Par Maad Osta, ingénieur spécialiste en cleantech

 

L’urgence climatique focalise beaucoup d’attention mais, alors que l’accent est souvent mis sur les conséquences possibles du dérèglement climatique, il convient également de réfléchir à des solutions durables pour notre planète. L’innovation technologique peut-t-elle, à elle seule, régler la problématique climatique? Probablement pas. Elle reste toutefois un outil nécessaire, amenant par là même de nombreuses opportunités d’investissement.

Le progrès technique fut lui-même un catalyseur du dérèglement climatique. Avant la révolution industrielle et notamment l’invention des moteurs à combustion et explosion, les taux de concentration de CO2 dans l’atmosphère n’avaient jamais dépassé les 300 ppm. Aujourd’hui, ils atteignent les 410 ppm. C’est grâce aux différents «progrès technologiques» que le monde s’est fondamentalement transformé, permettant notamment aux peuples d’évoluer de l’activité agraire vers l’industrie, avec l’impact que l’on connait sur l’environnement.

Aujourd’hui, la prise de conscience grandissante se reflète dans les investissements avec, en 2018 seulement, plus de 300 milliards de dollars investis dans les énergies renouvelables.

Les cleantechs peuvent être classifiées en plusieurs catégories: les technologies d’adaptation au changement climatique, et les technologies d’atténuation visant à limiter l’ampleur du dérèglement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

Certaines cleantechs s’apprêtent à entrer dans une période de forte croissance avec un déploiement à grande échelle.

Lorsque l’on analyse l’opportunité d’investissement dans une technologie, il est important d’évaluer en premier lieu la taille de son marché, actuel et futur, son extensibilité, et surtout déterminer où elle se situe dans son cycle de vie. Certaines de ces cleantechs, déjà passées par une longue phase de R&D, s’apprêtent à entrer dans une période de forte croissance avec un déploiement à grande échelle.

C’est le cas par exemple des modules photovoltaïques et des éoliennes, dont les prix ont chuté de près de 90% et 40% respectivement depuis 2010. Les efforts des dernières années ont permis à ces technologies d’améliorer leurs rendements tout en réduisant leurs coûts, les rendant donc concurrentielles face aux autres sources d’énergie comme le charbon et le gaz naturel, pour ne citer qu’eux. On parle alors de «parité réseau», le point d’inflexion des énergies solaires et éoliennes qui fait que leur part dans le mix électrique est amené à croitre respectivement de 2% et 5% à près de 22% et 26% d’ici 2050.

Le nettoyage du mix électrique est une étape nécessaire mais de loin pas suffisante. En effet, l’électricité représente moins de 20% de la consommation globale d’énergie, et les combustibles fossile restent présents à d’autres niveaux dans l’industrie, des transports et les bâtiments.

Le secteur des transports détient probablement le plus gros potentiel d’amélioration, avec des solutions technologiques déjà disponibles. L’électrification des véhicules routiers est amenée à s’intensifier dans les prochaines années, avec une offre grandissante et des batteries lithium-ion toujours plus performantes et moins onéreuses.

Le stockage d’électricité a une importance double: à la fois nécessaire à l’électrification des transports, il va également de pair avec l’intégration croissante du renouvelables dit «intermittent». Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses sociétés s’acharnent à trouver de nouvelles solutions plus performantes, allant des batteries à électrolyte solide, des batteries à flux, des supercondensateurs, ainsi que le stockage hydrogène. Bien qu’aujourd’hui le lithium-ion bénéficie de «l’avantage du précurseur», d’autres technologies, encore prématures, pourraient se faire une place dans le marché grandissant du stockage.

Il en va de même pour de nombreuses technologies émergentes, telles que les algocarburants, l’énergie marine, les technologies de captage, stockage et utilisation de CO2, et bien d’autres. Pour qu’un futur durable reste envisageable, il faut non seulement que les technologies propres se déploient rapidement et à grande échelle, mais également qu’un changement comportemental s’opère de manière radicale.

Rappelons que la consommation énergétique par habitant aux USA reste trois plus élevée qu’en Chine et dix fois plus qu’en Inde. La technologie miracle n’existe pas, et bien que la transition énergétique soit déjà en cours, l’avenir de notre planète dépend avant tout d’une prise de conscience globale et d’un changement d’habitudes.

De nombreuses solutions à fort potentiel de croissance existent déjà. Il s’agit donc désormais de concentrer les investissements non seulement sur la recherche mais surtout sur le déploiement à grande échelle de solutions déjà performantes et compétitives.

 

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Cet article a été publié initialement dans le magazine SPHERE (N°16 – Janvier/Mars 2020)

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