L’Audio du 13 juillet 2022

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Point par point

Si l’on essaie de prendre les choses dans l’ordre, hier il fallait retenir que :

1) L’Euro/Dollar a ENFIN touché la parité. Ça n’était plus arrivé depuis 2002 et les conséquences sont multiples et variées. Et il faut retenir qu’il est impressionnant de noter Ô combien les experts sont sereins quand l’Euro-Dollar est à 1.01, mais Ô combien ça panique dans tous les sens à la parité. On ne va pas tergiverser sur le sujet, mais on notera tout de même que depuis que la guerre a éclaté entre la Russie et l’Ukraine et que l’Europe a décidé de sanctionner la Russie à tout va, c’est pire que tout. À la limite, on se demande même si l’Europe n’a pas pris le choix de d’abord se tirer une balle dans chaque genou AVANT de prendre des décisions économiques. Et puis on notera aussi le chiffre du ZEW en Allemagne qui s’est littéralement effondré. l’indice du moral des investisseurs et analystes financiers s’est dégradé plus que prévu à -53,8 points en juillet, son plus bas niveau depuis décembre 2011. Nettement en-dessous des attentes. On voit que l’ambiance est bonne et lorsque l’on regarde le graphique de l’Euro/Dollar, on se dit que si c’était le graphique d’une société, je crois que l’on craindrait la faillite à court terme.

2) Le pétrole s’est littéralement pété la figure. Comme si l’on voulait rassurer le peuple, leur montrer qu’un jour ils pourront faire le plein sans avoir besoin de donner un rein et que c’est bien de rassurer les gens 17 heures et 12 minutes avant la publication des chiffres du CPI qui pourraient éventuellement leur annoncer que l’été sera chaud. Les raisons de la baisse du pétrole sont diverses et variées. La première en ligne ; c’est la crainte que la Chine se referme, que le COVID confine tout le monde à l’automne et que l’on recommence à zéro. La seconde – et la plus drôle – c’est la parité de l’Euro/Dollar. Marrant, non ? Non parce qu’il y a trois semaines, quand le baril était à 122$ et que l’Euro/Dollar était à 1.0350, ça ne posait de problème à PERSONNE. Mais là, avec le baril à 100$ et le billet vert qui s’échange à parité, ça fout les jetons. Toujours est-il que 96$ le baril ce matin, ça va calmer les esprits lors de la publication des chiffres de ce soir. Vous imaginez : « Oui, bon d’accord, le CPI est à 11%, mais regardez, le baril baisse, ça ira mieux le mois prochain !!! Votez pour nous !!! ».

3) D’ailleurs, la Maison Blanche est en train de développer des trésors d’imagination pour essayer de rassurer le consommateur et lui expliquer que « même si le chiffre du CPI venait à être VRAIMENT DÉGUEULASSE, il y a quand même des bonnes choses » – comme le prix du gallon qui n’est plus au plus haut de tous les temps. Pour l’instant. On sent que la Maison Blanche commence à flipper totalement, sachant que les sondages en faveur du gouvernement deviennent presque aussi faciles à trouver que les chiffres de l’Euromillions de vendredi soir.

4) La courbe des taux s’est inversée. Encore. Le rendement du 10 ans est à 2.984%, alors que le rendement du 2 ans est à 3.05% – habituellement, cet état de fait est un signal de récession. C’est même – selon les anciens – le signal de récession le plus efficace que nous connaissions à ce jour. Sauf qu’actuellement, on part du principe que cette fois c’est pas pareil, parce que c’est différent et que la situation économique est exceptionnelle. Exceptionnelle à cause de la pandémie, de la guerre, des chaînes de productions, du shortage de matières premières et de la courbe de reproduction des moutons en Nouvelle-Zélande. Notons tout de même au passage que Monsieur Templeton disait qu’en finance, les quatre mots les plus dangereux sont : « Cette fois, c’est différent ». On en reparlera sûrement, mais disons que l’on peut aussi trouver plein de statistiques qui disent que chaque fois que l’inversion de la courbe s’est produite et a persisté un peu dans le temps, la FED s’est vu obligée de passer de Hawkish à Dovish assez rapidement. Mais bon, oui, je sais, cette fois c’est différent.

5) Il y a eu un FAUX RAPPORT du CPI qui a été publié hier. À l’heure des réseaux sociaux, des fake news et du fait que l’on est en train de créer des « écoles d’influenceurs », cela ne devrait plus étonner personne. Sauf que quand le faux rapport – qui visiblement était grossièrement magouillé, comme un faux billet qui serait le résultat d’une photocopie coloriée aux crayons de couleurs – quand ce faux rapport est sorti, indiquant une inflation bien au-dessus des 10%, le marché n’a pas hésité. Pas réfléchit non plus : il s’est pété la figure comme un seul homme après avoir tenu dans le vert toute la journée. On sent qu’on est vraiment au top de notre jeu en ce moment avec la capacité d’analyse d’un souriceau de trois jours et la réflexion intellectuelle de mon Golden Retriever quand elle voit une balle de tennis.

6) Et pour terminer l’animation de la journée, hier soir il n’y avait pas un spectacle organisé par les GO’s, il y avait simplement le début de la saison des publications trimestrielles. Pepsi a publié des chiffres NETTEMENT au-dessus des attentes sur à peu près tous les points, mais comme la société n’A PAS ANNONCÉ qu’ils se lançaient dans le Cloud, les Cryptos et les voitures électriques, le marché a montré sa déception et le titre terminait en baisse de moins d’un pourcent. En revanche, dans l’autre sens, Peloton a pris 4% parce qu’ils ont outsourcé la fabrication de leurs vélos à Taïwan et ServiceNow a perdu 12% entraînant le secteur du Cloud avec lui parce que le CEO a dit à Jim Cramer que les perspectives n’étaient pas faciles. Et Boeing a pris 7% parce que les livraisons d’avions se passent super-bien. Le communiqué de presse ne précisait cependant pas si les avions volaient ou étaient destinés à rester cloués au sol. Airbus en a profité aussi. Mais ça ne devrait pas durer si Monsieur COVID persiste à nous les briser menus ces prochaines semaines.

Bref

Bref, la journée était bercée de doutes et de spéculations. De théories et de tergiversations sur ce qui pourrait éventuellement peut-être se passer en fonction d’un chiffre du CPI au-dessus, en-dessous, à droite ou à gauche lors de la publication de tout à l’heure et puis on s’est aussi bien pris la tête avec les histoires de Twitter, de procès et de celui qui publiera le plus beau « memes » pour ridiculiser l’autre partie. Je précise d’ailleurs qu’à partir de maintenant tout de suite, j’arrête de parler de l’affaire Twitter-Musk et que c’est pas parce que dorénavant Musk perd 150 millions sur son investissement que ça va changer la face du monde. Je dois dire qu’on est tous un peu fatigué de ces histoires de jardin d’enfants et de caprice de milliardaire.

L’Asie et l’attente

Ce matin l’Asie est en hausse de trois fois rien un peu partout et vous savez quoi ??? – ILS ATTENDENT LES CHIFFRES DU CPI à 14h30. Ce matin le pétrole est à 95.66$ le baril, l’or est à 1723$, le Bitcoin est à 19’500$. Et vous savez quoi ??? – ILS ATTENDENT LES CHIFFRES DU CPI à 14h30. Du côté des nouvelles du jour : – ILS ATTENDENT LES CHIFFRES DU CPI à 14h30.

On va donc s’économiser de la salive et faire comme tout le monde : attendre. Actuellement, les futures sont en hausse de 0.2%, maintenant que l’on s’est rendu compte que le FAUX rapport de l’inflation qui circulait sur Snap et TikTok n’était pas le FAIT des autorités fédérales américaines, la courbe de taux est toujours inversée mais on s’en fout, l’Euro/Dollar est à 1.0036, je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle, mais ça remonte à toute vitesse et aujourd’hui, en plus des chiffres du CPI, nous aurons aussi :

– Le CPI en Allemagne
– Le CPI en France
– Le CPI en Espagne
– La production industrielle en Europe
– Et les projections économiques jouées aux fléchettes de la Banque Centrale Européenne.

Oui, les Européens ont choisi de sortir leurs CPI’s en même temps que les USA, comme ça ils pourront dire que si les marchés bougent, c’est AUSSI à cause de leurs CPI’s à eux. On notera aussi les chiffres trimestriels de Delta et de Fastenal qui seront publiés avant l’ouverture au milieu du brouhaha des chiffres économiques. Je crois pouvoir dire sans me tromper que ça passera inaperçu.

En attendant 14h30, je vous souhaite une excellente journée et je vous retrouve demain pour en parler. Pour parler du CPI, bien sûr ! Profitez bien de vous reposer pendant les 7 prochaines heures, après va falloir gérer l’avalanche de théories qui vont nous tomber dessus.

Allez, à demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

« Life is made of ever so many partings welded together. » -Charles Dickens

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