L’Audio du 17 juin 2019

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En attendant Powell

Pas besoin d’avoir fait une enquête avec l’aide de la police scientifique, pas besoin d’avoir les lunettes de soleil d’Horacio Caines, pas besoin d’avoir fait de grandes études pour savoir que cette semaine, LE SUJET de la semaine, ça sera le Meeting de la FED, le discours et la décision qui tombera mercredi soir.

C’est pour ça que depuis trois ou quatre jours la communauté des économistes a renoncé au sommeil pour nous préparer une analyse anticipative sur ce qui pourrait éventuellement se passer. Je dis éventuellement puisque fondamentalement, on n’en sait rien du tout, si ce n’est que la finance et l’économie sont depuis bien longtemps des sciences moyennement exactes.

Baissera ou baissera pas ?

Depuis les dernières déclarations de Powell, le monde merveilleux de la finance a recommencé à espérer. Il faut dire que depuis quelques semaines, nous déprimions massivement sous les « tweets » de Trump qui ne cessait de déclarer la guerre – économique – à qui voulait bien se friter avec lui.

Mais soudainement, le fabuleux élixir du non-moins fabuleux Docteur Powell a encore fait son effet. Il est d’ailleurs plus que probable que si Powell avait été médecin, le cancer serait guéri depuis longtemps et la maladie d’Alzheimer serait oubliée depuis des années et s’il avait été luxembourgeois, l’Europe fonctionnerait, pas comme avec Juncker. Depuis que Powell a parlé nous nous sommes donc complètement perdus en conjectures et les économistes ne dorment plus pour nous pondre des scénarios.

Réponse mercredi soir

Il n’est nul besoin d’être analyste à la CIA pour mettre en place trois possibilités :

La première, Powell craque complètement, il s’emballe, a tellement peur que l’économie ralentisse et que Trump continue à lui vomir dessus à la télé, comme hier soir sur ABC, que le patron de la FED baisse les taux demain soir et les marchés pourraient être en plein orgasme économique pendant quelques heures. Jusqu’à qu’ils se demandent si «ça suffira vraiment », avant de prendre les profits – selon les sondages, ce scénario à 25% de chances de se produire.

Possibilité numéro 2

La seconde possibilité réside dans le fait que Powell change son positionnement passant de patient à plus enclin à baisser les taux, ouvrant la possibilité d’une baisse plus que probable en juillet.
Dans son dernier discours, Powell avait déclaré: «Compte tenu de l’évolution de la situation économique et financière mondiale et des pressions inflationnistes atténuées, le Comité fera preuve de patience dans la détermination des ajustements futurs de la fourchette cible du taux directeur qui pourraient être appropriés pour soutenir ces résultats. “

Il se pourrait donc que Powell reformule sa phrase indigeste contre une phrase moins indigeste, laissant place à toutes les spéculations les plus folles pour les semaines à venir.

Possibilité 3

La troisième possibilité, c’est qu’il reste sans rien faire. Droit dans ses bottes, annonçant qu’il reste patient et qu’il verra bien. Dans ce cas de figure, il n’est pas exclu que Trump le fasse exécuter discrètement en maquillant ça en suicide, pendu dans un accident de voiture avec 12 coups de couteau dans le dos. En dehors de l’éventuel suicide, le marché n’aimera pas et se fera défoncer en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

En résumé, tout peut arriver et on a quand même un peu peur, surtout dans le camp des économistes qui ne dorment pas pour nous trouver des scénarios possibles tout en gardant leur crédibilité sans trop se mouiller non plus. Après tout ça reste quand même du pile ou face.

L’or dans les starting-blocks

L’or est censé nous offrir sécurité et réconfort. C’est ce qu’il fait depuis quelques jours. Il monte alors que le marché va mieux. Ce qui, dans la psychologie financière, aurait tendance à signifier que le marché monte mais que les investisseurs n’y croient pas une seconde. Ce matin l’or frise les 1344$ et les plus fous espèrent déjà le voir à 1600$. Depuis le temps qu’on l’attend, il serait temps. Surtout que depuis qu’ils ont interdit l’alcool en journée pour les traders sur l’or, la rumeur circule que les Chinois seraient massivement acheteurs.

Pendant ce temps, le pétrole est malade. Bien que les Américains et les Iraniens se lancent la vaisselle au visage depuis quelques jours et depuis 40 ans, le baril ne parvient pas à trouver ça « chouette » et à remonter sur la nouvelle. Le baril semble plombé dans la zone des 50$ – ce main à 52 et des poussière – un peu comme l’or était scotché à 1300 depuis des mois.

L’Asie en hausse

Ce matin l’Asie est en hausse un peu partout en – je cite : « attendant la FED ». Eh bien, Mesdames et Messieurs, je m’en vais déjà vous prédire une semaine PASSIONNANTE. À trois jours de la FED, on est déjà en train de ne rien faire en « attendant la FED ».

Du coup, une seule phrase me vient à l’esprit : « vivement mercredi soir ». Au moins on pourra passer à autre chose.

Nouvelles du jour

En dehors de toutes les spéculations et autres tergiversations sur les tenants et les aboutissements de la FED, on apprend que Nissan continue d’investiguer sur Carlos Ghosn qui n’est pas prêt de se sortir de son marécage. La Deutsche Bank se prépare à réduire ses activités sur les actions américaines – voir même les supprimer. L’Arabie Saoudite envoie des messages à qui veut l’entendre en disant qu’ils défendraient leurs intérêts dans le Golfe « bec et ongles ». Tu m’étonnes, c’est beaucoup d’argent quand même.

Le patron de Boeing estime qu’il y a eu des problèmes de « communication » dans l’affaire du 737 MAX. C’est chevaleresque de sa part de l’envisager. Trump était sur CNBC et il a encore une fois démonté Powell, remettant la totalité de la responsabilité du trop faible GDP sur le dos.

Côté chiffres économiques

Pour ce qui est des nouvelles économiques, il y aura Draghi qui viendra mettre l’ambiance. Le patron de la FED va parler trois ou quatre fois ces prochains jours, histoire de chauffer la salle en attendant Powell. Pour le moment les futures sont en hausse de 0.27%.

Voilà, nous sommes lundi et on aurait presque pu fermer les marchés jusqu’au meeting de la FED, mais on a préféré croire qu’il y avait encore des choses à faire d’ici-là. Des choses comme brasser de l’air et faire des scénarios dans les journaux.
Je vous souhaite un excellent début de semaine et je vous revois demain pour attendre encore un peu.

Thomas Veillet
Investir.ch

“A pessimist is a man who thinks everybody is as nasty as himself, and hates them for it.”
― George Bernard Shaw

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