Dans la première partie de cet article, nous avons analysé le cas du propriétaire d’une société qui était en même temps salarié de son entreprise. Il restait donc soumis aux règles de la LPP, même s’il disposait d’une certaine marge de manœuvre. Nous nous intéresserons dans cette seconde partie au «véritable» indépendant. Affranchi des règles de la LPP, il doit néanmoins envisager le financement de sa retraite. Par ses propres moyens.

L’avantage de l’indépendant

Certains indépendants, libérés de l’obligation de cotiser au 2e pilier, font totalement ou partiellement abstraction d’une épargne retraite et se retrouvent dépourvus le moment venu. C’est une erreur couteuse, car le premier pilier, qui reste la seule obligation de cotiser, vous fournira tout au plus 28’680.- par année.

Un employé n’a que rarement l’occasion d’améliorer les solutions mises en place par son employeur, mais si vous êtes indépendant, vous décidez librement du niveau de couverture que vous aimeriez initier. Encore plus librement que si vous étiez salarié de votre propre entreprise. Un bel avantage, à condition d’en profiter judicieusement.

Ici aussi, chaque cas diffère et mérite des réponses spécifiques. Un jeune entrepreneur devra mettre l’accent sur le lancement de son activité et se couvrir au moins cher possible. Une fois l’activité lancée – généralement sous 1 à 3 ans – vous devriez rapidement réévaluer votre plan de prévoyance minimal du début. En effet, grâce aux intérêts composés, chaque franc investi tôt travaillera en votre faveur pour l’avenir.

Nous avons vu dans la première partie qu’un salarié assuré au minimum légal épargne dans le 2e pilier une moyenne de 12.5% de son revenu au long de sa carrière. En tant qu’indépendant, vous devriez, sans vous poser de question, économiser au moins cela. D’autant que ce montant est déductible des impôts!

À mon sens, trois grandes stratégies «retraite» existent lorsque l’on est indépendant. Cotiser à un 2e pilier, cotiser à un 3e pilier et épargner en dehors des piliers en laissant de côté les gains fiscaux. Notez qu’aucune solution n’en exclut une autre. Tentons d’y voir plus clair.

Le 2e pilier, un outil également à disposition des indépendants

On l’oublie trop souvent mais l’indépendant a la possibilité de cotiser à un 2e pilier sur une base volontaire.

Vous pouvez ainsi vous assurer auprès de l’institution de prévoyance dont vous relevez en raison de votre profession. C’est par exemple le cas pour les professions libérales (avocats, médecins, musiciens indépendants, etc.). Les associations patronales ou les chambres de commerce et d’industrie vous fourniront des renseignements sur ces possibilités d’affiliation en fonction de votre profession. Vous pouvez également vous adresser à un conseiller financier indépendant.

Les impôts représentent évidemment un critère majeur qui pèse sur le choix de cotiser volontairement à un 2e pilier.

Outre l’aspect fiscal, vous avez, en tant qu’indépendant, la liberté de définir le salaire assuré (sur lequel est calculée l’épargne), les taux de cotisations (le taux d’épargne du salaire assuré), et le niveau de rémunération de l’épargne. Il faudra pour cela sélectionner les bonnes institutions de prévoyance.

En plus du plan minimal correspondant à la prévoyance obligatoire des salariés, plusieurs institutions offrent également des plans de prévoyance aux prestations plus étendues (prévoyance surobligatoire). Les cotisations seront alors proportionnellement plus élevées.

Le 3e pilier pour indépendant

Lors du lancement de votre activité, ou si vos revenus n’atteignent pas les chiffres évoqués plus haut, la solution de prévoyance en 3e pilier peut se révéler la plus judicieuse.

Contrairement au salarié, qui se voit limité dans le montant de cotisation au 3e pilier, vous pouvez en tant qu’indépendant contribuer au 3e pilier à hauteur de 20% de votre revenu AVS avec un plafond à 34’416.- par année. Cette possibilité convient à la majorité des indépendants.

Une autre stratégie pourrait être de combiner un 3e pilier assurance – afin de couvrir les risques liés à l’invalidité et au décès avec une épargne retraite minimum garantie – à un troisième pilier bancaire plus flexible.

Au-delà de ces aspects, les principes et l’utilisation du 3e pilier restent identiques à ceux du deuxième pilier. Le but ultime est la retraite, mais vous pouvez récupérer tout ou partie du capital pour acquérir votre résidence principale ou pour rembourser indirectement votre dette hypothécaire par exemple.

Notez que nous devrions bientôt voir arriver la possibilité de racheter les années passées dans le 3e pilier. Le rachat sera calculé à partir de l’âge de 25 ans et il sera possible de l’effectuer tous les 5 ans. Affaire à suivre.

Pour vous aider à choisir

Cet article en 2 parties vous a livré plusieurs éléments pour commencer votre réflexion. Un principe de base est de considérer l’ensemble de votre fortune lorsque vous «pensez prévoyance».

Le 2e et le 3e piliers sont des outils sociaux nés dans les années 70 pour faire face à l’allongement de la durée de la vie et à l’institutionnalisation des retraites. Ce sont des éléments qui ont leur place dans votre mix patrimonial. Les rabais fiscaux et les rendements restent attractifs malgré les contraintes démographiques et l’apparition des taux négatifs.

Il convient toutefois d’y consacrer un minimum d’énergie et de réviser sa situation sur une base régulière. Chaque changement de vie important doit aussi appeler à revoir le modèle mis en œuvre. Ces changements peuvent être un achat immobilier, la naissance d’enfants, l’arrivée d’un héritage, une hausse des revenus ou encore l’augmentation du patrimoine.

Se faire conseiller me semble primordial si l’on veut gagner du temps, de l’énergie et rester disponible pour son activité… et éviter les mauvaises surprises à la retraite.

 

Raphaël Battu a fondé le site MaRetraite.ch en 2019 afin de fournir des réponses aux questions que ses clients lui ont souvent posées et mettre à profit son expérience et son expertise au service de tous. L’objectif du site est d’expliquer de manière simple les différentes problématiques de la prévoyance en Suisse et d’aider les lecteurs à gagner leur indépendance financière.

 

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