Son acquittement a été confirmé par la Cour pénale internationale fin mars dernier, en même temps que celui de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Charles Blé Goudé, qui se trouve toujours aux Pays-Bas, attend désormais de pouvoir rentrer en Côte d'Ivoire. Quelles formalités lui reste-t-il à accomplir avant son retour ? Quel regard porte le fondateur du parti COJEP sur les derniers événements de la scène politique ivoirienne ? Charles Blé Goudé est notre invité ce matin.

RFI : Plus de quatre mois après avoir été acquitté par la CPI, vous vous trouvez toujours aux Pays-Bas, quand pensez-vous rentrer en Côte d’Ivoire ?

Charles Blé Goudé: Malheureusement, cela ne dépend pas de moi. Cela dépend entièrement du président de la République de Côte d’Ivoire, et j’attends mon tour, puisque mon codétenu est rentré.

Vous attendez votre tour, qu’attendez-vous précisément pour pouvoir rentrer ?

J’attends d’abord que mon passeport me soit délivré. J’ai été enrôlé le 16 juillet dernier, mais j’attends aussi d’arrêter une date de retour avec les autorités ivoiriennes, parce que sans leur accord, je ne peux pas rentrer en Côte d’Ivoire.

Avez-vous déjà engagé des discussions avec les autorités ivoiriennes ?

La cour est en contact avec les autorités ivoiriennes. Mon parti est en contact avec les autorités ivoiriennes, et nous attendons. Pour un dossier d’une telle envergure, point n’est besoin de faire beaucoup de bruit. Cela se prépare dans le silence et sans bruit.

Est-ce qu’une date vous a été donnée, une échéance pour recevoir votre passeport ?

Non, mais la plupart des citoyens ivoiriens qui ont déjà fait cette requête me font savoir qu’elle dure un mois, un mois et demi, donc je pense que nous sommes pour le moment dans les délais.

Vous avez été condamné en Côte d’Ivoire à 20 ans de prison pour des faits commis lors de la crise post-électorale ivoirienne. Ne craignez-vous pas de devoir purger cette peine une fois de retour ?

Beaucoup de leaders pro Gbagbo, y compris Laurent Gbagbo lui-même ont été condamnés à 20 ans d’emprisonnement et sont en ce moment de retour en Côte d’Ivoire et vaquent à leurs occupations. Je ne sais pas pourquoi pour moi, il devrait en être autrement. Je compte sur la magnanimité du président de la République, pour que le même geste soit fait en ma faveur.

Une fois rentré en Côte d’Ivoire, que prévoyez-vous de faire ?

Les Ivoiriens, au nom de qui tous les leaders parlent, ont besoin aujourd’hui d’une seule chose, c’est la paix. Quand je rentrerai en Côte d’Ivoire d’où je suis sorti sous fond de crise, je veux servir d’instrument de paix pour pouvoir ajouter ma pierre à l’édifice de la réconciliation qui est déjà en cours. Pour le moment, c’est le seul projet que j’ai. Ensuite, le reste, on verra.

Laurent Gbagbo est rentré en Côte d’Ivoire en juin, est-ce que vous avez échangé, est-ce que vous avez été en contact avec lui depuis qu’il est rentré ?

Avant qu’il prenne son avion, oui, et quand il est arrivé, il m’a appelé pour me dire qu’il était bien arrivé.

Depuis son arrivée à Abidjan, il n’a pas prononcé votre nom, il ne vous a pas évoqué publiquement, vos relations sont-elles toujours bonnes ?

En tout cas, en ce qui me concerne, je pense qu’il n’y a pas de nuages dans les relations entre Laurent Gbagbo et moi. Et si jamais il y en avait, ce n’est pas dans les micros qu’on règle les problèmes avec son mentor. Je ne crois pas qu’il y ait de problème. Pour le reste, je laisse chacun faire ses interprétations. Et l’interprétation de chacun l’engage.

Que pensez-vous de la décision de Laurent Gbagbo de créer un nouveau parti politique et d’abandonner le FPI ?

Le président Laurent Gbagbo a suffisamment expliqué les raisons pour lesquelles il a pris une telle décision. Je ne voudrais pas faire de commentaire outre mesure. Je respecte sa décision et je me rends compte que le paysage politique en Côte d’Ivoire est en pleine mutation, et c’est tant mieux pour la démocratie.

Laurent Gbagbo a annoncé la création d’un nouveau parti. Allez-vous intégrer ce nouveau parti ?

Tous les leaders des partis politiques proches de Laurent Gbagbo sont en Côte d’Ivoire, sauf moi. Quand je serai de retour dans mon pays, que je me serai imprégné des réalités, que j’aurai soumis la question à mes collaborateurs, et que nous l’aurons soumise aux instances du COJEP, nous rendrons publique notre décision. Et ce n’est pas la décision de Charles Blé Goudé, ce sera la décision concertée de tout le COJEP.

On entend régulièrement parler de renouvellement des générations, de renouvellement de la classe politique en Côte d’Ivoire, est-ce que vous considérez que vous-même faites partie de cette nouvelle génération ?

J’ai été leader étudiant, j’ai créé un mouvement qui est devenu finalement le COJEP, et ma génération aspire un jour à diriger la Côte d’Ivoire, nous n’avons pas encore exercé des fonctions politiques en tant que telles. Je fais partie de cette génération qui n’a pas encore dirigé la Côte d’Ivoire. Si on peut appeler ça nouvelle génération, oui, j’en fait partie.

La prochaine présidentielle est en 2025, avoir pour projet comme vous dites de gérer la Côte d’Ivoire dès 2025 c’est envisageable pour vous ?

Nous sommes en 2021, et je suis encore ici à La Haye, alors que tous les leaders proches du président Laurent Gbagbo sont en Côte d’ivoire. Quand je serai retourné dans mon pays, que je me serai imprégné des réalités politiques, que j’aurai discuté avec les instances de mon parti, tout le reste est possible.

Que ce soit 2025 ou de prochaines échéances, votre objectif est-il de vous présenter comme candidat à la présidentielle en Côte d’Ivoire ?

J’ai dit que je me présenterai un jour à la présidence de la République de Côte d’Ivoire, je ne suis pas dans le fétichisme de date. Pour réclamer l’aile du poulet, il faut être au moins là où on le découpe. Attendez que je sois là où on découpe le poulet, et je réclamerai l’aile. Pour l’instant, je suis en train de m’employer comme je peux à pouvoir rentrer dans mon pays.