L’Audio du 11 mai 2021

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Le retour des matières premières

On dit souvent que la différence entre l’homme et la femme, c’est que la femme est capable de faire plusieurs choses à la fois, alors que l’homme n’est capable de n’en faire qu’une. Je sais que c’est vachement gonflé d’aborder le sujet alors que le monde entier est en pleine crise d’égalité entre les genres et non plus les sexes et que moi je me pointe avec ma comparaison à deux balles entre les hommes et les femmes, mais vous allez comprendre.

J’en arrive à cette analyse parce que je crois que pour le moment c’est des investisseurs « hommes » qui dominent le marché. Et je dois vous dire que j’aimerais que ça ne soit pas le cas, ce qui permettrait peut-être de réfléchir à plusieurs choses à la fois, plutôt que de se concentrer uniquement sur une seule.

En effet, vendredi nous nous sommes massivement concentrés sur le fait que les chiffres de l’emploi étaient pourris et que du coup, notre implacable logique drivée par la mono-pensée, nous a amené à acheter le marché en se disant qu’ainsi il n’y aura pas d’inflation pour les siècles à venir et que le marché ne ferait donc que monter – oui, j’exagère un tantinet, mais pas tant que ça – cependant, alors que nous étions super-concentrés sur notre théorie, on n’a :

  • Même pas pensé au fait que les chiffres étaient pipés comme une fois sur deux avec le département du travail et qu’ils vont les corriger le mois prochain en annonçant des chiffres de dingue pour le mois de mai.
  • Même pas pensé au fait que ce n’est pas QUE l’emploi qui peut provoquer de l’inflation et qu’il y a AUSSI d’autres facteurs.

Pipeline et Bois

Le problème quand on applique la mono-pensée durant 24 heures et qu’ensuite il y a le week-end ; c’est que l’on a tendance à réfléchir et à analyser un peu plus que de raison et ce week-end, on s’est rendu compte qu’il y avait quand même deux-trois autres soucis qui pourrait pousser l’inflation en dehors de sa zone de confort et surtout, surtout obliger Yellen à obliger Powell à monter les taux, comme elle l’a expliqué en début de semaine dernière.

En l’occurrence, durant les deux jours de repos que nous avons eu, ces deux derniers jours de soleil avant la prochaine éclaircie prévue au moins de juin, il s’est passé deux choses :

  • La première c’est qu’un pipeline de gaz a été hacké aux USA – oui, les hackers peuvent aussi hacker ce genre de trucs et foutre un bordel monstre qui a des conséquences pas toujours très chouettes pour le commun des mortels qui n’arrivent même pas à mettre en page un fichier Word. En l’occurrence, on a bien compris que cette cyber-attaque pourraient avoir des conséquences sur le prix du gaz – à la hausse – donc des conséquences inflationnistes.
  • La seconde, c’est que lorsque l’on s’est inquiété du prix du gaz, on a commencé à regarder les « autres matières premières » et l’on s’est rendu compte que c’était du délire.

Rien que depuis le début de l’année, et se basant uniquement sur des matières premières classiques, on se rend compte que tout a augmenté de façon assez impressionnante. Le café a pris pas loin de 15%, le blé est monté de 10%, le maïs de plus de 40%, la viande est en hausse de 10%, mais aussi le cuivre, le fioul et je ne parle même pas du bois qui est en hausse de 500% depuis le 5 janvier. Alors oui, vous me direz que vous n’allez pas acheter du bois tous les deux jours, mais c’est un matériel très prisé dans la construction et sur certains chantiers, ils ne sont même plus livrés. Des chantiers à l’arrêt, c’est une peu comme des chaînes de production automobile qui sont en rade à cause du manque de semi-conducteurs. Mais en plus de ça, toutes ces augmentations font qu’inévitablement, l’inflation va prendre l’ascenseur et que Powell et Yellen vont beaucoup moins bien dormir dans les mois qui viennent.

C’était donc une partie de la réflexion du week-end aux USA. Les traders sont donc revenus avec des doutes plein la tête, se disant que finalement les mauvais chiffres de l’emploi n’étaient qu’une seule manière d’approcher l’angle de l’inflation. Et on est donc revenu sur le bon vieux trade : je vends les technos parce que jour où l’inflation va exploser et que les taux vont monter, Apple ne vendra plus un smartphone et un airpod, mais j’achète des pétrolières parce qu’elles paient un dividende et qu’elles vont cartonner quand le pétrole sera à 300$. Et hier, les techs se sont faites défoncer. Propre en ordre. Le Nasdaq ne ressemble plus à rien et regarde dangereusement en direction de sa moyenne mobile des 200 jours – 800 points plus bas – mais il y a pire. Le SOX, le semi-conducteur index a perdu 4.66% hier et termine au plus bas en cassant sa tendance haussière qui date du mois de mars 2021. Inutile que je vous explique ce qui s’est passé depuis.

Là tout de suite, c’est pas beau. Et quand on voit la tronche des futures ce matin, c’est pas beau non plus. En gros, la peur de l’inflation est de retour et c’est un peu comme quand vous êtes seul en forêt et que vous rencontrez un énorme grizzly de 250 kilos. Vous savez que lutter à mains nues ne servira à rien, même si vous ne vous êtes pas coupé les ongles depuis un mois, vous ne rivaliserez pas avec ses griffes. Partir en courant, même si vous êtes Usain Bolt, ne suffira pas non plus. En résumé, il vous reste à faire le mort et à attendre que ça passe.

Graphique du SOX – Source : Tradingview.com

C’est partout pareil

Autant vous dire que ce matin les nouvelles sont déjà arrivées en Asie et que, forcément, ça n’a pas trop plu aux intervenants. Le Nikkei entame sa journée en se faisant laminer de près de 3% et ce n’est pas beaucoup mieux à Hong Kong. Comme plus personne ne s’intéresse à la Chine en ce moment, les indices limitent la casse et Shanghai ne recule « que » de 0.3% – ce qui pourrait presque être considéré comme une hausse si l’on compare avec le reste. On se réjouit déjà de l’ouverture en Europe.

Le pétrole est à 64.50$. L’or qui tente sa reconversion en produit qui monte, ne parvient pas encore à casser la résistance offerte par la moyenne mobile des 200 jours, mais ce matin, ce qui pêche le plus là tout de suite, c’est les crypto-monnaies qui ont l’air mal en point. Alors on sait bien que ça n’est pas grave, puisqu’une crypto-monnaie finit TOUJOURS par remonter à la fin, mais ce matin c’est quand même très rouge. Alors oui, hier l’Ethereum a passé les 4’000$, mais depuis que JP Morgan a estimé que son prix correct devrait être 75% plus bas – basé sur une recherche fondamentale de folie et après avoir lu dans les osselets de l’agneau mangé à Pâques, on se dit que le gars ne peut pas se tromper. Bref tout baisse avec une mention spéciale pour le Dogecoin qui baisse plus que les autres. Là tout de suite, je pourrais vous lister les prix et les pourcentages de baisse de chaque crypto – ça me ferait gagner des caractères dans ma chronique- mais vu à la vitesse où ça bouge, ça n’aurait plus de sens d’ici que je publie dans une heure.

Les nouvelles du jour

Dans les nouvelles du jour, on notera que les nouvelles contaminations au COVID sont au plus bas depuis 11 mois aux USA. La campagne de vaccination fait son job et cela devrait pousser vers une ouverture rapide et complète, pendant que nous on attend comme des cons que les choses changent et que l’on puisse avoir droit à des loisirs à peu près normaux. Autrement la Chine vient d’annoncer que la croissance de sa population est quasiment nulle, le taux est au plus bas depuis des dizaines d’années. Amazon a émis un emprunt obligataire pour 18.5 milliards de dollars. Comme ça, si jamais ils devaient monter les taux plus tôt que prévu, c’est toujours ça de pris.

Pendant que ça va mieux aux USA, l’OMS vient quand même d’estimer que les variants indiens sont super-dangereux et posent un risque global pour le monde entier. On sait depuis des mois que l’OMS est toujours là pour nous dire qu’on va tous crever, mais parfois c’est un peu insistant. On parle aussi des produits de Cathie Woods qui sont en chute libre depuis le début de l’année. Bien que la star-manager de ces 2 dernières années ait répété à la télé ce week-end qu’elle savait que ça allait bien se passer à l’avenir parce qu’elle a une De Lorean dans son garage et qu’elle revient du futur, son produit innovation est tout de même en baisse de 35% par rapport aux plus hauts de l’année. Mais tant qu’à savoir que ça va bien se passer, on aimerait quand même bien qu’elle nous dise quand est-ce qu’il faut acheter. Retenons encore les bons chiffres de BioNTech qui retrouvait des couleurs, pendant que Novavax décevait avec des délais encore repoussés pour ses vaccins.

On parle aussi des « krachs » intra-secteurs. Alors que les indices flirtent avec les records, on notera quand même que certaines vedettes de ces derniers mois se sont faites laminer et détruire dans l’indifférence la plus totale. On n’ose même plus parler de Zoom, Doordash, Peloton ou encore Snowflake. C’est la catastrophe générale, mais on n’en parle pas. Ou plus. Est-ce que nous sommes en train de vivre un krach « undercover » ? On peut se poser la question.

Les chiffres du jour

En ce qui concerne les chiffres du jour, il y aura le ZEW en Allemagne et en Europe, puis les JOLTS aux USA, mais aussi plusieurs rapports sur le pétrole seront publiés, celui de l’EIA et celui de l’OPEP. Côté chiffres du trimestre, il y aura Palantir, encore un des gros « holding » de Cathie Wood. Le titre est en chute libre depuis 10 jours et vient de perdre 25%, les chiffres de ce soir pourront-ils inverser la tendance ? Même chose du côté de Quantumscape, la fabuleuse société qui fait des batteries révolutionnaires… enfin, qui fera des batteries révolutionnaires vers 2025. Le titre valait 130$ le 22 décembre et 28.46$ hier. La publication de ce soir va-t-elle changer la donne ? Rien n’est moins sûr. Pour le moment les futures sont en baisse de 0.6% et là tout de suite, ça ne sent pas le rebond et la prudence pourrait être la mère des vertus pendant quelques jours… On pensait que c’était facile la bourse, mais là tout de suite ; y a comme un doute.

Bonne journée à tous et à demain.

Thomas Veillet

Investir.ch

There’s a fine line between genius and insanity. I have erased this line.

Oscar Levant

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