L’Audio du 1er mars 2021

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Pile…

On le sait depuis des années (même si on préfère que les clients ne soient pas trop au courant) qu’annoncer que ça va monter ou que ça va baisser fonctionne à peu près 1 fois sur 2, ce qui revient à dire qu’avec une bonne pièce de monnaie, tu es à peu près aussi efficace qu’une banque avec 300 analystes qui bossent comme des fous 24 heures sur 24. Après, il faut reconnaître qu’avec une bonne discipline ou une bonne méthode de travail on peut construire un portefeuille qui fonctionne – pour autant que l’on ait une vision long terme et que l’on ne passe pas son temps sur son Smartphone à scruter les cours de bourse toutes les 22 secondes durant la journée. Ou alors on peut aussi acheter du Bitcoin ou prendre un abonnement à Wallstreetbets et devenir très très riche, très très vite et prendre sa retraite pour aller « miner » sa propre cryptomonnaie au fin fond des îles vierges ou lancer son propre SPAC pour expliquer aux autres comment on devient très très riche et très très vite.

…ou face

Mais il y a une chose que l’on peut prédire à coup sûr, c’est que la semaine qui nous attend sera placée sous le signe de l’inflation. C’est une certitude et s’il l’on pouvait parier là-dessus, j’aurais déjà mon ticket en poche. Oui, car si vous ne l’avez pas encore compris, depuis 10 jours, le thème de l’inflation est devenu une obsession. Une obsession pas toujours très logique, mais une obsession quand même. En effet, il y a quelques semaines on s’est bêtement rendu compte que les rendements du 10 ans étaient passé de « cliniquement mort » à « oups, tiens, on dirait que ça bouge » et la semaine dernière nous sommes carrément passé au-dessus des 1.5% de rendement annuel. 1.5% c’est la performance astronomique que pourrait faire un investisseurs en parquant sa fortune pendant 12 mois dans des obligations du trésor américain. Vous avouerez c’est impressionnant ! Imaginez, 1.5% de rendement c’est ce que fait un investisseur qui suit les recommandations des experts de Wallstreetbets en l’espace d’une seconde. Autant vous dire que c’est tentant de ne plus spéculer et de patienter 12 mois pour récupérer ces 1.5% annualisé, qui seront encore probablement amputé de 30% parce qu’il faut soutenir les efforts du gouvernement et faire plaisir aux adorables fonctionnaires du fisc, mais disons que c’est tentant.

Du coup on hésite..

Tout ça pour dire que la hausse des rendements du 10 ans ne crée pas panique et tension uniquement parce que l’on croit que tout le monde va vendre ses actions GameStop et ses actions Telsa pour aller acheter du 10 ans américain, mais c’est plutôt parce qu’empiriquement parlant, une hausse des rendements signifie une hausse des taux réels à moyen terme et l’angoisse qui nous étreints provient du fait que l’on pourrait voir Jerome Powell monter les taux à plus ou moins court terme – restant à définir la notion de court terme – et que, ce faisant, le « recovery » tant attendu et tant promis par les Oracles de Wall Street pourrait être mis en suspens. Et ça, ça ne plaît que moyennement aux investisseurs que nous sommes. D’où les doutes de la semaine dernière. D’où la performance pourrie de la semaine dernière. D’où le fait que l’on a imaginé (un bref instant) que l’argent facile, les marchés qui montent tout le temps et les soirées au resto avec des bouteilles de vin à 200 balles, c’était fini. Bon. D’accord. L’exemple des soirées au resto n’était peut-être pas mon meilleur choix pour exprimer la chose, mais vous voyez ce que je veux dire.

Pourtant, ce qui aura été diablement intéressant la semaine dernière, c’est toute cette valse d’hésitation et d’incertitude. Le fait que l’on soit incapable de choisir un camp. Oui, car il y avait clairement deux camps qui se dessinaient :

  • Le camp de ceux qui croient les paroles de Jerome Powell
  • Le camp de ceux qui croient les paroles de Jerome Powell, mais qui ont quand même la trouille et l’intention de tout vendre histoire de pas être les dernier à bord quand le Titanic aura fini de couler et qu’il n’y aura plus de place dans les canots de sauvetage.

Du coup on a quand même terminé la semaine dans l’hésitation la plus totale et on est surtout resté bloqué sur le fait que l’on ne connaît pas les proportions des deux camps cités précédemment, sachant que l’on préfèrerait quand même être dans le groupe de ceux qui gagnent à la fin.

La protection c’est bien, c’est quand même plus drôle sans rien

Après une semaine d’hésitation qui nous a donc vu nous demander si on allait tous mourir ou pas, on peut quand même s’interroger sur la notion de protection. Oui, parce que l’on peut comprendre que l’on ait peur de l’inflation. Mais il existe des moyens de se protéger. C’est comme le COVID, si tu as peur d’être contaminé, tu peux rester chez toi à te faire tout Netflix en boucle en mangeant des paquets de pâtes périmés depuis le dernier confinement ou tu peux sortir avec trois masques superposés et des gants en caoutchouc, ou alors te faire passer pour plus vieux que ton âge pour avoir la chance de te faire vacciner avant août 2056. Mais toujours est-il qu’il y a des moyens. Eh bien dans l’investissement, c’est pareil. Si l’inflation arrive au galop – ce qui nous fait flipper depuis une semaine, tu peux acheter de l’or, parce que l’or ça protège contre l’inflation, ça a même protégé contre l’inflation depuis 5’000 ans il paraît – il paraît, parce que c’est pas toujours simple à vérifier si loin en arrière. Nous voici donc avec une protection idéale contre l’inflation – selon les bouquins sur le sujet – et pourtant, la semaine où l’on panique sur sujet, l’or se fait défoncer comme si c’était une action technologique. Vous noterez qu’il y a quand même de quoi se poser des questions sur l’état mental du marché actuellement.

Après, il y a un autre moyen de se protéger contre l’inflation – il paraît aussi, mais là c’est le « IL PARAÎT » en majuscules et en caractères gras – c’est le Bitcoin. Alors là, le Bitcoin on ne peut pas dire que ça s’est vérifié depuis 5’000 ans, puisqu’il n’existe que depuis 10 ans et qu’il n’existe VRAIMENT depuis qu’Elon Musk en parle. Mais on va dire que le « hedge contre l’inflation du Bitcoin » se vérifiera dans les 5’000 années à venir. Sûrement. Mais bon, le Bitcoin s’est aussi fait défoncer la semaine dernière. On en arrive donc à la conclusion que l’inflation nous fout les jetons, mais que les deux moyens théoriques qui existent pour protéger nos portefeuilles contre ce fléau pire que le COVID, se font défoncer la même semaine. Hmmmm… pas très logique tout ça.

Enfin, tout ça pour vous dire que cette semaine on va ENCORE parler de l’inflation, c’est presque aussi certain que l’on aura encore un autre stimulus après celui qui vient d’être approuvé.

L’Asie

D’ailleurs, ce matin c’est la fête au village en Asie, parce que le rendement du 10 ans américain est redescendu et du coup, on ne s’inquiète plus de rien et on rigole en attendant un prochain stimulus, c’est tellement facile la bourse. En tous les cas on a eu chaud avec cette histoire d’inflation, on a failli y croire. Mais j’aurais au moins pu écrire trois pages sur le sujet. Toujours est-il que là tout de suite, le 10 ans offre un rendement de 1.4% – ce qui est a des années lumières des 1.5% de la semaine dernières. Imaginez, 0.1% de différence, c’est du délire. Mais c’est un délire qui permet au Nikkei de reprendre 2.20% et à Hong Kong de reprendre 1.2%. La Chine ne monte que de 0.5%, malgré les chiffres du PMI qui montrent que le pays est en expansion et pas en contraction. Alors oui, pas de beaucoup, mais quand même.

Pour le reste, on notera que l’or est à 1747$ et tente une remontée. Le pétrole est toujours à 62.40 et bien établi dans son nouveau range qui lui ouvre la porte sur les 75$ et le Bitcoin, remonte à toute vitesse, puisque comme tout le monde le sait ; c’est une valeur refuge et qu’elle va à 100’000 au minimum avant la fin de l’année.

Nouvelles du jour

Peu ou pas de nouvelles ce matin. On retiendra que les Iraniens ne veulent pas discuter du Nucléaire, ça donnera au moins l’occasion à Captain Biden de pouvoir avoir sa guerre à lui. Trump est ressorti de son trou et est en train de chauffer ses partisans pour 2024. C’est ce qui s’appelle « ne pas perdre de temps ». Et puis, pour parler finance, on notera que le nombre de sociétés qui valent plus d’un milliard en bourse et qui n’ont aucun revenu sont plus nombreuses qu’elles ne l’étaient en 2000, juste avant que tout se pète la figure et que Greenspan monte les taux. Je n’invente rien et loin de moi l’idée de dire du mal ou d’être bearish, c’est juste un état de fait.

Puisque le thème de la semaine, c’est l’inflation, on notera que le Barron’s a proposé 5 titres qui pourraient bénéficier d’une hausse de cette dernière. Dans la liste on trouve : Fortive, Idex, Textron, Emerson Electric et Boeing, pour autant que Boeing ne soit pas planté dans une histoire de procès, ou d’un avion qui redescendrait sur terre un peu plus vite que les désirs de son pilote et de ses passagers. Notons encore que Bank Of America trouve que de trop nombreux titres sont trop chers et qu’il faut se méfier.

Pour terminer, on notera que les Chinois ont recensé 19 nouvelles infections au COVID, que les vaccins fonctionnent bien mais que tout le monde ne peut pas en avoir, mais qu’en revanche, dans une recherche absolue de la liberté, la plupart de nos chers gouvernements veulent nous laisser sortir uniquement si on est vacciné.

Chiffres du jour

Pour le moment, les futures sont en hausse de 0.6% et il y aura plein de Manufacturing PMI dans le monde. Mais la grande question restera : mais qu’est-ce qu’on fait de l’inflation ?

Passez une excellente journée, très bon début de semaine à tous et à demain.

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Thomas Veillet

Investir.ch

“Time is a drug. Too much of it kills you.”

― Terry Pratchett, Small Gods

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