Par Enguerrand Artaz, fund manager et Olivier de Berranger, CIO

 

Enguerrand Artaz - LFDEEnguerrand Artaz, Fund Manager

Phénomène appelé à se résorber de lui-même ou nécessitant une action forte des banques centrales? Même si les publications successives pointent toujours plus vers une inflation persistante, le débat sur les prix continue de faire rage entre les acteurs de marché. En revanche, la dynamique de la demande et, à travers elle, les perspectives de croissance, suscitent moins de controverse. Il faut dire que tant du côté micro que du côté macroéconomique, les derniers chiffres ont de quoi impressionner.

Aux Etats-Unis, dans la lignée de très bons chiffres de PMI publiés au début du mois, notamment d’un ISM services ayant atteint son record historique, les enquêtes d’activité manufacturière des Réserves fédérales de New York et Philadelphie ont largement dépassé les attentes du consensus. La composante «nouvelles commandes», qui traduit la demande, a connu dans la région de Philadelphie son plus haut niveau depuis mars 1973! Sans atteindre des niveaux aussi forts, les ventes au détail pour le mois d’octobre n’en ont pas moins surpris à la hausse aux Etats-Unis, avec en particulier une accélération des ventes en ligne, ainsi qu’en Chine. A souligner également, les excellents résultats de NVIDIA au 3e trimestre, attestant que la demande pour les semiconducteurs est bien loin de se tarir.

Olivier de BerrangerOlivier de Berranger, CIO

Cet appétit de consommation est-il à même de se poursuivre? Quelques zones de fragilité sont à surveiller. Le consommateur chinois, prépondérant dans la demande mondiale, limiterait sans doute ses dépenses si une crise immobilière, dont l’hypothèse a fait surface suite aux déboires d’Evergrande, devait se matérialiser. Aux Etats-Unis, dans l’enquête sur la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan, les sondés se montrent prudents sur les achats de biens durables, en raison de prix jugés trop élevés. La poursuite de la hausse des prix à la consommation pourrait limiter dans les prochains mois les dépenses sur ce type de biens. Enfin, on ne peut exclure que la hausse récente des cas de Covid dans certains pays et les mesures prises par quelques-uns – l’Autriche par exemple, qui se confine – puissent avoir un impact négatif sur la consommation.

Plusieurs éléments maintiennent néanmoins les perspectives de consommation à des niveaux très élevés. D’abord, les taux d’épargne des ménages restent importants, en particulier en zone euro où ils dépassent généreusement la moyenne historique. Alliés à un optimisme notable, que mesurent les enquêtes sur la confiance des consommateurs, cela constitue un important réservoir pour de futures dépenses. Ensuite, la saisonnalité va être favorable, à l’approche des fêtes de fin d’année et des grandes opérations promotionnelles telles que le Black Friday. Enfin, il n’y a pas encore de rotation des dépenses de consommation des biens, qui demeurent très fortes. Si ces dernières s’orientaient vers les services, cela pourrait constituer un premier signal de normalisation de la demande.

Ainsi, dans le déséquilibre entre l’offre et la demande, cause fondamentale des tensions inflationnistes actuelles, il n’y a sans doute guère à attendre, à court terme, d’une modération de la demande. C’est davantage dans la capacité de l’offre à s’ajuster qu’il faut placer ses espoirs. Pour l’heure, néanmoins, les signes de normalisation des goulots d’étranglement sur les chaînes d’approvisionnement mondiales restent ténus.

 

Rédaction achevée le 19.11.2021

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