Par Marion Hovhannessian, Head of business development

 

En premier lieu, on observe la part de plus en plus importante des investissements de particuliers dans les marchés financiers et surtout dans les marchés US.

Sur les marchés actions, on observe que 20% des transactions sont réalisées par des investisseurs privés.

Sur les marchés dérivés, depuis mi-juillet 2020, les transactions de 10 contrats ou moins ont progressé jusqu’à atteindre plus de 60% des options d’achats, un plus haut historiquement observé. Ces achats irraisonnés sur les marchés dérivés peuvent avoir des effets pervers. Tout d’abord, évidemment, pour les portefeuilles des investisseurs particuliers qui n’ont que peu ou pas de connaissances du fonctionnement des marchés dérivés et peuvent rapidement se laisser surprendre par les appels de marge ou les expirations. Ensuite, les mouvements massifs d’achats de calls créent un mouvement haussier sur les marchés actions en général, les market-makers devant couvrir les achats de dérivés par des achats d’actions. On comprend donc facilement que ces hausses de marché ne sont pas basées sur des analyses des bilans des sociétés cotées.

Ces nouveaux investissements sont rendus possibles par l’émergence de sociétés de courtage en ligne telles que Robinhood qui proposent d’investir sur les marchés financiers, et ce sans commissions. Le nombre de clients de Robinhood a ainsi augmenté de 3 millions entre mai et juin 2020, pour passer à plus de 13 millions de clients, avec une moyenne d’âge de 31 ans seulement. On peut alors imaginer que bon nombre de ces boursicoteurs sont soit de jeunes étudiants américains qui espèrent financer leurs études (souvent plus de 200 000 dollars) par ce biais, soit des millions de novices, armés de leurs chèques d’aides étatiques et remplaçant les casinos fermés par les marchés financiers ouverts.

Robinhood a entretenu ce mouvement d’engouement par les influenceurs sur les réseaux sociaux et par leur site Robintrack qui proposait, jusqu’à août 2020, de connaître les actions les plus achetées par leurs clients, générant un effet «moutonnier» et entrainant des millions d’apprentis investisseurs à acquérir des actions sans notion du risque encouru ou analyse financière.

Mais ce qu’il faut savoir c’est qu’au lieu de percevoir des honoraires au départ sous forme de commissions, Robinhood gagne de l’argent en coulisses, en vendant les transactions à des «teneurs de marché», c’est-à-dire de grandes sociétés de commerce quantitatif sophistiquées comme Citadel Securities, Two Sigma Securities, Susquehanna International Group et Virtu Financial. Celles-ci, en ayant connaissance de l’intégralité du carnet d’ordres de Robinhood dégradent les conditions d’exécution en faisant du front running sur ces flux d’ordres.

Ainsi, au premier trimestre 2020, 91 des 130 millions de dollars de revenus de Robinhood ont été tirés de la vente de son flux d’ordres. Au deuxième trimestre, ces revenus ont doublé pour atteindre 180 millions de dollars!

La guerre des taux

Un autre sujet sur lequel nous n’allons pas nous étendre car tout a déjà été dit et redit: il semble que les taux vont durablement rester en territoire négatif. Cette politique des Etats pousse également les investisseurs à s’orienter vers les marchés actions pour espérer un rendement. Jusqu’à quand? et combien de temps les Etats vont-ils pouvoir tenir cette stratégie sans appauvrir les pays?

Etes-vous plutôt actif ou passif?

Un autre facteur pousse, selon notre compréhension, les marchés actions vers le haut : la part croissante de la gestion passive par rapport à la gestion active. Aux Etats-Unis, 45% du marché se fait par de la gestion passive. Et depuis ce début de mois d’octobre, il y a plus d’ETF que de sociétés cotées en circulation sur le NYSE et le Nasdaq.

Les impacts sont divers. D’un côté, certaines sociétés sont privilégiées et achetées massivement par les ETF en gestion passive, comme Tesla ou les FAANG (Facebook, Amazon, Apple, Netflix et Google et Tesla). Les valorisations de ces sociétés ont donc été poussées vers le haut et représentent maintenant 25% des indices américains S&P 500 et Nasdaq, formulé autrement 495 sociétés ne pèsent que pour 75% dans l’évolution de ces mêmes indices.

De l’autre côté, certains secteurs et par conséquent sociétés sont pénalisés par la gestion passive. Par exemple, le secteur pétrolier est sorti de la gestion ESG et une société telle qu’Exxon est au plus bas historique en dépit de dividendes constants et substantiels.

En conclusion, vous l’aurez compris, la tendance haussière que nous voyons depuis le plus bas du 23 mars 2020 s’explique par des facteurs auxquels nous ne croyons pas. Nous pensons plus que jamais qu’il faut analyser la situation macro-économique et décider de ses investissements de manière rationnelle. Ou alors de payer quelques bips supplémentaires à un gérant actif prenant les bonnes orientations au bon moment!

 

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