Huang Xia, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU dans l’Afrique des Grands Lacs est l'invité de RFI. Alors qu’il est intervenu la semaine dernière devant le Conseil de sécurité de l’ONU pour faire le point sur la situation dans la région, le diplomate chinois revient sur les points chauds du moment. Le processus électoral burundais, l’insécurité dans l’est du Congo ou les relations parfois tendues entre les États de la région.

RFI : Au Burundi, la campagne électorale vient de commencer. Des organisations de défense des droits de l’homme dénoncent le fait qu’il n’y a pas de liberté de la presse, pas de liberté de se réunir. Est-ce qu’on peut avoir une campagne crédible dans ces conditions ?

Huang Xia : Ce que nous espérons, c’est un cycle électoral, crédible et impartial sans trop d’interférences. En décembre 2019, 28 partis politiques et les autorités ont adopté un code de conduite. Nous appelons tous les acteurs à respecter cette initiative essentielle pour une vie démocratique plus dynamique.

Seule la communauté d’Afrique de l’Est va envoyer une équipe sur place. Est-ce que l’ONU va également suivre et éventuellement envoyer des gens sur le terrain ?

Nous suivons de près. Il y a un bureau des Nations unies. Il y a la coordonnateur résident.

Cela veut dire pas d’envoi d’une équipe spéciale venant de l’extérieur ?

Nous sommes toujours à la disposition des autorités burundaises. Ce sont les autorités burundaises qui montent toutes ces opérations.

Le Burundi et le Rwanda s’accusent mutuellement de soutenir des rebelles. Est-ce que cette situation pourrait dégénérer ?

La Conférence sur la région des Grands Lacs a un mécanisme très efficace de vérification. Il faut demander à tous ces mécanismes de jouer pleinement leur rôle pour vérifier sur le terrain et pour nous montrer la vérité.

Une enquête de RFI pointe la présence d’armées étrangères, et notamment rwandaise, dans l’est du Congo. Ce sont des faits qui ont été corroborés par Human Rights Watch, par le groupe de contact sur le Congo et même par le groupe d’experts de l’ONU. Même si le président rwandais Paul Kagame vient encore de le démentir, est-ce que vous confirmez la présence des forces rwandaises dans l’est de la RDC ?

Vous avez raison d’affirmer ce point. Et les autorités congolaises et les autorités rwandaises ont démenti. Le plus important, c’est que la RDC coopère avec les pays de la région dans la lutte contre les groupes armés, car le problème a une dimension régionale. Il est également important que cette coopération se fasse dans un cadre bien défini entre les Etats eux-mêmes afin d’éviter des malentendus. Par ailleurs, cette coopération sécuritaire devrait aussi intégrer des mesures non militaires, et doit intégrer les acteurs de la société civile.

Excusez-moi monsieur l’ambassadeur, mais est-ce que selon l’ONU il y a bien des soldats rwandais sur le sol congolais ?

S’il y a une nécessité de monter une enquête, il y a des mécanismes efficaces. Nous pourrions mettre en œuvre ces mécanismes pour montrer la vérité sur le terrain.

S’il y a bien des soldats rwandais dans l’est de la RDC, est-ce qu’on n’est pas là dans un viol de l’embargo sur les armes ?

Je ne travaille pas avec des suppositions. Je travaille avec les faits et mon bureau est là pour assurer une meilleure mise en œuvre de l’Accord-cadre.

Certains accusent l’ONU de fermer un peu les yeux sur ce qui se passe là-bas…

Les Nations unies constituent une force d’accompagnement et d’appui. La donne sécuritaire socioéconomique, tout cela relève des pays de la région des Grands Lacs. Ce sont leurs affaires souveraines.

Où en sont les relations entre le Rwanda et l’Ouganda. On a vu notamment un accord sur une éventuelle réouverture de la frontière, mais rien de concret n’a été constaté. Où en est-on ?

Je ne suis pas d’accord pour dire qu’il n’y a rien de concret. Depuis la signature du protocole d’accord [en août 2019], un certain nombre de progrès ont été enregistrés : établissement d’une commission ad hoc qui s’est réunie déjà trois fois, signature d’un traité d’extradition, la libération de détenus et l’ouverture future des frontières. Bien sûr, il faut avouer que la pandémie a naturellement obligé les parties à réorienter un peu leurs priorités. Le processus semble connaître un ralentissement. Mais à mon avis, il faut rester optimistes. La crise n’est pas terminée. Il faut la gérer avec patience comme une histoire de famille. Il faut savoir la gérer avec le temps.

Pensez-vous que l’Afrique des Grands Lacs peut combattre seule ce coronavirus ?

La réponse est non. L’appui international est indispensable.

Certains pays sont accusés de brutalité, de violations des droits de l’homme dans l’application des mesures de lutte contre le coronavirus. Human Rights Watch, il y a quelques jours, accuse notamment le Rwanda. Est-ce que tout cela vous inquiète ?

Les pays de la région des Grands Lacs sont résolus et fermes dans la prise de dispositifs nécessaires. En même temps, quelles que soient les difficultés, il faut faire tout le nécessaire pour assurer une bonne protection des droits et libertés fondamentaux.