce rêve d'aventure. Ils en ont fait un projet, "L'Aventour", ils sont partis un an et ont parcouru 11.000 km, puis ils en ont fait un livre, "À toi qui as changé ma vie - Une année sur les pas de Mère Teresa" (éd. Artège). Formulé ainsi, ça ressemble un peu à un conte de fées - entre le coup de foudre initial (ils disent : "on a tout de suite su qu'on était faits l'un pour l'autre") et puis l'histoire d'un rêve qui devient réalité. Mais s'ils ont eu l'audace de partir à l'aventure, Inès et Etienne Vermersch ont surtout eu le courage de bousculer leurs certitudes, de se laisser fortement interpellés par la souffrance et de questionner leur rapport à Dieu.

 "Pour nous la foi se manifeste essentiellement par les actes, c'est pour ça qu'on a décidé de suivre les pas de Mère Teresa"

 

Un périple dans les pas de Mère Teresa
Leur aventure a consisté a visiter neuf foyers des Missionnaires de la Charité, la congrégation religieuse que Mère Teresa a fondée à Calcutta en 1950. Depuis, les Sœurs de Mère Teresa, comme on les appelle, sont présentes dans plus de 130 pays et mènent une vie des plus simples auprès des plus pauvres. Mère Teresa est devenue "le fil rouge" de leur voyage. Un "modèle de charité chrétienne" qui correspond à la façon dont le jeune couple a "envie de vivre sa foi". "Pour nous la foi se manifeste essentiellement par les actes, c'est pour ça qu'on a décidé de suivre les pas de Mère Teresa."

 

©Inès et Etienne Vermersch

 

Le Mystère de la joie chrétienne
Après le Maroc, la Bolivie, le Chili, l'Inde ou le Cambodge, Inès et Etienne Vermersch sont rentrés en Europe par l'Albanie, la terre de Mère Teresa. Eux qui étaient attirés par l'exemple de vies données à Dieu "dans la joie", ont vécu là-bas une mission qui pour être la dernière n'était pas la plus simple. Au contact de femmes et hommes pour certains lourdement handicapés ils ont pu expérimenter le sens de la joie chrétienne, dans toute sa profondeur et dans tout son mystère. "Cette mission aussi difficile que les autres nous a fait vraiment prendre conscience qu'il fallait toujours aller vers le plus faible, vers le plus petit, qu'il pouvait se manifester à tout moment."

 

"Pour la première fois depuis le début de l'Aventour, nous en sommes venus à nous poser des questions dures, des questions douloureuses, des questions qu'en tant que chrétiens nous nous interdisions souvent. Par exemple : quel est le sens d'une telle vie ? Pourquoi la souffrance ? Comment Dieu peut-il tolérer cela ?" De retour de leur périple ils n'ont pas de réponse au pourquoi de la souffrance. "On ne s'habitue jamais à la souffrance humaine, on n'était pas immunisés contre ça... On ne comprendra pas ces violences, on ne comprendra pas la souffrance, si on arrive avec notre regard de chrétien, on trouve un sens à cette souffrance." En Albanie, ils ont médité cette phrase de Paul Claudel : "Dieu n'est pas venu supprimer la souffrance. Il n'est même pas venu l'expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence."

 

ÉCOUTER ► Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ?

 

L'abandon, le sens du voyage
Mariés le 9 avril 2016, Inès et Etienne Vermersch sont partis 17 jours après pour un voyage de noces pas ordinaire. Après une messe célébrée dans la chapelle des Missions étrangères de Paris (MEP), rue du Bac, en plein VIe arrondissement, ils ont fait leurs adieux à leurs familles et amis. Ils ont marché jusqu'à la Porte d'Orléan et là, ils ont été pris en stop, puis ils ont changé trois fois de voiture et ont été accueillis à l'évêché d'Auxerre. Dans leur livre ils expliquent quelle a été leur démarche : "Partir dans une démarche de pauvret et d'humilité etait pour nous une manière d'être en cohérence avec l'attitude de Mère Teresa, Mère Teresa qui s'abandonnait toujours à la Providence." 

Encore et toujours Mère Teresa, celle qui, dans l'une de ses plus belles prières, écrit : "La vie est un défi, relève-le." Faire du stop, partir à l'aventure, Inès Vermersch l'admet : cela avait quelque "grisant". Mais aussi, "c'était un défi que je lançais à Dieu : chiche tu ne vas pas me laisser dormir dehors, tu va montrer que tu es présent à mes côtés !" Mère Teresa, pour les jeunes gens elle incarne la joie. "Ce qui m'attire beaucoup chez cette femme c'est cette joie", confie Etienne Vermersch. Elle incarne également un témoignage de persévérance, elle qui a connu une longue nuit de la foi. De quoi interpeller le jeune homme qui confie avoir "une foi assez tourmentée". Depuis leur retour en mai 2017, l'un et l'autre travaillent dans le domaine associatif, au service des personnes handicapées ou en situation de précarité et d’exclusion.