L’Audio du 27 août 2020

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Le moins pire prend le dessus

Hier tous les indices ont terminé en hausse. L’ensemble de l’Europe finissait en vert de près de 1% et aux USA c’était pareil, sauf pour le Dow Jones qui attend toujours sa dose d’amphétamines sous forme de nouveaux membres un peu plus sexy qu’une pétrolière, une pharma et une boîte qui fait son chiffre en vendant des jouets pour chef d’Etat agressif. En Europe, on commençait à se dire que l’on voulait aussi une part du gâteau des records et l’on commence à cesser de regarder le comportement de l’Euro/Dollar. Et ça paie puisque le DAX et le CAC40 sont en train d’arriver à des niveaux qui pourrait déclencher un nouveau mouvement haussier. Par exemple sur le Dax, une cassure des 13250 pourrait rapidement l’emmener en direction des plus hauts de tous les temps. Sur le CAC, c’est plus compliqué, parce que les plus hauts de tous les temps sont encore loin et à moins d’intégrer TESLA dans l’indice, il va falloir être encore patient. Néanmoins, une rupture haussière des 5100 pourrait emmener l’indice en direction des 5600 plus vite qu’on ne le croit.

Et puis si les Bulls Européens semblent se réveiller, ceux des Etats-Unis sont complètement cokés et ne sont plus capables de freiner l’euphorie ni de savoir raison garder. On a l’impression que nous sommes en plein boom économique et que toutes les choses angoissantes que j’ai citées au début de cette chronique, ne concerne personne aux USA. Comme si le marché s’auto-suffisait à lui-même et que les quelques titres qui profitent réellement de cette pandémie permettaient amplement de justifier ces délires haussiers. Sans compter que l’on est chaque jour un peu plus au bord de l’orgasme parce que tout ce qui est publié est « moins pire que prévu » – que ce soit des chiffres économiques ou des chiffres trimestriels, tout est « moins pire », mais personne ne vient parler du fait qu’il y a trois mois on a tellement baissé les attentes et on s’est tellement protégé contre ce qui « pouvait » arriver – qu’un enfant de trois ans avec une pelle et un seau aurait pu battre certaines attentes en vendant du sable au Sahara. Mais cela n’a que peu d’importance puisqu’encore une fois, le monde merveilleux de la finance a oublié qu’il avait une mémoire de poisson rouge et que c’est d’ailleurs pour ça qu’il a oublié.

SALESFORCE sur le toit du monde

S’il y a un titre dont on doit parler ce matin, c’est Salesforce. Vous le savez, Salesforce sera intégrée dans le Dow Jones d’ici le début de la semaine prochaine. Dans la foulée de cette annonce « positive » qui avait déjà permis au titre de prendre 5% en début de semaine, voici qu’hier le vendeur de solutions CRM et de Cloud a pulvérisé les attentes lors de ses publications trimestrielles. Non seulement ils ont fait NETTEMENT mieux que les attentes dans absolument tous les domaines, mais en plus – cerise sur le gâteau – ils ont annoncé que le reste de l’année se ferait sur une jambe en dansant la carmagnole tellement ça serait facile Le titre a donc littéralement explosé ajoutant quasi-instantanément 55 milliards de capitalisation boursière. En d’autres mots : Salesforce a pris 30% hier soir. Ce qui d’ailleurs arrange bien les décideurs du Dow Jones qui se disent depuis hier soir qu’ils auraient mieux fait de l’intégrer une semaine plus tôt. Oui, parce qu’en dehors du fait que le Dow Jones serait déjà bien plus haut, en entrant dans l’indice avec des valorisations pareilles, le titre est déjà le quatrième titre le plus important du Dow Jones. Pas mal pour un premier jour.

Chart de Salesforce – Source : Tradingview.com

Quel évènement formidable pour Salesforce, le CEO s’est même excusé d’avoir si bien performé durant une période où le citoyen lambda en prenait littéralement plein la gueule – bon, ensuite il est parti en week-end prolongé sur son yacht au large de Portofino avec son jet privé, mais il s’est excusé – il semblerait que les clients de Salesforce, dès qu’ils se sont trouvés confinés, ils, se sont rués sur les « upgrade » du software – d’où des revenus inattendus. En revanche, au milieu de cette « success story » dont seuls les Américains sont capables, PERSONNE (ou presque) ne parle du fait qu’au mois de mai Salesforce avait fait un profit warning massif et avait annoncé que l’avenir serait pourri, que le business serait compliqué et qu’ils n’excluaient pas le fait que le siège de la boîte se fasse envahir par des rats et subisse ensuite une invasion de sauterelles qui pourrait détruire leurs réserves de blé pour l’hiver. Dans la foulée de ces annonces apocalyptiques, l’ensemble de la communauté des analystes-visionnaires qui peuplent le monde merveilleux de la finance a baissé les attentes au ras des pâquerettes, rendant du même coup le travail un peu facile pour Salesforce. Encore une fois, si l’on vous demande de sauter par-dessus une barrière de 30 centimètres de haut, si vous vous concentrez pour ne pas utiliser le mauvais pied d’appel et que vous n’êtes pas complètement bourré, ça devrait passer. En revanche si on vous propose de sauter 2.46m en « Fosbury »… je crois que ça sera plus simple de faire un profit warning comme quoi vous passerez SOUS la barre et pas AU-DESSUS. Mais peu importe, de nos jours c’est les bonnes nouvelles qui compte. Les Durables Goods étaient trop bons aussi. D’habitude on se fout totalement de ce chiffre, mais là ça motivait vraiment pour aller plus haut. Bref, en conclusion, quand j’étais enfant, je regardais « l’île aux enfants » avec Casimir le monstre gentil et j’ai l’impression que cette année la bourse c’est un peu pareil : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et à la fin on fait du « gloubiboulga » pour tout le monde.

En Asie, on doute

En Asie on y croit moins ce matin. Ils sont probablement angoissés par ce que pourrait déclarer Jerome Powell lors du Meeting Virtuel de Jackson Hole ce soir. Ou alors ils sont simplement angoissés parce que les futures US ne sont PAS en hausse de 1% actuellement et qu’ils sont – pour la première fois depuis 2 semaines – en baisse. Bon, de 0.16%, mais en baisse quand même. Ce qui nous donne un Nikkei en recul de 0.2%, un Hang Seng qui baisse de 0.6% et la Chine qui monte de 0.3%. Pour ce qui est de l’or, après une journée volatile comme un titre technologique, le GOLD.COM, après avoir frisé les 1900$, parvenait à finir sur les 1950$ – à croire qu’il était de mèche avec Salesforce.

Du côté du pétrole, je ne suis pas encore euphorique, mais ça ne saurait tarder. Le prix du baril est à 43.40$, la moyenne mobile des 200 jours s’est faite défoncer et je dirais que dans une semaine comme aujourd’hui on viendra nous parler de signal technique important à la hausse sous forme d’une Golden Cross et là, je pourrais dire : je vous l’avais dit. Alors d’accord, CNBC ne m’appellera pas pour expliquer ma théorie à la télé, mais si Léman Bleu écoute ; on peut s’arranger.

Des news et des analystes, mais surtout des analystes

Il y a 36 heures nous étions excités comme des puces sous amphétamines parce que les Amércains parlaient aux Chinois et que le Général De Gaulle souriait dans sa tombe, mais aujourd’hui nous avons fait place belle aux Dieux de la Finance, j’ai nommé : les analystes financiers. Ils sont de retour et pour de bon. Depuis deux semaines, ça n’arrête pas. Upgrade par-ci, upgrade par-là, objectif de prix délirant sur Tesla, même chose sur Apple et tout le monde écoute. Tout le monde est d’accord. On a oublié qu’ils sont faux depuis des années. Oublié que statistiquement les prévisions sont correctes une fois sur deux, le marché s’en fiche complètement, le marché veut de la news sexy et pas des idées conservatrices à deux balles. Venir nous dire qu’Exxon a un potentiel de hausse de 2% ça n’intéresse personne. Avoir une performance de 6% annuelle, c’est un truc de Mickey. Non, là ce qu’on veut, c’est devenir très très riche très vite et ensuite aller jouer au golf avec Bezos et Musk. On sait qu’en général ce genre de comportement finit souvent aussi bien que la Porsche de James Dean avec James Dean dedans, mais pour l’instant on surfe la vague et la confiance est à son top, on se prend pour Gordon Gekko – juste avant son arrestation et tout va bien.

Dans la série des upgrades qui se lâchent en fumant la moquette, il faudra noter que le team technologique de Wedbush s’est lâché sur Apple et propose un objectif à 600$ ou 700$. Soit une hausse de 20% ou 40%. C’est une nouvelle technique. On propose 2 objectifs et c’est le client qui choisit. Ceci mis à part, ils pensent qu’Apple est au début d’un nouveau « Super-Cycle » avec la 5G (pour autant que la 5G ne nous fasse pas pousser des bras dans le dos ou qu’elle ne nous fasse pas faire des auto-combustion) – mais si la 5G cartonne avec le nouvel iPhone 12 qui – soit dit au passage ne fait TOUJOURS pas le café – Apple pourrait aller à 700$ ou à 600$, ça dépend. Parce que ça dépend, ça dépasse. Et puis en plus d’Apple, il y a Tesla qui est upgradé. Oui, parce qu’une journée sans un upgrade de Tesla, n’est pas une vraie journée.

The only way is up BABY !

L’analyste de chez Jefferies annonce un objectif à 2’500$ parce que la société a été « trop souvent réduite qu’à la voiture électrique ». Sacré argument. On notera au passage que l’ancien objectif de l’analyste en question était à 1200$… Euh, il était où entre deux ? En retraite de yoga au Machu-Pichu ? Le titre a pratiquement doublé depuis son target précédent et l’autre débarque comme une fleur et BAM ! 1300$ de plus… Le titre a pris 6% sur la nouvelle et tout le monde attend soudainement le 22 septembre parce que ce sera le « jour de la batterie » chez Tesla et ils vont annoncer une batterie qui tient 1 millions de Miles – mais faut quand même la recharger entre deux.

Et puis comme on est obligé de finir en beauté, il y a une boîte qui s’appelle Fluidigm qui a reçu un approval en urgence de la part de la FDA pour son test de détection du COVID – un test salivaire – le titre a pris 30% hier et selon un analyste de chez Citron Research, il annonce un potentiel de hausse de 300%. À ce stade de recommandations, je crois qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Les DIEUX DE LA FINANCE sont de retour et nous, leurs disciples, n’avons que d’yeux pour leurs paroles et nous jurons obéissance et exécutions boursières. Jusqu’au prochain krach en tous cas.

Pour le reste

Pendant ce temps, dans le monde réel, le patron de Tik-Tok, Kevin Mayer – ex-Disney a démissionné – trop de pression de la part de Trump et l’ouragan Laura promet d’être un des pires de l’histoire si l’on en croit les météorologues – qui sont en général souvent faux. Autrement la convention républicaine continue, mais tout le monde s’en fout, ce soir le Président devrait accepter sa nomination en tant que candidat Républicain, ce qui est une « monstre » surprise. Son discours d’acceptation devrait être d’une autosatisfaction dégoulinante. Sans surprise non plus. Ce soir Powell devrait donc dévoiler sa stratégie pour l’avenir, soit des taux à zéro jusqu’en 2034 et expliquer comment il compte atteindre 2% d’inflation. Le marché veut savoir s’il y aura un nouveau plan de soutien ou si la FED compte acheter directement des actions Tesla, Apple et Facebook sur le marché. À propos de Facebook, le titre a pris 8% hier soir et ils viennent d’annoncer que l’arrivée d’IOS14 sur Apple pourrait impacter massivement leurs revenus publicitaires – on parle de 50% de baisse. Le titre à l’air de s’en foutre massivement également, mais il faudra suivre l’affaire, quelque chose me dit que ça finira devant les tribunaux.

Pour ce qui est des chiffres économiques du jour, nous aurons le PIB Suisse et le PIB américain. Reste à savoir lequel sera le plus regardé. Et puis ce soir : Jackson Hole, Powell, FED, Inflation et une promenade à cheval. Pour le moment les futures sont en baisse de 0.2% et je propose que l’on se prosterne devant la communauté des analystes. Je n’avais jamais cru en Dieu jusqu’à aujourd’hui, aucun de ces clowns « amis imaginaires » ne m’avait inspiré confiance. Heureusement que les analystes sont arrivés, j’ai une raison de croire. Comme en l’an 2000.

Excellente journée à tous et à demain, pour boucler la semaine, compter les records et caresser Powell dans le sens du poil.

Thomas Veillet

Investir.ch

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