Plusieurs semaines de négociations à Glasgow, en Écosse, ont amené à un compromis, avec quelques avancées sur la question climatique. Mais les principales revendications portées par les pays les plus touchés par le réchauffement n'ont pas abouti. François Mazet fait le bilan avec le Malien Seyni Nafo, porte-parole des négociateurs des pays africains.

RFI: Que pensez-vous de cet accord de Glasgow ? 

Seyni Nafo : Pour le groupe des négociateurs africains, le bilan est plutôt satisfaisant sur trois points. Premièrement, la trajectoire des émissions. Nous étions sur une trajectoire de 2,7 degrés en termes de hausse de la température à l’horizon 2100. Nous avons eu des contributions importantes de la Russie, de la Turquie, de l’Inde et même du Nigeria. Cela a fait fléchir la tendance : nous sommes à 2,3 à 1,8 degrés Celsius. Sur l’adaptation, le fond d’adaptation qui aujourd’hui finance les actions urgentes et qui demandait 100 millions de dollars, on a eu 350. Sur les pertes et préjudices, c’est vrai, nous voulions un mécanisme de financement. Nous avons eu une facilité d’assistance technique. Donc, pour nous, de manière réaliste et pragmatique, quand on fait le point, le bilan est plutôt satisfaisant. 

Vous soulignez les avancées, mais nombre de participants de la société civile ou des politiques, eux se montrent beaucoup plus frustrés. Est-ce que vous les comprenez ? 

Totalement. Je comprends cette frustration parce que les impacts se font sentir au quotidien, et ils sont multiples, ils sont importants et ils s’intensifient. Donc, je comprends cette frustration au niveau politique, au niveau de la société civile.

Parmi les priorités pour les pays africains, il y avait la question des financements. Mais, il n’y a pas de progrès sur ce sujet. Les 100 milliards de dollars annuels ne sont pas là. Pourquoi ? 

Très simplement, ils ne sont pas là parce que les États-Unis se sont retirés en 2016. Les États-Unis représentent un tiers du financement climat. Sur les 100 milliards, on attend des États-Unis à peu près 30 milliards. Mais on est à 11,4 milliards. Donc, les États-Unis reviennent de très loin. On n’est pas aux 100 milliards tout simplement, parce qu’on est exactement à 79,4 selon l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]. Donc, il faut remplir ce fossé le plus rapidement possible et les États-Unis ont les moyens. Le plan de relance de [Joe] Biden sur les infrastructures est de 1 500 milliards. Donc, 20 milliards, ce n’est pas un montant qui n'est pas à la portée des États-Unis.

Vous avez évoqué le mécanisme dit des « pertes et préjudices » pour compenser les dommages déjà causés ou irrémédiables. Mais, là non plus, vous n’avez pas été entendu ? 

Effectivement. Nous n’avons pas eu un mécanisme financier. Nous avons eu par contre deux résultats : une facilité d’assistance technique pour renforcer les capacités institutionnelles, pour préparer les interventions programmées prochainement ; et nous allons avoir un processus, technique maintenant, qui va regarder véritablement, identifier les besoins, et ensuite réfléchir à la prise en compte de ces besoins qui pourraient être maintenant adressés au Fonds vert pour le climat, aux banques multilatérales, aux institutions de développement, voire même au Fonds monétaire international qui commence maintenant à réfléchir à l’intégration du climat dans ses programmes. Donc, nous n’avons pas eu le mécanisme, mais nous avons un certain nombre de résultats assez importants. Les COP sont des processus itératifs si vous voulez. Donc, il faut savoir planifier ses efforts à court, moyen et long terme.

La prochaine conférence aura lieu l’an prochain en Égypte. Qu’elles vont être vos priorités, vos ambitions pour ce nouveau cycle de tractations qui va s’ouvrir ? 

Certainement, continuer le travail qui a été amorcé sur l’ambition. Puisque nous allons arriver à Charm el-Cheikh avec de nouvelles contributions, de nouveaux programmes, de nouveaux plans, que cette courbe fléchisse encore plus et que peut-être que cette fois-ci, enfin, on soit entre 1,8 et 1,5 degrés, minimum. Le deuxième point, c’est l’action, parce que tout cela, ce sont des annonces. Il faut véritablement qu’on puisse avancer sur tous ces sujets-là, sur l’adaptation. Et quand je dis adaptation, maintenant sur le terrain, qu’on puisse avancer sur l’agriculture durable, l’agriculture résiliente au changement climatique, la gestion durable des eaux. Sur la question de la transition énergétique, faire rentrer l’Afrique dans l’économie de l’hydrogène pour transformer son économie, transformer les industries notamment dans le cadre de la Zleca [Zone de libre-échange continentale africaine] également. Et dernier point, les 100 milliards. Il faudrait qu’en arrivant à Charm el-Cheikh, les 100 milliards soient derrière nous et qu’on passe au vrai montant qui se chiffre dans des milliers de milliards, mais vraiment dans un esprit de coopération, un esprit d’investissement, pas simplement de la solidarité internationale et de l’aide.