L’Audio du 3 décembre 2019

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L’ISM et Trump

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la claque d’hier n’est même pas venu du Trade Deal. Même pas un Chinois qui aurait dit du mal des USA, même pas Trump qui aurait menacé de mettre fin aux discussions. Rien. Pas un mot là-dessus. Par contre, Trump n’aura pas été étranger à la baisse. Ce n’est pas QUE de sa faute, mais le fait de vouloir augmenter les tarifs sur les importations de métaux en provenance du Brésil et de l’Argentine n’a que moyennement fait plaisir aux traders. On a un peu l’impression que le Président – sous couvert de vouloir aider les paysans américains qui souffrent de la dévaluation monétaire dans les pays d’Amérique du Sud, essaie de faire du bruit pour que l’on parle d’autre chose que de sa destitution.

Trump veut également imposer une augmentation de 100% des taxes douanières sur 2.4 milliards de biens d’importation français – ceci incluant les sacs à mains, les rouges à lèvres, le champagne et le Roquefort, que des trucs I-N-D-I-S-P-E-N-S-A-B-L-E-S. Cette nouvelle attaque contre la France fait suite à la taxe digitale que les Français veulent mettre en place contre les « Big Techs » américaines. Et puis, comme ça ne peut pas tout être la faute du Président, il y a aussi eu l’ISM Manufacturing qui a été publié à 48.1 contre 49.2 attendu par les « experts en théorie économique ». Mais le problème n’est pas que sur le fait que les experts se sont gourés, non, ça on est plutôt habitué. Cela réside plus dans le fait que c’est le quatrième mois de suite de contraction sur l’ISM – ça fait 4 mois que le chiffre est en-dessous des 50 – ce qui veut dire que l’économie n’est plus autant en expansion que l’on aimerait.

Un clin d’œil à Jerome

Au-delà de la valse des tarifs douaniers, du trade deal et des cacas nerveux du Président Américain, le fait que l’économie se contracte du point de vue du ISM fait que la nouvelle pourrait rebondir en plein visage de Jerome Powell. Le patron de la FED s’est fait très discret depuis son récent témoignage devant le Congrès et son assurance comme quoi l’économie va bien un point c’est tout, pourrait être remise en question – d’ailleurs si le marché doit rebondir après cette journée pourrie, il pourrait bien le faire en se disant que si l’on veut relancer l’économie US et la sortir de sa zone de contraction – une nouvelle baisse des taux ne serait pas débile. On n’en parle pas encore, mais la psychologie complexe – pour ne pas dire con tout court – des marchés financiers, me laisse penser qu’il ne faudrait pas grand-chose de plus pour que l’on reparle de ça.

Peut-être faudra-t-il que l’on attende les chiffres de l’emploi de vendredi et si ces derniers sont moins bons que prévu, j’imagine que le compte Twitter du patron de la Maison Blanche va retentir bruyamment pour faire comprendre à Powell qu’il doit se bouger. Comme il le demande depuis un bon moment. Lui qui ne se trompe jamais sur l’économie. Comme il l’a expliqué encore ce week-end : « Depuis que J’AI MIS en place des tarifs douaniers contre la Chine, les USA ont encaissé des milliards et le marché est monté de 21% ».

Les Européens continuent d’en prendre plein la figure à la première occasion

Ce qui est fascinant dans la débâcle d’hier, c’est de voir le déroulement des évènements et surtout d’observer encore et encore qui est le plus impacté par les nouvelles économiques en provenance des USA. Non, parce que bêtement on pourrait imaginer que si ça ne va pas aux USA ; ça impacterait le marché US. Alors ça l’impact, oui, c’est sûr. Mais quand on regarde le compteur à la fin de la journée, on a le S&P qui perd un gros pour cent, mais en contrepartie, le DAX et le CAC se font défoncer comme si c’est eux qui allaient payer directement les conséquences d’un ralentissement économique quelconque aux USA – encore, les Français ont une excuse parce qu’on va leur taxer leur fromage et leur pinard, mais les Allemands ?

Enfin, peu importe, c’est un grand classique, les marchés européens n’ont jamais eu de vie propre à eux-mêmes. Ce ne sont que des amplificateurs de résonnance des marchés américains qui restent la référence. Et puis alors, comme d’habitude, ce qui est FABULEUX, c’est qu’à la première baisse après des semaines de records, on s’empresse de nous trouver un Hedge Fund Manager qui sait tout mieux que tout le monde et qui annonçait hier soir que le marché pourrait être divisé par deux si un « socialiste » était élu à la présidence l’an prochain. Bon. Suis pas complètement convaincu, nous on a des verts partout au gouvernement, et le SMI n’a pas encore été « divisé » par deux. À la limite quand on voit ce qui dirige Genève, on pourrait comprendre – mais bon, il n’y a pas de « bourse » à Genève, heureusement.

L’Asie ne bronche pas

Compte tenu de la claque d’hier, on aurait pu craindre le pire en Asie ce matin, mais étonnement, le marché tient plutôt bien. Le Japon recule de 0.6%, mais Hong Kong et la Chine s’en sortent pas mal avec des baisses que l’on qualifiera d’homéopathiques. La banque centrale australienne a laissé les taux inchangés, mais pas sûr que la nouvelle change la donne dans la région.

L’or et le pétrole ne bronchent pas depuis hier, les traders américains sont trop occupés à essayer de comprendre ce que peut bien être le Roquefort.

Nouvelles du jour

Dans les nouvelles du jour on retiendra que malgré une économie qui ralentit, la Suède s’apprête à remonter les taux – un pays avant-gardiste qui semble se rendre compte que les taux négatifs ne nous amènent que droit dans le mur à la fin. Aux USA, Trump a refusé l’entrée à ses meetings et autres conférences pour sa réélection aux reporters de chez Bloomberg – on voit le niveau auquel la campagne va se recentrer. Et puis Christine Lagarde est à peine arrivée à la BCE qu’elle doit déjà faire face à des collègues qui ne sont pas d’accord avec elle et appelle à trouver des solutions saines et pacifique pour pouvoir écouter tous les avis.

Il est intéressant de voir que l’économie européenne est exsangue et que la BCE pagaie à l’interne pour se mettre d’accord. On recommence à parler BREXIT, puisque les élections sont dans 9 jours, mais pour être franc, je n’ai plus envie de lire les articles qui sont liés à ça, alors pour l’instant je vous laisse vous plonger dans le sujet. Mais pour info, j’étais à Manchester la semaine dernière et j’ai parlé avec pas mal de gens qui vivent, qui travaillent et qui votent en Angleterre et le feed-back global c’est : « on n’y comprend plus rien ».

Publications du jour

Pour les publications du jour, il y aura deux choses qui vont… ou plutôt qui pourrait retenir notre attention si on a VRAIMENT envie d’être concentré, c’est le CPI en Suisse – à noter qu’il y a peut-être 12 personnes qui s’y intéressent dans le monde (et je ne les connais pas) et puis autrement il y aura le chômage en Espagne. Pour le reste, on reporte le tout à demain, voir à vendredi. Pour le moment les futures sont en hausse de 0.2% et nous ne sommes pas encore en mode panique et comme disait un type bullish qui avait droit à un tout petit article en-dessous du gros article du Hedge Fund Manager qui dit que le marché va être divisé par deux en 2020 : « la baisse d’hier est un cadeau de Noël ».

C’est peut-être un cadeau, mais la tendance haussière mise en place depuis trois semaines est cassée. Dans l’attente du Krach qui arrive inévitablement et inexorablement, avec tous ces gens qui savent, je vous souhaite une excellente journée quand même !

Thomas Veillet

Investir.ch

“I tried being reasonable, but I didn’t like it.”

― Clint Eastwood

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