L’Audio du 16 septembre 2022

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The GOAT

Au moins, en ce qui concerne Federer, on pourra se souvenir qu’il a été le plus grand joueur de tennis de tous les temps, ce qui est loin d’être le cas en ce qui concerne les marchés. Hier la plupart des indices mondiaux ont terminé au bord du gouffre et ce matin, force est de constater que l’on se demande bien ce qui pourrait les empêcher de continuer leur inexorable marche en avant. À l’heure actuelle, les intervenants sont en train de chercher la moindre nouvelle qui pourrait pousser la FED à ne PAS monter les taux mercredi prochain – ou, tout au moins se montrer moins agressive dans ce processus. Chose qui semble plus proche de Mission Impossible que d’autre chose, puisque Powell ne cesse de marteler depuis des semaines qu’il ne changera pas son fusil d’épaule tant que l’inflation ne rendra pas les armes.

Mais malgré le positionnement résolument « hawkish » des banquiers centraux au travers de la planète, il semblerait que le monde merveilleux de la finance refuse de rendre les armes et s’entête dans un positionnement résolument optimiste. Ou en tous les cas recherche toute nouvelle qui pourrait laisser espérer une hausse des taux moins brutale dans un avenir proche. Sauf que, force est de constater, les nouvelles économiques qui nous parviennent toutes les cinq minutes, continuent de pointer en direction du fait que la FED n’aura pas d’autre choix que de continuer sa marche en avant.

Trouver un job, c’est trop facile

Les chiffres économiques publiés n’ont donc pas fourni d’arguments, ni d’espoir contre le scénario attendu d’une hausse des taux pour la semaine prochaine. Du côté des Jobless Claims, Les inscriptions au chômage ont diminué la semaine dernière, confirmant la niak du marché du travail. Et pire, même pour ceux qui se font licencier, cela paraît tellement simple de retrouver du travail que cela fait peur aux plus optimistes. Les ventes au détail – quant à a elles – ont enregistré une hausse inattendue en août. Et ça ne s’arrête pas là, l’Empire Manufacturing Index a reculé moins que prévu également. Il y a bien le « Philly Fed » qui a reculé, mais c’est clairement insuffisant pour espérer un signe amical de la FED, d’autant que même si la production industrielle a diminué de 0,2% en août, la production manufacturière, elle, a augmenté de 0,1%.

Il n’y avait donc rien qui laissait espérer que la FED puisse redevenir notre amie avant que l’on casse les supports du S&P500. Supports qui semblent être encore les seuls à pouvoir nous donner un peu d’espoir – même si cela se complique jour après jour. Hier soir le S&P500 s’est arrêté juste là où il devait – les 3’900 sont donc le dernier rempart qui pourraient encore nous permettre d’espérer. Le problème que nous aurons dorénavant à gérer – au-delà de celui de la retraite de Roger Federer – c’est le fait que toutes les bonnes nouvelles économiques sont en train de devenir UN PROBLÈME. En effet, à l’heure actuelle, nous avons de plus en plus l’impression que les BONNES NOUVELLES économiques sont mauvaises parce qu’elles poussent la FED à continuer sa hausse des taux et que les MAUVAISES NOUVELLES, sont des mauvaises nouvelles encore pires qu’elles ne l’auraient été si Roger FEDERER n’avait pas pris sa retraite.

Au bord du gouffre

Nous terminons donc la séance dans une position plus que délicate, un peu comme si on avait passé la soirée dans un bar à bières avec une équipe de belges complètements déjantés et qu’en sortant du même bar, tu te rendais compte qu’il fallait encore écrire une chronique et tourner deux vidéos avant de partir en week-end et qu’il ne te restait que trois heures avant le réveil. Le S&P500 est donc posé sur les 3’900 et il va falloir envisager un miracle pour que l’on ne termine pas la semaine avec une gueule de bois dont on se souviendra. À l’heure actuelle, les futures sont déjà clairement dans le rouge et ça ne donne pas envie de voir l’ouverture de cette après-midi.

J’adorerais avoir un esprit « bullish » et optimiste pour l’avenir, mais là je dois dire que ça n’augure rien de bon. Je devrais d’ailleurs peut-être tourner complètement du côté obscur de la force, puisqu’à chaque fois que je rends les armes et que je passe dans le camp des bears, c’est en général cet instant très précis que le marché choisit pour tourner la veste et repartir à la hausse. J’envisage donc de me sacrifier et d’envisager le pire, mais purement dans le but de soutenir les bourses mondiales par le fait que par moment je suis un indicateur contrariant. Quoi qu’il en soit, les perspectives à court terme ne sont pas spécialement encourageantes, même si l’économie continue de performer correctement malgré les coups de boutoir de la FED du côté des taux. On craint le pire pour le jour où l’économie montrera des signes de faiblesse et que l’inflation refusera toujours de baisser.

Les taux de plus en plus admissibles à 5%

Et puis, au-delà de l’économie, on notera aussi que les marchés sont en train d’envisager le pire au niveau des taux, puisque si l’on se base sur le rendement du 2 ans, il semble clair que l’on n’envisage PAS un coup de frein de Powell dans les semaines qui viennent. Hier le rendement des bons du trésor à deux ans s’est arrêté à quelques encablure des 4% et certains analystes n’hésitent même plus à parler des FED FUNDS à 5% pour la fin de l’année. Chose qui aurait été impensable il y a encore 3 mois.

Ce matin La production industrielle et les ventes de détail en Chine ont augmenté plus que prévu en août, indiquant une certaine reprise de l’économie malgré les vents contraires des nouvelles restrictions liées au COVID. Sur le fond et sans se prendre la tête sur l’aspect psychologiques des bourses mondiales, cela aurait dû être une bonne nouvelle. Sauf que du coup, comme tout ce qui est bon, ne l’est pas, parce que tout ce qui est bon, pousse en direction d’une hausse des taux, à l’heure actuelle l’ensemble des indices asiatiques sont dans le rouge. Hong Kong ne perd « que » 0.4%, mais la Chine et le Japon abandonnent tous deux près de 1%. Pour le reste, on notera que le baril est de retour sur les 85$ et que l’or a définitivement cassé les 1700$ puisque ce dernier se traite à 1672$ – tu parles d’un hedge contre l’inflation. Côté cryptos, le Bitcoin se traite à 19’800$. Mais c’est du côté de l’Ether que ça rigole un peu moins, puisque ce dernier a fini son « merger » hier, en passant de « proof of work » à « proof of stake » – oui, moins non plus je ne sais pas ce que ça veut dire, mais ça fait toujours bien de le placer dans les soirées mondaines – toujours est-il que l’Ether s’est pris pas loin de 10% dans les dents pour fêter ça et se traite autour des 1475$.

Nouvelles du jour

Dans les nouvelles du jour – au-delà de la retraite de Federer – il faudra tout de même noter qu’Adobe a annoncé le rachat de Figma pour 20 milliards et qu’en plus, ils ont annoncé des chiffres trimestriels en-dessous des attentes. Le titre s’est pris plus de 15% dans les dents hier soir et j’en suis à espérer qu’Adobe Première Pro fonctionne encore ce matin. Pour le reste, il faudra aussi retenir que le CEO de FEDEX pense que le monde va entrer en récession et que lorsque l’on sait que FEDEX est un indicateur avancé de l’économie, ça n’augure rien de bon.

Autant vous dire que vu l’ambiance de ce matin et vu le niveau où se trouvent les indices, je crois que je ne vais pas en rajouter, mais en plus les futures sont largement en baisse et cela ne laisse rien présager de bon. Il ne manquerait plus que l’on termine la semaine en-dessous des 3’900, ce qui ouvrirait la porte pour un retour sur les bas du mois de juin. Tout cela sans mentionner le fait que la FED va monter les taux la semaine prochaine.

Et en plus Federer est à la retraite. C’est vraiment un mois pourri et il n’est même pas terminé. En ce qui me concerne, je m’en vais vous souhaiter une excellente journée quand même, un très bon week-end et je vous retrouve lundi matin, puisqu’apparemment, cette fois ça sera bien le Jeûne Fédéral, mais que moi je n’y ai pas droit parce que je suis à Genève.

À lundi !

Thomas Veillet
Investir.ch

“I don’t have dreams, I have goals.”

-Harvey Specter.

L’article Roger est parti, mais les marchés fonctionnent encore, aussi fou que cela puisse paraître est apparu en premier sur investir.ch.