L’Audio du 31 mars 2020

 

https://www.investir.ch/wp-content/uploads/laudio-du-31-mars-2020.mp3

Télécharger le podcast (.mp3)

 

Des chiffres et de la spéculation

On peut être bullish, bearish ou même être anti-capitaliste et souhaiter la disparition des bourses mondiales et des banques, parce que c’est la raison de tous les maux de la planète, peu importe. On peut estimer que nous avons vu le pire ou penser que le pire est encore à venir, peu importe. Nous sommes en train de perdre tout sens de la réalité en nous basant uniquement sur des chiffres qui ne sont même pas vérifiés ou des projections futures qui ne sont que des estimations qui donnent l’impression qu’elles ne sont basée uniquement sur des chiffres tirés au hasard au fond d’un chapeau.

Aujourd’hui les marchés ne montent ou ne baissent qu’en se basant sur des « évaluations » faites par des gens qui eux-mêmes prennent déjà des paris parce que, soyons clairs, ils n’en savent pas plus que vous et moi, mais ont juste la « tribune » nécessaire pour qu’on les écoute et qu’on laisse entendre « qu’ils savent ». On fait bouger les bourses mondiales et on déplace des milliards de capitaux tous les jours sur du vent, parce que soyez sûrs que personne ne sait rien et aucun d’entre nous n’a la moindre idée de là où nous allons et de ce que nous faisons.

L’investissement à tâtons

La semaine dernière, Trump avait annoncé qu’il voulait rouvrir le pays à la date butoir du 12 avril. Pas besoin d’être médecin ou épidémiologiste, virologue ou même le Professeur Raoult, pour savoir que c’était parfaitement délirant, utopique, pour ne pas dire irresponsable. Pourtant, sur cette nouvelle, le marché avait terminé la journée en hausse, parce que, je cite : « les intervenants étaient contents de voir que l’économie allait redémarrer ». Mais à ce moment, personne n’a pris la peine de se demander si cela était même possible ou si même cela ne pourrait même pas être pire qu’autre chose. Non. On s’est dit que si le Président le disait, c’est que c’était bien. Comme quoi après presque 4 ans de dictature sous l’association Twitter et Trump, on n’a toujours rien compris et on croit encore absolument tout ce que balance ce type sur le réseau social et dans les médias.

Et puis hier, Trump est finalement revenu sur sa décision et repoussait la fin des mesures à la fin du mois d’avril. Et le marché montait à nouveau. Personnellement je n’ai pas fait d’études, mais si j’ai tout bien compris, en l’espace de 5 jours, le Président américain aura déclaré deux choses qui sont plus ou moins à l’opposé l’une de l’autre et dans les DEUX CAS le marché trouve ça trop cool. D’un côté on est hyper-content que l’économie redémarre et de l’autre on est hyper-content qu’elle ne redémarre pas et que l’on reste prudent. Mais se rend-t-on seulement compte que l’on prend des décisions « d’investissement » (si l’on peut encore appeler ça comme ça au vu de la quantité de réflexion qui y est ajouté) en moins de 10 secondes sur des nouvelles qui ne sont même pas des nouvelles, mais qui se rapprochnte plus du tâtonnement que d’autre chose. Je vous prends à témoin et je vous parie que d’ici fin avril, l’autre abruti de la Maison Blanche aura changé encore deux ou trois fois d’avis. Mais nous, à chaque fois on va faire bouger les marchés de 3% – comme hier – juste pour exprimer notre joie ou notre satisfaction. Et ça, dans les deux sens.

On balance des chiffres sans savoir, mais ça fait pro

En plein milieu de cette pandémie, s’il y a une chose que l’on devrait avoir compris, c’est que l’on n’a aucune idée de ce que ça va donner. On ne sait pas quand est-ce que ça va revenir à la normale, ce que ça va réellement coûter et si l’on va pouvoir ressortir en avril, en mai ou même en juin. Pourtant on continue à donner un maximum de crédit à des gens qui viennent faire des projections sur les marchés ou l’économie alors que l’on sait qu’ils n’en n’ont ABSOLUMENT aucune idée et qu’ils y vont à tâtons, au hasard. Espérant que sur un malentendu, ils pourraient avoir raison. Depuis 30 ans que je fais ce job, c’est comme ça, mais là, c’est encore pire que d’habitude. Hier nous sommes montés parce que Trump repousse encore la durée du confinement et qu’apparemment, c’est une bonne nouvelle. Mais aussi parce qu’il semblerait que Monsieur le Marché a également anticipé le pic épidémique en Italie. Chose qui semble se confirmer depuis 48 heures – ce qui laisserait supposer que l’on peut extrapoler sur le fait que si l’Italie commence à s’en sortir aujourd’hui, en partant du principe qu’ils ont 2 semaines d’avance sur le reste de l’Europe, mi-avril ça ira mieux en France, en Suisse, en Espagne et en Allemagne.

Les autres pays en Europe, on n’en parle jamais au 20 heures, comme pour l’économie, on peut donc supposer que tout le monde s’en fout. En tous les cas en ce qui concerne l’impact sur la finance, l’économie et les bourses mondiales. Par contre, hier on s’extasie sur le fait que Trump prolonge le confinement et sur le fait que l’Italie commence peut-être à voir le bout du tunnel, mais personne n’aborde le sujet des USA qui vont probablement se prendre la vague épidémique de plein fouet dans les semaines qui viennent et au moment où, théoriquement, l’Europe verra le pic de son épidémie – les USA seront en plein dedans et se rendront compte que le 30 avril c’est purement utopique pour s’en sortir et qu’il faudra parler de fin mai. Est- ce que le marché est prêt à cette constatation dans les deux prochaines semaines ? Ou est-ce que ça ne sert à rien d’aborder le sujet, puisque c’est du très long terme, rapport aux « bonnes nouvelles » que nous avons sur l’Italie ?

On marche sur la tête

Alors ne vous méprenez pas. Je suis super content de voir que les marchés sont remontés de 20% depuis les plus bas, je suis même euphorique. La seule chose qui me dérange, c’est les raisons de la hausse et la manière dont on utilise les nouvelles pour prendre des décisions d’investissement. Le marché est à moitié cinglé depuis plusieurs semaines et ça n’a pas l’air de s’améliorer. Les mouvements sont déclenchés par des informations qui se rapprochent plus de la diseuse de bonne aventure que de l’économiste qui sort de Harvard, on nous balance des chiffres que l’on prend pour argent comptant alors qu’en demandant l’avis à un groupe de chimpanzés on aurait à peu près la même réponse. Mais en même temps, on n’a pas le choix, c’est tout ce que l’on a.

Tenez, sans chercher très loin, on vient de nous annoncer que dans le trimestre qui vient, 47 millions d’Américains POURRAIENT perdre leurs jobs. Mais on ne sait foutrement pas pourquoi 47 millions et pas 67 millions et pour être franc, ce n’est même pas sûr, puisque la plupart des Américains ont plusieurs jobs. On compte comment alors ? Par contre on nous dit aussi que le chômage devrait passer de 3.5% à 32% dans la foulée. Basé sur quoi ? On a tiré le chiffre aux fléchettes et on n’a pas eu le temps de vérifier deux fois. Dans la foulée, la Banque Mondiale vient d’annoncer que – tenez-vous bien – selon une récente étude faite par eux-mêmes, la crise du Coronavirus pourrait « coûter cher » aux pays Asiatiques. POURRAIT COÛTER CHER ????? Whaooooooooo… On voit que les mecs ils ont bossé dessus. Finalement, c’est Coluche qui avait bien raison. Encore une fois. Coluche disait : « Quand un mec il en sait aussi peu, il a qu’à fermer sa GUEULE ». Et c’est ce que je me dis tous le matins en m’adressant à moi-même devant la glace. Oui, en plein confinement on développe de nouvelles habitudes et l’avantage, quand je me parle à moi-même, c’est que personne ne m’interrompt.

Tout ça pour vous dire

Tout ça pour vous dire que les marchés sont montés de près de 3% aux States hier, que l’Europe était un peu moins dynamique, mais que l’on commence à voir le bout du tunnel en Italie et qu’il paraît que les bourses l’avaient anticipé depuis une semaine. Sûrement rien à voir avec les 10’000 milliards de plan de soutien économique, tout le monde ne se base que sur une seule chose : l’Italie et un peu les tweets de Trump. Ce matin l’Asie est en hausse mais sans grande conviction. L’or est à 1637$, le pétrole vaut 21$ et plus personne n’en veut.

Pour ce qui est des nouvelles du jour, inutile de vous dire que l’on ne parle que du Coronavirus, des chiffres et des conséquences. Quand vous lisez le FT, le Barron’s, le Wall Street Journal et que vous écoutez CNBC, vous vous rendez compte, encore une fois, que l’on ne parle que de ça. Et à toutes les sauces, que ça devient anxiogène au possible et qu’il n’y a plus que ça pour prendre des décisions d’investissement. C’est un peu comme quand vous vous rendez compte qu’à force de regarder le 20 heures tous les soirs, vous avez plus envie de zapper sur Cartoon Network, voire de regarder une télénovela tellement ça devient épuisant de voir qu’il n’y a rien d’autre à dire sur le monde actuellement.

Bref, ce matin il n’y a rien à attendre, si ce n’est regarder ce qui va faire tilter le marché dans un sens ou dans l’autre. Les futures sont en baisse de 0.35% alors qu’ils étaient en hausse de 0.35% il y a 10 minutes. C’est aussi un signal symptomatique que nous sommes dans un marché complètement débile. En général le future américain ne traite que très peu le matin parce que c’est surtout les Américains qui le font bouger et qu’à cette heure, ils ne sont pas encore là. Mais dans les périodes de haute volatilité (comme maintenant), les Européens viennent mettre les mains dedans et la liquidité étant faible à cette heure, ça bouge dans tous les sens, mais ça ne veut plus dire grand-chose.

Je vais vous laisser vaquer à vos occupations lascives du mardi matin en confinement, allez faire vos conf-calls du matin avec le petit dernier qui hurle derrière en fond sonore et on se retrouve demain pour voir quelle aura été la motivation de la journée, pour aller dans un sens ou dans l’autre. J’ajouterais encore une chose : c’est bien que l’Italie voit le bout du tunnel, mais j’ai peur que l’on ait encore tendance à sous-estimer la vague qui déferle sur les USA. Et ça, le marché n’en tient pas compte semble-t-il. Bon, je vous laisse finir le petit-déjeuner. À demain et… prenez soins de vous !

Thomas Veillet

Investir.ch

 

« Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c’est moi le meilleur ».

Coluche

L’article Cherche chien guide pour marché qui a perdu la vue est apparu en premier sur investir.ch.