Les jeux de société, c’est sympa. Mais y jouer avec des gens, c’est encore mieux. Comment se faire des amis ?


Les amis, c’est pour la vie. Ou presque

Quand ma fille Eileen avait 3 ans, nous l’emmenions parfois à la place de jeux : balançoires, toboggans, structures sur lesquels grimper et se tenir en équilibre. Il lui arrivait de croiser un autre enfant, de jouer avec elle ou lui pendant quelques minutes pour soudain la déclarer comme son ou sa meilleure amie.

Il suffit souvent aux enfants d’en croiser d’autres, de partager un court instant de jeu, de porter les mêmes habits pour qu’ils deviennent amis, pour la vie. Ou presque. Se faire des amis est extrêmement simple quand on est jeune. Et vice versa. À mesure que l’on prend de l’âge, on en perd, des amis.

Vous ne jouez pas assez ? Pas assez souvent ? Il vous manque des gens, des amis avec qui partager une partie de jeu de rôle, de jeu de plateau ? Et comment se fait-on des amis, surtout quand on est entré dans l’âge adulte ?

Les amitiés sont des relations uniques. Au contraire des relations familiales, nous choisissons de les constituer. Et au contraire d’autres liens volontaires, tels que les mariages et les relations amoureuses, ils ne sont pas formés de structure formelle. Nous ne passerions pas des mois sans parler ou voir notre partenaire romantique (espérons-le). Nous pourrions toutefois passer autant de temps sans contacter un ou une amie.

Pourtant, de multiples enquêtes démontrent à quel point l’amitié représente un facteur important, essentiel pour le bonheur. Et bien que les amitiés aient tendance à changer avec l’âge, il y a une certaine cohérence dans ce que nous attendons d’elles.

Mais au fond, c’est quoi, l’amitié ?

Pour la plupart des gens, l’amitié est une relation sociale basée sur le partage, l’écoute, le respect, le bien-être, l’acceptation. Quelqu’un sur qui compter, avec qui profiter de certains événements et expériences. Et il y a quelque chose de tout à fait intimidant et surprenant avec l’amitié. C’est qu’elle est de nature en même temps volontaire. On choisit nos relations amicales, et involontaire. On ne choisit pas quand l’amitié surgit. On ne peut pas la forcer. Elle intervient, elle apparaît, elle se crée, elle se développe. Ou… pas.

Et cette nature volontaire et involontaire de l’amitié la soumet aux caprices de la vie, contrairement aux relations plus… formelles. À l’âge adulte, à mesure que les gens prennent des années, vont et viennent dans la vie, dans leur vie, les amitiés sont les relations les plus susceptibles d’en prendre un sacré et méchant coup. Nous sommes enclins à accorder une certaine priorité à notre famille. Et pourtant, nous choisissons de maintenir des amitiés qui nous enrichissent.

Ce qui est beau et spécial dans l’amitié, c’est que les amis sont nos amis, parce qu’ils veulent bien l’être. Et tout au long de la vie, de l’école primaire à la maison de retraite, l’amitié continue de conférer des bienfaits pour la santé, tant mentale que physique, comme le prouvent ces deux études de 2015. 

Mais à mesure que la vie s’accélère, évolue, les priorités et les responsabilités des gens changent. Et les amitiés sont affectées, pour le meilleur, ou souvent, malheureusement, parfois, pour le pire.

L’amitié, cette recette du bonheur

Les neuroscientifiques, les psychologues du développement, les anthropologues, les primatologues et les chercheurs dans la santé se rejoignent sur un point : les êtres humains ont besoin et désirent des relations étroites. Y compris des amitiés. Quand ils ne les ont pas, des conséquences sur la santé physique et mentale en découlent.

Passer du temps avec les autres, et jouer, serait bon pour notre cerveau

L’isolement social affaiblit notre système immunitaire et nous rend plus vulnérables aux maladies, comme la maladie d’Alzheimer, le diabète, l’hypertension artérielle, les maladies cardiaques et le cancer. 

Santé et amitié

Car oui et c’est prouvé, la solitude représente un réel danger réel pour la santé.

Selon une étude de la professeure en psychologie et neurosciences Julianne Holt-Lunstad de l’université Brigham Young à Provo aux US, la solitude augmenterait le risque de mortalité de 26% et présenterait autant de risques que de fumer 15 cigarettes par jour, l’obésité et la pollution de l’air. Seulement ça.

Pourquoi ?

La solitude augmente le niveau de cortisol, l’hormone du stress. Et si trop élevé dans l’organisme, le cortisol a des effets dommageables sur le système immunitaire et cardiaque. La solitude comme facteur aggravant pour les maladies et la dépression.

Car encore une fois, nous avons besoin des autres pour échanger, écouter, nous sentir entourés. Et pouvoir faire des jeux de société. C’est ce qui fait diminuer son niveau de cortisol pour faire augmenter celui de l’ocytocine, l’hormone de l’amour et du lien social.

Les personnes disposant d’écosystèmes sociaux solides jouissent d’une probabilité de survie 91% plus élevée que celles dont les écosystèmes sociaux sont faibles. Les risques de décès pour les personnes dont les « écosystèmes sociaux » sont faibles sont comparables à des facteurs à risque bien établis. Ils dépassent l’influence d’autres facteurs à risque tels que l’inactivité physique ou l’obésité. En d’autres termes, ne pas avoir d’amis, de relations, diminue l’espérance de vie de manière fulgurante. Aïe.

Au début, il y avait les amis. Comment l’amitié apparaît

Le jeune âge adulte est l’âge d’or pour nouer des amitiés. Surtout pour les personnes qui ont le privilège de pouvoir suivre des études avancées. C’est souvent pendant ces études, au lycée ou à l’université, que se tissent les amitiés qui vont s’ancrer plus tard et plus longtemps.

À l’âge adulte, les amitiés deviennent plus complexes et en même temps plus significatives. Dans l’enfance, les amis sont surtout d’autres enfants avec lesquels on éprouve du plaisir à jouer. Quand j’observe mes deux enfants, aujourd’hui âgés de 9 et 7 ans, je me dis qu’ils ont bien de la chance de pouvoir se lier (une belle expression) d’amitié en un claquement de doigt. Il leur suffit de partager un moment de jeu pour devenir les meilleurs amis au monde.

À l’adolescence, il y a beaucoup plus de révélation de soi et de besoin de soutien qui surviennent. L’amitié devient alors nécessaire, vitale. Et en même temps fragile, car il s’agit ici d’une période de transition pendant laquelle les identités ne sont pas encore figées. À l’adolescence, les gens ont une personnalité, un « moi » en développement. Ils vont changer. Souvenez-vous de vos goûts d’ado, musicaux, vestimentaires… capillaires… Ou plutôt non, mieux vaut ne pas s’en souvenir (mon cas, en gothique, avec les cheveux à demi-rasés et une épaisse couche de maquillage noir sur la face).

À l’âge adulte, les gens sont de manière générale un peu plus sûrs d’eux-mêmes. Ils sont alors plus susceptibles de rechercher des amis qui partagent leurs goûts, leurs idées, leurs intérêts et valeurs. Et leurs jeux de plateau.

20-24

Le temps représente également un facteur essentiel. Les jeunes adultes disposent également de plus de temps à consacrer à leurs amis. Selon une enquête américaine de 2014, les jeunes adultes de 20 à 24 ans passent plus de temps à socialiser, soit plus de 10 à 25 heures par semaine avec des amis.

De 20 à 24 ans, ce sont les années universitaires. En règle générale. La fac est un environnement qui facilite les relations sociales. Mais rassurons-nous, même les jeunes adultes qui ne vont pas à l’université peuvent tisser des relations amicales.

Les réseaux d’amitié sont aussi plus denses chez les jeunes, lorsque la plupart des gens que nous rencontrons fréquentent notre école ou vivent dans notre ville. À mesure que les gens se déplacent pour d’autres formations, le travail et la famille, les réseaux se répandent et s’étendent. Les amitiés créées plus jeunes, peuvent toutefois persister, même à distance.

À mesure que les gens entrent dans la quarantaine et cinquantaine, ils ont tendance à subir plus de contraintes de temps, beaucoup plus présentes, prégnantes et pressantes que l’amitié. Après tout, il est plus facile de retarder une rencontre avec un ou une amie plutôt que de rater une partie fun et familiale avec son enfant ou un voyage d’affaires important. L’idéal des attentes des gens pour l’amitié est toujours en tension avec leur réalité.

Si, dans une certaine mesure, les amitiés nous aident à nous constituer, à nous affiner, à nous situer, une fois l’âge adulte bien consommé, nous finissons par ne plus avoir, ou prendre, le temps pour ces mêmes personnes qui nous ont aidé à prendre toutes ces décisions constitutives.

Le temps est alors consacré aux emplois et aux familles. Tout le monde ne se marie pas ou n’a pas d’enfants, bien sûr, mais même ceux qui restent célibataires verront leurs amitiés affectées par les relations amoureuses des autres. S’il y a bien une vérité en amitié, c’est que la baisse la plus importante du nombre d’amis au cours de la vie intervient lorsque les gens se marient.

Amitiés, mode d’emploi

Au fil de notre vie, nous nous faisons et conservons nos amis de différentes manières. Certains d’entre nous sont d’indépendants papillons. Ils se font alors des amis partout où ils vont et peuvent compter sur des connaissances que l’on pourrait considérer plus amicales que des amitiés profondes.

D’autres font preuve de discernement et « d’économie », ce qui signifie qu’ils ont quelques très bons, quelques meilleurs amis avec lesquels ils restent proches au fil des ans. Avec le danger d’en perdre certains et de ressentir ceci comme un désastre. Les personnes les plus flexibles sont peut-être celles qui parviennent à flotter entre deux eaux, entre butinage et solidité.

À l’âge adulte, il est peut sembler plus aisé qu’il n’y paraît de se faire de nouveaux amis. Il « suffit » de greffer ces rencontres à de multiples relations et statuts, castes : belle-famille, collègues, partenaires de sport, parents des amis de ses enfants, partenaires de jeux de société, etc. Il devient alors plus facile pour les adultes, souvent à court de temps, de se faire des amis. « Chiller » ensemble devient alors une évidence, puisqu’automatique et imposée. Mais il est vrai que plus on prend de l’âge, et plus on rencontre des difficultés de se faire des amis, de nouveaux amis.

Il faut relever que les tâches qui prennent le plus de notre temps diminuent avec la vieillesse. Une fois que les gens prennent leur retraite et que leurs enfants ont grandi, il semble qu’il y ait plus de temps pour l’amitié partagée. Les gens ont tendance à renouer avec de vieux amis avec lesquels ils ont perdu contact. Et il semble plus urgent de passer du temps avec eux. Vers la fin de la vie, les gens commencent à prioriser les expériences qui les rendront les plus heureux sur le moment. Ce qui inclut le fait de passer du temps avec ses amis proches et sa famille.

Que les gens s’accrochent à leurs vieux amis ou se séparent semble être une question de dévouement et de communication. Plus nous avons investi de temps sur une amitié, et plus on a de la chance de la maintenir. C’est ce qu’on appelle l’élan social.

Catégories

En amassant les années, il y a de fortes chances que nous ayons aussi accumulé de nombreux amis. De différents cercles, de différents emplois, de différentes villes et de différentes activités. Des amis qui ne se connaissent pas. Ces différents amitiés se divisent en trois catégories : actives, dormantes et commémoratives.

Actives

Les amitiés sont actives si le contact est régulier. Nous pourrions faire appel à elles pour un soutien émotionnel, et ça ne serait pas étrange. Vous savez également ce qui se passe dans leur vie, à peu près.

Endormies

Une amitié endormie repose sur une histoire. Peut-être que vous ne vous êtes plus parlé depuis un moment, mais vous pensez toujours à cette personne et vous la considérez comme un ou une amie. Vous seriez heureux de les entendre, et il vous arrive de retrouver cette personne, de manière irrégulière et occasionnelle. Occasion, le terme est lâché. Quand l’occasion se présente. On parle d’amitié endormie ou occasionnelle.

Commémoratives

Un ami commémoratif n’est pas quelqu’un dont vous vous attendez à entendre ou à revoir. Peut-être même plus jamais. Mais ces personnes étaient importantes pour vous à un moment antérieur de votre vie. Vous pensez à elles avec tendresse pour cette raison. Vous les considérez toujours comme des amis, « fossiles » d’un passé aujourd’hui (dé)passé.

Facebook n’arrange pas les choses, puisque cette troisième catégorie d’amis demeure de manière continuelle dans votre « vision périphérique ». Ils sont toujours là, quelque part.

Il en va de même pour les amis que nous ne voyons qu’en ligne. Si nous ne voyons jamais nos amis en personne, nous ne partageons pas vraiment nos expériences. Nous nous tenons juste au courant de nos vies séparées. Cela devient une relation basée sur la narration plutôt que sur la vie partagée. Ce qui n’est pas mal déjà, vous allez e dire. Mais ce n’est pas la même chose. Pas le même lien. Pas le même niveau et qualité d’amitié.

Mais au fond, à quoi servent les amis ?

L’amitié est l’une des caractéristiques les plus importantes de la vie. Et trop souvent tenue pour acquise. Notre désir, humain, de compagnie peut sembler illimité. C’est à la fois triste et conséquent, car les personnes qui ont de solides relations sociales ont tendance à vivre plus longtemps que celles qui n’en ont pas, comme vu plus haut.

Alors que faire si votre vie sociale fait défaut ? Si vous n’avez pas assez de connaissances, d’amis pour faire des jeux de plateau, de rôle, ou toute autre activité sociale ? Ici aussi, la recherche est instructive.

Pour commencer, il faut souligner que toute interaction sociale est bonne à prendre. Même le fait d’interagir avec des personnes avec lesquelles on a des liens sociaux faibles a une influence significative sur notre bien-être, comme le prouve cette recherche de 2014.

Nonobstant (parce que ça fait toujours bien de placer un « nonobstant » dans un texte), au-delà de cela, nouer des amitiés plus solides nécessite souvent un investissement plus important en temps, comme vu plus haut. Une étude de 2018 de l’Université du Kansas a révélé qu‘il faut environ 50 heures de socialisation pour passer d’une connaissance à un ami occasionnel, 40 heures supplémentaires pour devenir un « vrai » ami et un total de 200 heures pour devenir un ami proche. Ça en fait, un paquet d’heures !

Vous souvenez-vous des différentes catégories énumérées ci-dessus ? Si « passer », investir 200h vous semble compliqué, impossible, raviver des liens sociaux endormis peut devenir… payant. Gratifiant. Les amis ainsi revus, « réveillés », peuvent rapidement retrouver une grande partie de la confiance qu’ils avaient précédemment bâtie. Tout en s’offrant mutuellement une petite touche de nouveauté tirée de tout ce qu’ils ont fait entre-temps. Ce n’est pas moi qui le dis, mais une (autre) recherche de 2011.

Qu’est-ce qui nous lie avec nos amis ?

On pense qu’on a des amis pour ce qu’ils sont. Mais en réalité, il s’avère que nous les fréquentons parce qu’ils nous… soutiennent.

Quand on demande aux gens ce qui qui donne un sens à notre vie, les amis caracolent en tête de liste. Pourtant, la dynamique et les raisons de l’amitié reste encore… mystérieuses. On sait plus ou moins comment les amis se créent, c’est tout le but de cet article. N’empêche. Il demeure encore quelques zones d’ombres.

L’amitié est plus complexe qu’on ne le pense. Tout n’est pas qu’une question d’heures, comme vu plus haut. Il ne suffit pas, par magie, de fréquenter quelqu’un 200h pour en faire son ami. D’ailleurs, est-ce qu’il serait possible de passer 200h avec quelqu’un qu’on n’apprécie vraiment, vraiment pas ? Qu’est-ce qui se produit pour qu’on passe du stade de connaissance à celui d’ami ?

Comme vu plus haut, plus on rencontre quelqu’un et plus il y a des possibilités qu’on fasse ami-ami. Nos amis ont tendance à être des collègues, des camarades de classe et des gens que nous rencontrons au sport. À « force », avec le temps, paf !

Il n’est pas surprenant que les liens se forment entre ceux qui interagissent. Pourtant, le processus est plus complexe : pourquoi finissons-nous par discuter avec une personne de notre cours de yoga et non une autre ? La réponse peut sembler évidente. Nous devenons ami parce que nous pratiquons, apprécions la même chose. Nous avons les mêmes passions, loisirs, centres d’intérêt, humour, opinions, religion. En bref, nous avons des choses en commun.

Mais ce n’est pas aussi simple que cela. Il y a plus. On est prêt à se confier à quelqu’un, à rentrer dans cette « zone de l’amitié » quand on est prêt à prendre le risque de se confier à l’autre. Dès qu’une personne se confie à l’autre, et lui fait confiance, il y a une sorte de prise de risque, de pari. Je parie que je peux te faire confiance. Je parie que tu peux devenir mon ami. Les débuts de la relation sont progressifs. On teste. Si l’autre réagit comme on l’espérait, et que cette autre personne se met elle aussi à se confier à nous, le pari est gagné ! On vient de jeter les premières fondations pour construire une amitié.

La réciprocité est la clé. Si vous vous confiez à quelqu’un et que l’autre ne fait pas pareil, vous savez, vous sentez que ça sent le… sapin. On restera collègues, camarades de classe, connaissances. La relation n’ira pas plus loin. L’autre, ou vous, n’êtes pas intéressés par modifier le statut de la relation. Oui, mais, alors, qu’est-ce qui fait que parfois ça marche, et parfois pas ?

Pourquoi certains (et seulement certains) amis deviennent des amis

Dans une étude de 2005, selon les psychologues sociaux Carolyn Weisz et Lisa F. Wood de l’Université de Puget Sound, à Tacoma, Washington, il y a une composante prédominante dans la constitution de l’amitié : le soutien de l’identité sociale, ce qui correspond à son appartenance à un groupe, en lien avec une opinion, un loisir, comme le jeu de société, ou encore un sport ou d’autres regroupements sociaux. La manière dont la personne vous comprend, soutient et accepte votre « appartenance » augmente ses chances et son niveau d’amitié.

Weisz et Wood ont montré l’importance du soutien à l’identité sociale en suivant un groupe d’étudiants de fac de la première à la dernière année. Au cours de cette période, les étudiants ont été invités à décrire les niveaux de proximité, le contact, le soutien général et le soutien de l’identité sociale avec des amis de même sexe.

Les résultats étaient révélateurs. La proximité globale, le contact et le soutien ont prédit si une bonne amitié était maintenue. Mais lorsque les chercheuses ont vérifié ces qualités, un seul facteur, i.e. un soutien social d’identité, a déterminé si un ami serait finalement élevé à la position de «meilleur» ami. BFF, comme on dit.

Les meilleurs amis faisaient souvent partie du même groupe. La même équipe de jeu, par exemple. Mais les deux chercheuses Weisz et Wood ont constaté que des amis offrant un tel soutien pouvaient également se trouver à l’extérieur du groupe.

Parfois, tout ce qu’un ami devait faire pour maintenir la meilleure amitié était d’affirmer l’identité de l’autre personne en tant que membre du groupe donné. Autrement dit, plus une personne vous comprend, vous écoute, vous accepte, et plus son statut amical est élevé.

Les amis sublimes nous subliment

Nous devenons les meilleurs amis avec des gens qui stimulent notre estime de soi en affirmant notre identité en tant que membres de certains groupes. Et, selon la recherche de 2005, ceci est vrai pour tous les sexes.

Notre désir de soutien à l’identité est si fort que nous préférons fréquenter des personnes qui soutiennent notre identité sociale. A contrario, nous prenons nos distances avec ceux qui ne le font pas. Nous pouvons même changer d’amis lorsque les « premiers » ne soutiennent pas, ne soutiennent plus notre vision actuelle de nous-mêmes.

La plupart d’entre nous préféreraient penser que nous aimons nos amis à cause de qui ils sont, pas à cause des façons dont ils soutiennent qui nous sommes. Cela semble vaguement… narcissique, et pourtant, les études le confirment.

Mais au fond, comment savoir si vous êtes ami avec quelqu’un ? Peut-on… mesurer l’amitié ?

Mesurer l’amitié

Une fois qu’une amitié est établie par la confiance et la confidence, et qu’il y a réciprocité, ça colle. Les liens d’amitié se tissent. Mais peut-on mesurer, quantifier l’amitié ?

Oui.

La rapidité avec laquelle vous répondez à quelqu’un lors d’une conversation est l’un signe de votre degré de connexion, selon une étude toute récente de janvier 2022.

Les gens se sentent plus connectés à ceux qui leur répondent rapidement pendant la conversation, selon cette recherche.

Au cours d’une journée typique, la plupart d’entre nous engageons de nombreuses conversations avec différentes personnes. Parfois, nous avons des « atomes crochus » (j’adore cette expression. La chimie… organique, humaine) avec certaines personnes, et parfois non. Les chercheurs de cette étude de 2022, Emma M. Templeton et son équipe, se sont demandé s’il existait un moyen de discerner quand les gens ont ces « atomes », quand leur relation fonctionne, et tout ceci en analysant leurs conversations. Plus précisément, les chercheurs ont examiné les temps de réponse.

Converser avec les autres implique un tour de rôle coordonné. Une personne contribue pendant que l’autre écoute, puis les rôles sont inversés (ou une seule personne monopolise la conversation et parle. Mais tout le monde n’a pas ma belle-sœur). Cet échange est orchestré de manière assez fluide, en général (sauf si vous aussi vous connaissez ma belle-sœur). Un échange qui demande un effort mental assez important (ou alors vous vous reposez et en profitez pour dormir à moitié quand c’est ma belle-sœur qui est en train de vous parler).

Les 10 jeux de société les plus efficaces pour vous faire détester par vos collègues, amis et enfants

Pour répondre à une conversation, une personne doit prédire où vont les pensées de son interlocuteur ou interlocutrice. Anticiper le moment où elle est sur le point d’arrêter de parler et attendre une réponse, appropriée, si possible. La rapidité avec laquelle quelqu’un le fait peut être le reflet de sa capacité à prédire et à comprendre l’esprit de son interlocuteur. Et, par conséquent, un signal de connexion entre deux personnes.

Dans cette recherche de 2022, les chercheurs ont calculé les temps de réponse entre chaque tour de parole. Conformément aux prédictions des chercheurs, les conversations avec des temps de réponse plus rapides en moyenne ont été jugées plus agréables et ont suscité des sentiments de lien social plus forts. Les participants à cette étude avec des temps de réponse globaux plus rapides avaient des partenaires de conversation avec qui ils appréciaient davantage la conversation et se sentaient plus connectés à eux.

Pareil avec les amis. Lorsque les sujets de la recherche engageaient des conversations avec trois de leurs amis proches, encore une fois, des temps de réponse plus rapides prédisaient un plus grand plaisir de la conversation et des sentiments de connexion plus forts.

Dans les deux études, il semblait donc que la rapidité de réponse était un facteur de connexion. Car il pourrait être reçu comme un signal d’une écoute assidue, et d’un intérêt marqué. Dans l’ensemble, les résultats de l’étude suggèrent que même des différences d’une fraction de seconde dans les temps de réponse peuvent avoir un impact.

Je vous vois venir. Comme à Burger Quiz, vous allez me dire qu’il suffit alors de répondre très vite à l’autre pour générer un sentiment de bien-être, de (bonne) connexion (5G) sociale. Bref, pour devenir pote. Oui, mais non. Plutôt non, en vrai. Parce que ces temps de réponse se produisent si rapidement, qu’ils semblent difficiles, impossibles à truquer, tricher.

La seule façon de réagir rapidement est de comprendre ce que l’autre personne dit, pense, fait, et anticiper ses attentes.

Comment se faire et garder des amis à l’âge adulte

21 ans. Dans un mois, en juillet, cela va faire 21 ans, déjà, que je suis à Genève. Quand je suis arrivé dans la ville pour y commencer un nouveau travail, je ne connaissais personne. Je n’avais aucun ami. Je sortais seul, au restaurant, au cinéma, au sport. Faire des jeux, de société, de rôle m’était alors impossible. On était en 2001, la visio n’était pas aussi répandue qu’aujourd’hui.

Au cours des quelques mois, années qui ont suivi, j’ai commencé à rencontrer de nouvelles personnes. Des collègues d’abord, puis des relations amoureuses, puis mon cercle social s’est élargi, enrichi. Avec le temps, ces collègues ou connaissances sont devenus des amis. Amis qui, pour certains, le sont restés bien des années plus tard.

Comment, en tant qu’adultes, se faire des amis ? C’est une bonne question. Se faire des amis semble facile. Quand on est enfant. Quand on est adulte, c’est plus compliqué. Trouvez des personnes ayant des intérêts similaires, pratiquez des activités ensemble et partagez des trucs sur votre vie. Après un certain nombre de brunchs, de parties de jeu et d’anecdotes échangées, et bim, vous êtes meilleurs amis pour la vie. Vraiment ?

Pas vraiment.

Une fois adulte, ce qui diffère de quand on était enfant ou ado, c’est qu’on n’est plus entourés de personnes qui ont le même âge. On ne vit pas les mêmes choses à 20, 30, 40, 50 ou 60 ans. Amour, mariage, famille, loisirs, vacances, habitudes, opinions politiques, goûts. La vie ne suit pas une chronologie définie, définitive. Tout varie selon son âge. Ce qui rend sa capacité à se faire des amis plus compliqué. Si c’est facile, comme pour ma petite « à l’époque » de se faire des amis de son âge sur une place de jeux, aujourd’hui, adulte, ça peut devenir compliqué.

Si on déménage dans un nouvel endroit, mon cas en 2001, l’une des manières les plus simples, fluides et instinctives, c’est de dire, tout simplement, avant, que vous êtes à la recherche… d’amis. Les gens seront heureux de vous aider et de vous présenter si vous leur faites savoir que vous cherchez des connexions.

Avant de déménager, commencez par informer votre réseau existant que vous êtes sur le point de changer de vie, de ville. Peut-être que votre réseau pourra vous indiquer un ou plusieurs contacts sur place. Il est ainsi beaucoup plus facile de rencontrer quelqu’un quand on a une connaissance en commun.

Élan

Et puis ?

On a ensuite besoin d’un certain élan pour qu’une première rencontre devienne une amitié plus pérenne. La partie la plus difficile dans l’acte de se faire des amis est cette deuxième ou troisième rencontre.

Et c’est là que les clubs, associations ou tout type de groupe qui se réunit régulièrement deviennent une idée, une opportunité, une solution pertinentes. Si vous savez que vous allez voir quelqu’un une fois par semaine ou par mois, cela élimine la gêne de la phrase à annoncer : « on se voit quand la prochaine fois ? »

Une autre manière de trouver, de se faire des amis, c’est d’intégrer un cercle d’amis. Les gens, vous, nous, moi, avons toutes et tous un entourage. Un cercle de connaissances, d’amis, auquel nous appartenons. En réalité, c’est plus complexe que cela. Nous avons et appartenons à plusieurs entourages, plusieurs milieux, plusieurs cercles d’amis « par opportunités », par sujets, par intérêts communs : jeux de plateau, jeux de rôle, sport, boulot, amis d’enfance.

Cercle

Nos amis du sport ne sont cependant pas les mêmes avec qui nous faisons du jeu de plateau. Nos amis de boulot ne sont pas forcément les mêmes avec qui nous sortons au resto. Certains se croisent, mais ce n’est pas toujours, pas souvent le cas.

Toutes ces connaissances finissent par constituer une toile, un réseau, un système de gens qui entretiennent des liens plus ou moins forts. Nous appartenons toutes et tous à un tel système, composé de plus ou moins de relations, de personnes.

Cet entourage, ce cercle, est souvent synonyme d’opportunité. Après tout, ne dit-on pas « les amis de mes amis sont mes amis » ? Une connaissance, une amitié peut en entraîner une nouvelle. C’est souvent ce qui m’est arrivé. La phrase « j’ai un pote qui aime aussi les jeux de plateau » ou « j’ai une copine qui aimerait aussi essayer le jeu de rôle ». Et ainsi de suite.

En réalité, pour tisser des liens, durables, il « suffit » de répéter les interactions. Plus on se rencontre et plus on peut se lier d’amitié. Après avoir partagé six ou huit interactions, les relations deviennent plus fortes, plus confortables, plus saines, plus sereines et plus proches. Voir ci-dessus le nombre d’heures « exact ».

Les quatre piliers sur lesquels repose l’amitié

L’amitié est une notion plutôt vague. À partir de quand peut-on dire de quelqu’un qu’il ou elle est devenue une amie ? Et au fond, c’est quoi, c’est qui une ou un ami ? L’amitié repose sur quatre piliers. Plus on en coche est plus c’est le cas. Si la relation repose sur tous, bim, on est « tombé en amitié », et c’est « ami pour la vie ».

Temps

Le pilier le plus simple, évident et déjà mentionné plus haut. C’est le temps passé ensemble. Une étude estime qu’il faut passer 40 à 60 heures ensemble au cours des six premières semaines de rencontre pour transformer une connaissance en un ami occasionnel, et environ 80 à 100 heures pour devenir plus que cela. Et 200 pour devenir meilleurs amis.

Ainsi, sans surprise, les amitiés ont tendance à se former dans des endroits où les gens passent de toute façon beaucoup de temps : travail, école, église, activités parascolaires, voisinage, associations.

Ouverture

Se faire des amis peut être difficile. J’en sais quelque chose, ce n’était pas simple pour moi quand j’ai débarqué à Genève.

Mais.

Il peut y avoir plus d’opportunités que nous ne le pensons. Ces connexions peuvent surgir n’importe où, n’importe quand, avec… n’importe qui. Pour autant que les deux parties y soient ouvertes. L’amitié peut se créer dans des endroits, des événements, des situations inattendues et fortuites. Mais il faut faire preuve d’ouverture, se dire que l’amitié peut se produire n’importe où, n’importe quand, et encore une fois, avec… n’importe qui.

Intention

Chercher des amis, là où ça peut, ou ça doit être possible, et là où ça peut arriver de manière fortuite, c’est bien beau. Encore faut-il faire preuve d’intention. Je m’explique. Lorsque l’occasion se présente, vous devez agir. Ce qui demande du courage, de la… vulnérabilité et une volonté de laisser les choses se faire.

Créer une amitié, c’est un doux et savant mélange entre attention et intention. Chercher, et s’abandonner. Comme on dit en yoga, trouver le confort dans l’inconfort.

La plupart des amitiés nécessitent un peu de fréquentation pour démarrer. Mais se fréquenter de manière régulière risque de ne pas être suffisant pour entamer une relation plus durable. C’est, en réalité, la partie la plus complexe et compliquée de l’amitié. Pour en créer une, cela demande de l’énergie.

En d’autres termes, les amitiés demandent un certain effort, de soi, sur soi, pour l’autre. Mais ces efforts ne devraient toutefois pas devenir des corvées pour autant. « Tomber en amitié », comme on « tombe amoureux », ou on « tombe en amour » devrait rester une joie, un plaisir.

Rituel

Une pratique qui semble faciliter le contact et la création d’amis repose sur le rituel. Devoir fournir un effort pour bloquer un moment dans son agenda, souvent de ministre, entre boulot et famille, pour rencontrer ses amis peut devenir fastidieux. Ce qui peut ainsi devenir un obstacle.

Les relations sont « lubrifiées » quand les rencontres sont ritualisées. On se voit, on joue tous les vendredis soir, ou un samedi par mois par exemple. La relation est automatisée, et donc facilitée.

Amis et jeux de société

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Pourquoi joue-t-on ? Pour créer du lien. Le jeu de société est de… société. Plus que jamais, et les éditeurs l’ont bien compris avec les sorties récentes depuis la crise sanitaire, on peut certes jouer en solo, mais c’est à plusieurs que l’expérience se sublime.

Universel, intemporel, le jeu a toujours été une activité humaine fondamentale. Pas qu’une humaine en fait, les animaux eux aussi jouent. Que recherchons-nous dans le jeu et que sommes-nous si avides d’obtenir pour nous lancer « corps et âme » dans cette activité ?

Comme discuté de manière abondante dans cet article, nous sommes des animaux grégaires. La solitude nous pèse et nous… blesse. Nous avons besoin des autres, d’être en société, de tisser du lien. Jouer, c’est être entouré, partager du temps à plusieurs, ensemble. C’est ce que nous offre le jeu de société.

Pourquoi jouons-nous ? Pour créer du lien

Tisser des liens autour et grâce aux jeux de société est une occasion circonstanciée. Le jeu devient plateforme, véhicule et vecteur. L’occasion fait le larron. Ici, grâce aux jeux, c’est plutôt : le jeu fait l’ami.

Alors certes, ce n’est pas en partageant une seule et unique partie un soir chez quelqu’un ou dans un bar à jeux avec un ou une inconnue que les liens de l’amitié vont se nouer. Mais comme dit plus haut, l’amitié est un gros gloubi-boulga entre action volontaire, circonstanciée et aléatoire.

Que l’on fasse du jeu de rôle, du jeu de plateau, du jeu de cartes, il se peut alors qu’à force de se retrouver, à plusieurs, souvent les mêmes, à partager ces jeux, on se mette à développer une relation amicale qui découle sur une amitié. « Épaule contre épaule », carte contre cube, se retrouver à la table à manipuler, réfléchir et imaginer ensemble peut alors constituer une expérience amicale souveraine. Le lien social et l’amitié au cœur du jeu.

La littérature et les différentes recherches académiques citées ici sont claires : le désir de proximité et de connexion avec les autres est omniprésent. Alors maintenant, lâchez cet article et envoyez un petit message à une ou un ami pour lancer une partie, prochainement.


Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste. Et comme joueur, surtout. Ses quatre passions : les jeux narratifs, sa ménagerie et les maths.


Et vous, avez-vous des conseils sur la manière de se faire des amis dans la vie quand on est adulte ? Vous faites comment, vous, pour vous faire des amis ?

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