Pour les chrétiens, l'argent est stérile, une conception qui renvoie à la haine de la sexualité, interdite hors mariage. Il leur est recommandé d'être pauvres alors que pour les juifs, au contraire, «il est souhaitable d'être riche», à condition que ces richesses ne soient acquises au détriment de personne, qu'elles soient créées. Elles sont un moyen de servir Dieu et d'être utiles aux autres. Les lois qui règlent les modalités de l'entraide perdurent d'ailleurs à travers toute l'histoire. En Europe, les juifs vont donc devenir les prêteurs des autres communautés. Ils seront courtiers, banquiers, changeurs, occupant dans la société une place inférieure mais indispensable. On va leur en vouloir de jouer le rôle qu'on leur a assigné. Et même si l'immense majorité du peuple est composée d'artisans, d'ouvriers, de petits employés souvent misérables, l'ostracisme va frapper l'ensemble de la communauté. On connaît les vieux fantasmes que recense l'ouvrage: déicides, voleurs et assassins d'enfants, buveurs de sang. On sait aussi quelles furent les conséquences de ces représentations. Si le peuple juif a pu survivre à des siècles d'errances et d'exils, c'est qu'il s'est donné dès l'origine un ensemble de règles transmises de génération en génération, avec l'obligation pour chacun de lire et de commenter sans fin le Livre.
Enfin, cet ouvrage touche à l'une des icônes de la sociologie, la théorie de Max Weber qui attribuait, en 1904, à l'éthique protestante le développement du capitalisme. Une théorie qui n'a eu tant de succès que parce qu'elle légitimait la suprématie anglo-saxonne, proteste Attali. Les lois juives ont permis pourtant l'émergence d'une économie d'investissement et de profit bien avant la Réforme.