Joe Biden est élu président des Etats-Unis

Après une course beaucoup plus serrée que prévu par les sondages, les grands réseaux de télévision américains ont reconnu Biden vainqueur et l’ont déclaré futur 46e président des Etats-Unis. Le suspense aura duré quatre jours, le temps de voir successivement les Etats clés du Wisconsin, Michigan, Arizona, Nevada et finalement la Pennsylvanie basculer dans le camp démocrate à mesure du décompte des votes anticipés. Il dispose désormais de 290 grands électeurs contre 214 pour Donald Trump. Cette victoire peut marquer un tournant historique pour les Etats-Unis, après quatre années de rupture sous le président républicain.

Trump exige des recomptages dans plusieurs Etats

Sans apporter de preuves, il parle de «vol» de scrutin et d’élections «truquées». Refusant sa défaite, il a entamé des batailles juridiques pour contester le résultat et en appelle au procureur général de la Justice, Bill Barr, un de ses alliés les plus fidèles, pour enquêter sur les allégations d’irrégularités. Pourtant, la fin de partie est proche et Trump apparaît de plus en plus isolé, même au sein du camp républicain lassé par ses frasques et qui se désolidarise des accusations de «fraude généralisée». Quoi qu’il arrive, la proclamation des résultats définitifs aura lieu le 8 décembre, suivie le 14 par le vote des grands électeurs avant l’investiture le 20 janvier 2021.

Quel bilan peut-on tirer de son mandat?

En 2017, Trump avait débuté son mandat avec un programme économique pro-croissance très audacieux. Jusqu’à l’irruption de la pandémie, le marché de l’emploi a été très bien orienté grâce aux mesures agissant sur l’offre, telle que la réduction de l’impôt sur le revenu. Davantage de personnes sont arrivées sur le marché du travail et la qualité des emplois s’est améliorée. La confiance des consommateurs s’en est positivement ressentie. Seul bémol, les emplois manufacturiers, en pourcentage de l’emploi total, ont continué de diminuer pour s’établir à 8,4 % au début de 2020. Par ailleurs, les réductions d’impôts de 2017 n’ont pas entraîné une augmentation soutenue des dépenses d’investissement des entreprises et le rapatriement des bénéfices des multinationales a été davantage consacré au rachat d’actions.

Nous rappelons aussi que la guerre commerciale avec la Chine et les conflits avec d’autres régions ont ébranlé la confiance des dirigeants et ne les ont pas incités à investir à long terme dans leurs biens d’équipement. Pour conclure, l’objectif de réduction du déficit commercial n’a pas été atteint. Certes il s’est réduit avec la Chine mais il a augmenté avec les autres partenaires commerciaux pour atteindre 5,0% du PIB avant la crise (3,1% en début de mandat). La profonde récession provoquée par la pandémie et la réponse budgétaire ont porté le déficit budgétaire à un niveau record de 15 % du PIB.

Taux de participation des 25-54 ans au marché du travail et pourcentage d’employés à temps plein, sous l’ère Trump entre 2017 et le début de la pandémie de Covid-19
Source : Ned Davis Research

D’énormes défis en vue pour Biden

C’est dans un contexte particulièrement difficile que Biden s’est fixé la lourde tâche de remettre les Etats-Unis sur les rails. Le pays n’a jamais été aussi polarisé et les institutions démocratiques aussi dénigrées qu’aujourd’hui. Les attentes le concernant sont élevées car il apparaît comme le plus légitime (avec ses deux mandats à la vice-présidence d’Obama et quarante ans en tant que Sénateur) pour porter le message de réunification de l’Amérique et de reprise vers le multilatéralisme. Les ambitions économiques de son programme vont toutefois se confronter rapidement aux conséquences de la pandémie, au maintien probable de la majorité républicaine au Sénat (à confirmer le 5 janvier en Géorgie) et aux pressions qu’il subira des membres les plus progressistes de son parti.

Les marchés se félicitent du résultat

La grande «vague bleue» n’aura pas lieu, ni la rouge, et le futur président élu devra donc composer avec un Congrès divisé. Le tracé, violet, sera étroit et sinueux car les attentes sont élevées et les obstacles nombreux. Quelles sont les implications pour les marchés à court terme? La cohabitation annoncée est globalement positive pour les marchés actions, car un Congrès divisé se traduira par une nouvelle relance budgétaire moins généreuse que prévu initialement par le camp démocrate et des difficultés à mettre en œuvre la réforme des impôts. La grande vague bleue démocrate aurait pu être déstabilisante pour Wall Street car elle risquait d’entrainer une remontée trop rapide des taux d’intérêt, des hausses d’impôts sur les entreprises et de nouvelles règlementations dans les secteurs de la santé et du numérique. Hors des Etats-Unis, la présidence Biden pourrait soulager les marchés émergents et européens souvent traumatisés par l’agressivité commerciale de l’administration Trump.

Nos premières conclusions

La relance budgétaire prend du retard et les banques centrales (encore elles) seront appelées à intervenir de concert avec les gouvernements pour remettre l’économie sur la trajectoire de la croissance. Concernant les négociations commerciales avec la Chine, la victoire de Biden est de nature à modifier l’approche d’imposition de tarifs douaniers car il reconnaît qu’ils ont nui aux consommateurs américains et aux entreprises. Toutefois, il faut souligner que l’ensemble de la classe politique américaine est d’accord pour continuer de mener une politique agressive envers la Chine.

Finalement, avec un Congrès divisé, nous voyons s’éloigner la perspective d’un «green new deal», même si l’une des premières promesses de Biden à l’international est de réintégrer les accords de Paris pour le climat.

A l’horizon de 2021, la trajectoire économique et les forces inflationnistes restent dictées par l’évolution de la pandémie de Covid-19, la distribution à large échelle d’un vaccin efficace et la mise en œuvre d’un plan de soutien supplémentaire aux ménages et aux entreprises.

Aux Etats-Unis, les statistiques sont au beau fixe

Le niveau actuel des restrictions n’empêche pas l’économie américaine de rester dynamique. L’indice manufacturier de l’ISM a atteint son plus haut niveau depuis l’été 2018 à 59,3 et celui des services (en légère baisse) reste bien ancré en territoire expansionniste à 56,6. Dans le secteur immobilier, les reventes de logements existants ont fortement rebondi (surtout en septembre) et les biens se vendent rapidement. Finalement, les nouvelles inscriptions au chômage ont reflué à 750’000 unités contre près de 1,5 millions au début de l’été.

La Chine retrouve son élan

Au troisième trimestre, le PIB chinois a atteint une croissance de 4,9% en glissement annuel, soit un point seulement en dessous des taux de croissance d’avant la pandémie. L’écart entre les performances économiques de la Chine et des autres grandes économies est particulièrement visible dans le domaine du commerce: les exportations chinoises sont en plein essor car ses fabricants ont réussi à combler les lacunes de l’offre créées par les perturbations du Covid-19 dans les autres économies.

La reprise passe de V à W en Europe

Les mesures de reconfinement en Europe vont impacter l’activité au 4e trimestre, dont on attend qu’elle se tasse à nouveau. A ce stade, nous estimons que la contraction sera moins marquée qu’au printemps puisque le niveau de restriction est globalement moins sévère. Les différences entre la situation actuelle et celle du début d’année sont notables. En effet, le virus reste maîtrisé en Asie, les filets de sécurité budgétaire et monétaire ont été activés et les entreprises pharmaceutiques ont produit des vaccins qui sont pour certains en 3e phase de tests. Pfizer et BioNtech viennent d’annoncer des résultats très encourageants pour leur vaccin, qui serait efficace à 90%.

Les orientations sanitaires poursuivies par les grandes régions sont très différentes

Les Etats-Unis ont fait le choix de privilégier leur rebond économique sur les aspects de santé publique, l’Asie a très vite contenu la propagation du virus et n’est pas entrée dans la deuxième vague, alors que l’Europe fait des «stop-and-go». Par «stop-and-go» nous entendons que l’Europe a confiné, puis déconfiné et qu’elle confine à nouveau, à mesure de l’évolution de la pandémie. Cette approche qui a pour but de trouver un équilibre entre les enjeux économiques et sanitaires a des effets néfastes puisqu’elle n’incite pas à la dépense des ménages et des entreprises face à l’incertitude ambiante et la menace d’autres périodes de restrictions.

Décisions d’investissement

Les obligations chinoises domestiques offrent des perspectives de rendement intéressantes et ont fait l’objet d’une recherche détaillée pour y exposer les portefeuilles. Elles font partie des actifs qui peuvent tirer profit des craintes de dépréciation des devises suite au creusement massif des déficits dus au Covid-19. Nous maintenons un bon équilibre sur la partie obligataire entre risque de crédit de bonne qualité et recherche de rendement dans la dette à plus haut rendement. L’or est également à privilégier dans ce contexte.

Pour les actions, nous continuons de recommander une exposition régionale diversifiée, y compris sur les émergents, le Japon et l’Europe qui offrent une exposition au cycle. Nous conservons notre préférence pour les sociétés de qualité, au bilan solide et aux modèles d’affaires concurrentiels. Après le résultat des élections, nous avons augmenté la pondération des actions, avec une préférence pour les émergents, dont la Chine. Globalement, les portefeuilles restent bien diversifiés pour répondre à l’exigence de l’environnement macroéconomique et financier actuel.

 

L’article «Ni bleue, ni rouge mais violette» est apparu en premier sur investir.ch.