Intervention de Vincent Négri, chercheur à l’ISP / UMR 7220 , Institut des Sciences sociales du Politique, (CNRS - ENS Paris Saclay - Université Paris Nanterre)

Penser le droit du patrimoine en Afrique c’est d’abord s’inscrire dans une histoire qui a formaté les législations de protection du patrimoine et qui, par le jeu du mimétisme, a projeté depuis l’Europe vers l’Afrique l’horizon des valeurs patrimoniales et les principes juridiques de conservation ; et ce bien au-delà de l’avènement des pays d’Afrique à la souveraineté. Dans l’asymétrie du rapport colonial, la manière de penser les droits des Autres et les droits sur ce qui leur appartient, est formatée par une tradition philosophique où l’universel est évalué à l’aune de l’Europe. Le droit du patrimoine élaboré par le législateur colonial porte les traces de ces conceptions qui perdurent encore dans certains Etats.

L’avènement des pays d’Afrique à la souveraineté a provoqué des mutations, mais celles-ci ont-elles affecté le droit au point de lui donner de nouvelles orientations en le fondant sur d’autres registres de valeurs et de rapports sociaux ? Le droit du patrimoine a longtemps été un symptôme de la persistance des valeurs héritées ; tout au moins ce constat pouvait-il être fait jusque dans les années 2000.

Aujourd’hui, c’est une autre grammaire du droit du patrimoine en Afrique qui s’écrit. Les systèmes juridiques de protection des expressions culturelles traditionnelles et de conservation des objets, des monuments, des sites et des paysages se dessinent à l’écart des matrices occidentales. Un pluralisme normatif s’installe et imprègne le droit du patrimoine en Afrique. C’est un tumulte normatif fécond, nourri, entre autres questions, par celle des mots du patrimoine dans les langues – la langue dans laquelle s’écrit le droit et les langues dans lesquelles s’ancre la vie sociale.

Enregistré sur Zoom le 12 avril 2021 dans le cadre du sémainaire "Patrimoine africain"