« Les mesures barrières sauvent », c’est ce qu’a écrit Alpha Barry, le ministre des Affaires étrangères burkinabè sur sa page Twitter, quand il a appris qu’il était guéri. Alpha Barry avait été déclaré positif au Covid-19 le 20 mars. C’est l’un des premiers à avoir contracté le virus en Afrique subsaharienne.

RFI : Aujourd’hui, vous êtes guéri et vous avez même terminé votre période de confinement. Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

Alpha Barry : Le plus difficile pour moi a été la maladie elle-même, parce que je l’ai vécue à travers une forte fièvre, des maux de tête. À ce niveau, il n’y a pas de différence réellement avec le palu. Mais la différence chez moi se situait au niveau de la toux qui m’a vraiment fatigué, mais aussi à travers pendant quelques jours où je n’avais pas de goût du tout. Tout ce qu’on me présentait à manger et je rejetais tout.

Est-ce que vous avez eu des problèmes respiratoires ?

Je dois dire que je n’ai pas souffert de problèmes respiratoires. Donc, à ce niveau, je peux dire que j’ai eu un peu de la chance quand même. Je suis resté chez moi. Je me suis soigné depuis mon lieu de confinement. Donc, physiquement, oui on peut dire que cela a été dur, cela a été une épreuve, mais pas au point que moi-même je puisse m’inquiéter véritablement. Bien entendu, l’inquiétude, c’était surtout de la part de mes proches. J’ai une mère paysanne à la retraite qui ne sait pas lire ni écrire, et j’ai été obligé d’organiser un appel vidéo avec elle pour la rassurer, parce qu'évidemment elle voit les images à la télévision tous les jours. C’est une maladie qui fait beaucoup peur et à juste titre.

Vous souvenez-vous du moment où vous avez appris que vous étiez infecté ?

Oui. J’avais ressenti les symptômes très fort un mercredi soir. Donc, j’ai appelé le numéro vert et le lendemain, ils sont venus procéder aux prélèvements. Et c’est le vendredi en début de soirée que j’ai été appelé par un médecin qui m’a annoncé que mon test était positif. À ce moment-là, j’avoue,  mes pensées sont parties vers tous mes proches, c’est-à-dire ma famille, mes collaborateurs. Je me suis dit : si j’ai ça, qu’est-ce que tout ce monde-là risque par ma faute. C’était ça l’angoisse pour moi, la hantise jusqu’à ma guérison. Tout de suite, j’ai pris mon téléphone, j’ai commencé à noter toutes les rencontres, toutes les personnes avec qui j’avais été en contact pour leur dire de commencer le confinement. Et au fur et à mesure, j’ai essayé de tout faire, la même nuit, de ne pas oublier une seule personne pour ne pas que, cette personne, si elle est infectée, qu’elle puisse encore contaminer d’autres personnes.

Et aucun de vos proches n’a été malade ?

Aucun d’eux n’a été malade. Bon, cela a marché. Mais je dois dire que ma chance aussi, c’est que dix jours avant, dès le lendemain des premiers cas annoncés au Burkina, j’avais pris toutes les mesures barrières. À chaque réunion, on observait une distance de deux mètres entre nous. Tous ceux qui rentraient dans mon bureau devaient se frotter les mains avec du gel. Et j’étais très strict avec tous mes collaborateurs, à tel point que certains me prenaient pour un paranoïaque. Mais à la fin, ils étaient tous contents parce que ce sont des mesures qui les ont sauvés.

Y a-t-il des mesures particulières à la présidence pour protéger le chef de l’État ?

Oui. Ce que je peux vous dire, aujourd’hui, la formule du Conseil des ministres a été revue. On a réorganisé une autre salle où il y a une distance raisonnable entre chacun des ministres. Et chacun des ministres aussi porte le masque pendant le Conseil des ministres, y compris le chef de l’État et le Premier ministre. Donc, il y a des mesures strictes qui sont prises et c’est dans tous les ministères.

Et justement, comment le gouvernement fait-il face à la pandémie ? Les services sanitaires manquent de lits en réanimation, de respirateurs, même de matériels de protection…

Oui. [Dans] la plupart des pays africains, nous avons un système sanitaire qui a beaucoup de difficultés. Nous avons des problèmes de respirateurs, ça c’est réel. Le pays est presqu'à l’arrêt. On avait fermé les marchés, on a dû les rouvrir. Les villes sont en quarantaine. Tout cela joue énormément sur l’économie. Le taux de croissance est divisé par trois. Et il ne faut pas oublier aussi que, à la crise sécuritaire se greffe aussi la crise humanitaire sans précédent qu’on connaît avec plus de 800 000 déplacés internes. Et tout cela, c’est énorme. C’est peut-être inédit cette crise, mais nous n’allons pas baisser les bras. Le plus important, c’est d’arriver donc à soutenir l’offre de soins de santé, assurer la relance économique du pays et puis garantir la soutenabilité budgétaire, surtout pour atténuer les effets de cette pandémie sur le quotidien des Burkinabè. 

► Selon les derniers chiffres officiels publiés hier soir, au total 581 cas ont été confirmés au Burkina Faso. Trente-huit décès et trois cent cinquante-sept guérisons.