Retour sur les élections municipales et communales au Bénin : l’Union progressiste et le Bloc républicain, les deux partis du chef de l’État, Patrice Talon, ont raflé 77% des sièges en jeu. Le taux de participation s’établit à 49,14%. C’est ce qui ressort des résultats encore provisoires que la Commission électorale a publié dans la nuit de mercredi à jeudi. Les principaux partis d’opposition, qui n’ont pas rempli les conditions fixées par la loi, ne participaient pas à ces élections. Expédit Ologou est politologue, président du CIAAF, un centre de recherche sur la gouvernance ; il répond aux questions de Carine Frenk.

RFI : Comment analysez-vous ce taux officiel de participation de 49 % ?

 

Expédit Ologou : Disons que c’est un taux de participation relativement satisfaisant en raison de la crise du Covid-19, en raison des suites de la crise électorale en 2019. Beaucoup d’observateurs se disaient que le taux serait un peu plus faible.

 

Il y a cependant de fortes disparités.

Oui, les disparités s’observent selon qu'on soit en ville ou à la campagne dans les zones urbaines comme dans la capitale économique Cotonou, la participation est relativement faible la plate-forme électorale parle de 20 à 22 %, alors même que dans les zones rurales elle est nettement plus importante parfois dépassant les 60 % voire les 65 %. C’est la preuve que dans les zones rurales, les populations souhaitent être un peu plus proches de leurs élus au niveau local, alors qu’en ville les citoyens ont préféré rester à la maison d'une part en raison de la crise du Covid-19, et d’autre part en raison peut-être du désintérêt qui aurait pu naître au lendemain des élections législatives de 2019.

 

Vous parlez de désintérêt, mais est-ce simplement cela ?

 

Oui, il y a du désintérêt, de la déception, mais il y a aussi pour certains l’envie de ne pas cautionner des élections qui vont aider juste à faire l’élection présidentielle dont les dés seraient déjà pipés, pour certains en tout cas. Disons que beaucoup de citoyens en zone urbaine n’ont pas encore pu guérir de la crise politique de 2019.

 

Quelles sont les conséquences pour les partis de l’opposition ? Ne risquent-ils pas d’être exclus de la présidentielle de 2021 ?

 

Oui, le code électoral prévoit que pour avoir un candidat à la présidentielle il faut 16 parrainages venant de députés et/ou de maires. Or, l'opposition est absente à l’Assemblée nationale, le seul parti de l’opposition considéré comme tel qui se trouve aux communales n’a pas, en tout cas au regard des résultats, 16 mairies en sa disposition, donc théoriquement il est difficile pour un parti d’opposition de présenter un candidat à la présidentielle de 2021. Sauf, après une mobilisation ou transaction politique. Au fond la présidentielle de 2021 a eu lieu à l’occasion de ces communales.

 

Est-ce que la FCBE, l’ancien parti de l'ex-président Boni Yayi, est encore considérée comme une force d'opposition ?

 

C’est un grand débat. Le président d’honneur des Forces Cauris pour un Bénin émergent a fait une sortie expliquant que le parti sera éliminé par le régime au pouvoir, le régime en place. Il y a eu une série de démissions d’un certain nombre d’acteurs importants du parti de telle sorte que pour beaucoup d’observateurs aujourd’hui, le FCBE c’est un parti chauve-souris mi-opposition mi-majorité et donc il est difficile d’affirmer que c’est totalement un parti de l’opposition.

 

Alors, les leaders de l’opposition étaient sortis renforcés des législatives, ne risque-t-il pas d’être isolés cette fois-ci ? Le chef de l’État déroule son agenda finalement...

 

C'est ce que l’on peut observer et l’opposition semble un peu perdu n'ayant pas de ressort ou de figure emblématique qui continue la mobilisation comme ce fut le cas au lendemain des législatives, donc c’est effritement où cette fatigue peut-être apparente des leaders de l’opposition fragilise l’opposition en général et la met dans une situation un peu délicate, de telle sorte effectivement que si les choses en restaient en l’état il est évident que le chef d'État semble avoir devant lui le boulevard pour la présidentielle, tout semble fait pour des élections déjà jouées en 2021.

 

Comment caractérisez-vous le climat politique qui prévaut au Bénin après ces élections ?

 

C’est un climat qui est entre une paix qui vient d'être trouvée et une crainte d'une démocratie qui va être perdue. Le Bénin était habitué à des élections assez libres à des candidatures à la fois venant des partis politiques des candidats indépendants avec une sorte de fête électorale, de fête démocratique. Mais la crise électorale née des législatives de 2019 a quelque peu rangé cette fête démocratique au placard.

Et les efforts de sortie de crise ont abouti à la révision de la constitution qui est considérée comme un tabou au Bénin une révision qui est non consensuelle pour beaucoup d’acteurs et cela aggrave aussi les relations politiques. Et puis les résultats de ses communales aussi aboutissent à une sorte d’exclusion d'un certain nombre de partis et donc on a l’impression qu'on est en train de faire un bond en arrière, un bond en 1990 où seuls ont la possibilité de faire de la concurrence électorale ceux qui sont dans les parties autorisés par le régime au pouvoir. On est dans une période qui questionne beaucoup la qualité de la démocratie au Bénin maintenant.