L’Audio du 23 juin 2022

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Pas encore un genou à terre

Clairement, lorsque l’on reprend les « bullet points » de son témoignage d’hier, je dois avouer que l’on n’a pas appris grand-chose. D’ailleurs le marché l’a bien compris (pour une fois), puisqu’il n’a strictement rien fait. Terminant tout proche de l’équilibre aux USA et plutôt en baisse en Europe. Mais en Europe, c’était pas pareil, c’est surtout que l’on ne voulait pas se retrouver pris entre deux feux si Powell craquait devant le Sénat et déclarait qu’il n’en n’avait rien à faire de la récession et que lui, tout ce qu’il voulait, c’était péter les deux genoux de l’inflation et l’obliger à se coucher à terre devant lui et lui lécher les chaussures.

Mais même si les Européens craignaient la chose, rien ne s’est produit. Powell a déroulé son témoignage en choisissant soigneusement ses mots afin d’expliquer clairement la situation et ses intentions. Ou plutôt les intentions de la FED. À la fin, soyons honnêtes, on n’a pas appris grand-chose de nouveau. Il ne nous a pas donné « l’inside » de l’année et on se retrouve le cul sur nos chaises à se demander ce que l’on va bien pouvoir faire, mis à part attendre les prochains chiffres de l’inflation qui pourraient éventuellement nous donner une idée de l’efficacité des mesures prises par la banque centrale américaine.

L’inflation, les taux et la récession (encore)

On va donc essayer de faire simple et concis. Le patron de la FED a été clair dans ses paroles et même si les politicards qui se trouvaient en face de lui ont essayé de lui faire porter le chapeau sur à peu près tous les maux du consommateur d’aujourd’hui, l’enjoignant à ne pas mettre l’économie en récession pour ne pas « faire souffrir encore un peu plus les familles » – dixit la Sénatrice Warren. Monsieur Powell est plus ou moins resté sur sa ligne et n’a pas apporté des nouvelles qui auraient été susceptibles de nous faire paniquer encore un peu plus, ni d’ailleurs de nous faire vendre les bijoux de la grand-mère et le collier du chien pour acheter des actions.

Oui, la FED s’est donné pour mission de stopper net la progression de l’inflation.

Non, ça n’est pas garanti que cela va fonctionner, mais en même temps ça n’est pas qu’ils ont d’autres solutions à disposition et dans ce cas de figure particulier, il ne sert à rien de faire débarquer les Marines et les Navy Seals (technique un peu trop souvent utilisée par le gouvernement américain ces 100 dernières années).
Oui, ils veulent trouver des solutions rapidement pour ne pas laisser l’inflation devenir galopante et oui, ils pensent que l’économie est assez forte pour subir une multiple hausse des taux.

Et non, ils n’ont aucune intention de mettre l’économie en récession pour freiner l’inflation. OUI, ils espèrent qu’en montant régulièrement les taux, l’inflation devrait graduellement se calmer et revenir à la normale, soit les 2% qui sont la cible officielle de la FED.

Et pour terminer, OUI, la récession est une possibilité, mais pas non plus un but en soit, ni la mission secrète de la FED.

En conclusion, on n’a rien appris mais on sait que Powell voudrait bien ne pas avoir à monter les taux, mais que c’est un mal pour un bien. On aussi entendu de sa bouche pour la 212ème fois qu’il n’avait AUCUNE INTENTION DE METTRE DÉLIBÉRÉMENT l’économie en récession. Même si c’est pas nouveau, ça faisait du bien. Nous avons donc enfoncé pas mal de portes ouvertes et à la fin on se rend compte que nous sommes toujours très négatifs dans nos têtes, sachant que l’on a toujours cette crainte de voir arriver une récession. Il faudrait clairement que nous ayons au moins un signe comme quoi l’inflation se calme pour commencer à se remotiver. En attendant, les marchés sont mous, moroses et attendent des éclaircissements. Une lumière au bout du tunnel, sans que la lumière en question soit un TGV qui arrive lancé à 300 à l’heure.

Prochaine étape : les chiffres du trimestre

Nous nous retrouvons donc dans une espèce de « no man’s land » en attendant d’en savoir plus. La prochaine étape sera les chiffres du CPI qui sortiront début juillet – avant le meeting de la FED – meeting agendé pour 26 et 27 juillet – sans compter qu’entre deux, nous aurons les publications trimestrielles qui vont commencer. Ceci nous donnera peut-être des indications sur l’état de l’économie et comment les sociétés ont vécu ce trimestre qui se terminera dans 7 jours. Ces indications seront précieuses pour voir « comment l’économie supporte ce nouveau cycle de hausse des taux ». En attendant, autant vous dire que toutes les spéculations auront leur influence sur les bourses mondiales et à voir le nombre de gourous qui se bousculent aux portes de CNBC pour donner leur version de la fin du monde économique dans laquelle nous nous trouvons, il va quand même falloir s’attendre à des mouvements de volatilité assez intenses.

D’ailleurs, lorsque l’on regarde les données de marché, on voit clairement que si nous sommes entrés dans un cycle de capitulation depuis quelques jours, les intervenants n’en sont pas encore arrivés au découragement et au désespoir – signe que le temps d’acheter sera revenu. Pour le moment, il semble que les « petits investisseurs » sont toujours dedans et ont décidé de s’accrocher au bastingage un peu plus que de raison. Restera donc à voir si le marché a encore assez de jus à la baisse pour les faire craquer définitivement. Sachant que toutes les crises se sont terminées de cette façon, il n’y a pas de raison que cela change. Mais dans cette morosité ambiante, retenons tout de même une chose positive : le pétrole baisse et c’est peut-être ce dont on a besoin pour voir les premières fissures dans la carapace jusque-là indestructible de l’inflation.

L’effet Biden et l’effet récession

Nous en parlions hier, le jeune et fringant Président Américain est en train de mettre au point une stratégie toute en finesse pour soulager le porte-monnaie de ses électeurs : à savoir, supprimer la taxe fédérale sur les carburants. On l’a déjà vu dans la chronique d’hier, ça n’est pas forcément ce qui va faire baisser RÉELLEMENT le prix du brut, ni baisser l’inflation – au contraire – mais selon Biden ça devrait aider les ménages à survivre à cette vague inflationniste ET À VOTER pour lui lors des élections de mi-mandat. Pour ce faire, Biden va devoir faire passer une loi au Congrès afin de faire sauter cette taxe de 18 cents par gallon, tout en suppliant les majors pétrolières de répercuter la totalité du rabais sur le consommateur – ce qui n’est pas encore gagné.

Ceci dit, le blabla politique du Président Américain aura au moins eu le mérite d’enclencher un mini-cycle baissier sur le prix du pétrole. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : on n’a rien résolu du côté des stocks et de la production pétrolière qui sont tous deux au plus bas et au plus mal. On n’a rien résolu non-plus du côté du pétrole russe, qui est la cause de tous les maux selon Biden. Mais au moins, pour l’instant, les traders sont en train de « pricer » une récession et le fait que les gens vont économiser et réduire leur train de vie – donc moins consommer de pétrole. Et en consommant moins de pétrole, cela va peut-être faire ralentir l’inflation ET DONNER UN SIGNAL FORT comme quoi la FED fait son job et que ça MARCHE !!!

Et l’Asie et le pétrole et l’or

Nous n’en sommes pas encore là, mais disons que la forte baisse du baril ces derniers jours – alors que, je le rappelle : 100% des experts pensent que « ça va plus haut » – aura au moins le mérite de calmer un peu le jeu du côté de l’inflation et de la peur que le consommateur va se dégonfler et se mettre à la trottinette électrique à la place du V8 essence de 510 chevaux. À l’heure actuelle, le baril est à 103$, en baisse de plus de 16% depuis les plus haut. Et à la pompe : rien ne bouge. Comme d’habitude. Ça ne bouge jamais dans ce sens-là…

Ce matin en Asie on n’a pas l’impression que la motivation est à son top. Le Nikkei est inchangé et mis à part Toshiba qui monte de 6.5% suite à des rumeurs de rachat pour ramener la société en privé, il ne semble pas se passer grand-chose. Hong-Kong est hausse de 0.6%, alors que Shanghai avance de 0.4%. L’or est à 1835$ dans une hausse stratosphérique de 5$ depuis hier, quant au Bitcoin, il est à 20’000$. En ce qui concerne ce dernier, on notera que Mark Mobius – un des fameux gourous qui se bousculent à la porte de CNBC – a déclaré hier que le Bitcoin était LE NOUVEL INDICATEUR avancé des marchés. Si le Bitcoin baisse, le marché US baisse le lendemain. Si le Bitcoin monte, les indices américains monteront le jour d’après. Vous pouvez partir en week-end, aujourd’hui le Bitcoin ne fait rien – donc demain le S&P500 ne fera rien et après, c’est le vendredi soir. Donc le week-end. Sauf pour le Bitcoin qui lui, traitera tout seul pendant deux jours. J’espère que ça va pas tout décaler la nouvelle stratégie de la mort qui tue de Mark Mobius.

Nouvelles du jour

Dans les nouvelles du jour, tout le monde y va de son couplet sur le témoignage de Powell et personne n’a vraiment de réponse ou de vision sur le sujet – il faut surtout noter que les experts, les analystes, les économistes et les chroniqueurs boursiers (moi y compris) sont tous en train de brasser de l’air sur le sujet. Tellement d’air que l’on pourrait parler collection de timbre ou comment faire un Cheesecake en 30 minutes sans le rater, qu’on ne serait pas moins avancé que nous le sommes actuellement. On notera l’immuable présence de Monsieur Musk qui est venu couiner sur le fait que c’est pas juste parce que les giga-factories de Tesla lui coûtent un pognon de dingue et que tout est ralenti à cause du shortage des semi-conducteurs et du manque de métaux rares pour les batteries (on a d’ailleurs pas fini de rire sur le sujet). À ce propos, selon un expert sur les batteries de voitures électriques, le coût des matières premières pour les véhicules électriques a doublé pendant la pandémie. Toujours au sujet voitures, on notera que Stellantis a fermé ses usines de Rennes et de Sochaux pour manque de semi-conducteurs.

Les deux usines étaient dévolues à la production de Peugeot 5008 et de Citroën C5 Aircross – ce qui ne devrait pas trop manquer sur les routes de France et de Navarre. Néanmoins, c’est 2’000 jobs qui sont au chômage technique. On notera aussi que le fonds Three Arrows Capital n’aurait pas rempli ses appels de marges et que si cela n’est pas fait d’ici au 27 juin, le fonds pourrait être considéré comme « en défaut » de paiement. On parle de 15’500 Bitcoins tout de même. Même si ça peut faire peur, c’est aussi une bonne nouvelle, puisque dans toute fin de cycle baissier, il est bon de voir un fonds partir en faillite, c’est un signe que l’on cherche à liquider toutes les brebis galeuses. Puis, pour clore le sujet cryptos, Binance a baissé ses frais de trading sur le Bitcoin et COINBASE a perdu 10% pour fêter ça. Il faudra aussi noter que la FDA pourrait annoncer le retrait des e-cigarettes Juul du marché. C’est d’ailleurs pour ça qu’Altria s’est pris 10% dans les dents, propulsant le rendement de son dividende à 8.7%. Et pour terminer on notera aussi la présence d’un nouveau titre à la con comme GameStop, puisque le fabricant de cosmétiques au bord de la faillite Revlon, vient de voir son cours monter de 650% en 7 séances alors que tous les spéculateurs sont chauds dessus depuis que le short-interest a explosé. Encore des Hedge Funds qui vont devoir revoir leurs plans de vacances à Palm Beach cet été.

Les chiffres du jour

Côté chiffres du jour, il y aura plein de PMI’s manufacturiers un peu partout, les Jobless Claims aux USA et le « replay » du témoignage de Powell. Replay dont il faut toujours se méfier si la relecture n’est pas la même qu’hier, l’attitude « relativement conservatrice » affichée par les marchés mercredi, pourrait changer du tout au tout.

Pour le moment, les futures sont en baisse de 0.3% – mais ça va dans tous les sens depuis que je suis debout. Il me reste donc à vous souhaiter une très belle journée et que votre café soit suffisant pour vous maintenir éveillé, je ne vous cache pas qu’en ce qui me concerne, c’est pas simple. Même après le huitième…

Excellente journée et à demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

“In order For You to Insult Me. I would first have to CARE!”

Harvey Specter

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