Par Gregory Smith, Stratégiste Marchés émergents

 

Thème 5. Un dollar américain en légère baisse

Les obligations des marchés émergents ont pâti d’importantes sorties de capitaux en mars 2020, mais les flux de portefeuille se sont redressés et ont clôturé l’année en territoire positif. Toutefois, le rythme des flux de capitaux à destination des obligations en devise locale s’est initialement avéré lent et n’a commencé à fortement s’accélérer que lorsque les prévisions relatives au résultat de l’élection présidentielle aux États-Unis se sont précisées. Cette tendance a été renforcée par les nouvelles positives sur le front des vaccins. L’amélioration des statistiques économiques au troisième trimestre et du positionnement des investisseurs a aidé même certaines des devises émergentes les plus durement touchées à rebondir au quatrième trimestre. Les devises émergentes ont été les principales victimes de l’ajustement nécessaire au début de la crise, mais ont eu tendance à se redresser au cours de l’année (se reporter au graphique ci-dessous).

Malgré la pandémie, l’année 2020 a été témoin de flux de capitaux étrangers record à destination des obligations chinoises en devise locale à la suite de l’entrée du pays dans des indices obligataires internationaux. Nous pensons que cette tendance est appelée à se poursuivre et qu’elle est susceptible de créer une nouvelle demande des investisseurs qui sera détournée des marchés développés et non d’autres marchés émergents.

Nous entrevoyons une poursuite de la dépréciation du dollar américain en 2021. Nous pensons que cela offrirait un coup de pouce aux devises émergentes et aux performances de la dette émergente en devise locale. Toutefois, tout fléchissement inattendu de l’économie mondiale entraînerait une modération de l’intérêt des investisseurs.

Thème 6. Le pétrole et les accords de l’OPEP

La Russie, les États du Golfe et d’autres pays exportateurs de pétrole émergents ont vu leurs économies être en proie à beaucoup d’incertitude et de volatilité suite à la lourde chute du prix du pétrole d’un pic de près de 69 dollars le baril au début de l’année à un point bas d’environ 20 dollars le baril. La reprise de l’activité économique, ainsi qu’une unité suffisante entre les membres de l’OPEP et de l’OPEP+ pour honorer les réductions de production prévues, ont permis au pétrole de se stabiliser à près de 50 dollars le baril. Les plans budgétaires pour 2020 ont dû être oubliés et remaniés dans la mesure où les besoins de dépenses liés à la pandémie ont augmenté alors même que les recettes tirées de l’or noir ont quant à elles chuté.

Les perspectives pour 2021 du prix du pétrole demeurent incertaines. Selon nous, elles seront fonction de la rapidité de la reprise mondiale, des tensions entre l’Occident et l’Iran et du succès du maintien de l’harmonie entre les membres de l’OPEP+.

Pour les pays exportateurs de pétrole qui ne disposent pas d’importantes réserves financières, les réformes à court terme seront essentielles afin de rétablir la viabilité des finances publiques. Beaucoup ne se sont jamais totalement adaptés à un prix du pétrole inférieur à 100 dollars le baril ou n’ont jamais progressé dans leurs plans de diversification de leur économie. C’est notamment le cas du sultanat d’Oman, du royaume de Bahreïn, du Nigeria, du Gabon et de l’Angola.

Pour les pays du Golfe qui disposent d’importants actifs financiers, le choix a été d’emprunter plutôt que de voir les actifs décroître trop rapidement. Ici, la réforme et la diversification sont tout aussi importantes, mais pas selon un calendrier aussi pressant. Depuis leur intégration, les États du Golfe ont connu une croissance rapide parmi les émetteurs en termes de taille et représentent désormais une part importante et grandissante des indices obligataires des marchés émergents. A en juger par les plans d’émission actuels, cette tendance devrait se poursuivre en 2021.

Thème 7. Les points chauds géopolitiques ont peu de chances de se refroidir

Si la politique étrangère américaine de l’ère Trump devrait être abandonnée, le paysage politique mondial a toutefois changé et il est peu probable que nous revenions à la politique à laquelle nous étions habitués sous la présidence Obama. Pour autant, un cadre politique plus éclairé par des experts est davantage prévisible que des réactions impulsives et des messages Twitter publiés tard dans la nuit. Des pays comme l’Arabie Saoudite, la Turquie et la Russie pourraient trouver la situation plus difficile, tandis que le Mexique et le multilatéralisme pourraient se voir offrir un nouvel élan. Si des changements de politique étrangère sont probables en 2021, nous pensons que certains prendront du temps à prendre forme et se concrétiseront plus tard durant le mandat de Joe Biden.

La géopolitique devrait jouer un rôle important sur les marchés émergents : certains vents contraires pourraient peser sur la classe d’actifs, tandis que certains vents de travers pourraient nécessiter une approche régionale ou nationale spécifique. Les relations sino-américaines devraient rester un thème central et il est peu probable que les tensions s’apaisent à mesure que la Chine gagne en importance et menace l’hégémonie mondiale des États-Unis. Dans le même temps, il conviendra de suivre la politique au Moyen-Orient, tout comme certaines élections, notamment au Pérou, au Chili et en Équateur.

Perspectives

Après une année 2020 difficile et imprévisible, nous attendons avec curiosité ce que 2021 nous réserve. Les rendements réels négatifs offerts par les trois quarts des obligations des marchés développés ne font que plaider encore un peu plus en faveur d’un investissement sur les marchés obligataires émergents.

Le segment des obligations «investment grade» des marchés émergents commence certes à apparaître moins intéressant du point de vue des valorisations, mais nous pensons que les spreads au sein du segment des obligations à haut rendement demeurent attractifs et les devises émergentes sous-évaluées.

 

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