L’Afrique du Sud est le premier pays du continent africain à avoir pris la décision d’un confinement total de trois semaines. Le pays compte 1 200 cas de coronavirus et 2 morts, selon le nouveau bilan rendu du Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l'Union africaine. Le confinement, annoncé la semaine passée par le président Cyril Ramaphosa, a démarré dans la nuit du jeudi 26 mars à minuit et concerne près de 60 millions de personnes. Mohamed Diatta, chercheur à l’Institut pour les études de sécurité à Pretoria, est notre invité.

RFI : L’Afrique du Sud est confinée. Comment expliquez-vous la décision du président sud-africain, une décision radicale -très tôt-, alors qu’il n’y avait pas encore de décès dans le pays ?

Mohamed Diatta : Je pense qu’il a voulu anticiper la propagation du virus dans son pays, notamment pour éviter que les populations vulnérables et à risques, dans les townships -les bidonvilles sud-africains-, soient exposées à ce virus. Et je pense qu’il voulait également éviter de mettre le système de santé à rude épreuve, comme c’est le cas dans plusieurs pays, notamment en Europe.

Justement, le chef de l’État a parlé de population vulnérable. Pourquoi cela ?

Il y a une sorte d’histoire dans tout cela, c’est que l’Afrique du Sud est l’un des pays qui a le plus été affecté par le VIH-Sida et donc la proportion de personnes séropositives en Afrique du Sud est beaucoup plus élevée que sur le reste du continent, en moyenne. Et je pense qu’il y avait aussi, évidemment, le souci du fait qu’une grande partie de la population sud-africaine est considérée comme ayant un système immunitaire faible, en raison notamment de ce VIH-Sida et de la tuberculose.

Oui, il y a un fort taux de tuberculose ; 300 000 cas par an.

Et en plus de cela, du fait du système de santé sud-africain dont la qualité est beaucoup plus adéquate dans le secteur privé. Ce sont également des populations qui n’auraient donc pas accès aux soins de santé, aux hôpitaux les mieux structurés et les mieux équipés du pays.

Le président sud-africain a annoncé un confinement total par rapport à d’autres pays. C’est vrai que les mesures annoncées sont très strictes.

Oui, d’un certain point de vue, on pourrait considérer que ce sont des mesures strictes. Mais j’ai plutôt le sentiment qu’il a voulu éviter une situation qui serait difficilement maîtrisable plus tard. Lorsque l'on parle, par exemple, des bidonvilles, le risque de propagation du virus dans ces endroits-là est très élevé, du fait que les individus vivent dans une promiscuité accrue et donc qui serait favorable à la propagation, voire à une propagation exponentielle du virus dans ces zones-là.

Est-ce que ce confinement, justement, est réaliste ? Vingt pour cent de la population vit dans ces townships, certains sont des bidonvilles où il y a une densité de population très importante et une partie de cette population vit de petits boulots. Ce sont des vendeurs de rue, donc s’ils ne travaillent pas et ne gagnent pas d’argent, est-ce que c’est réaliste d’imposer un confinement dans ces lieux de haute densité ?

C’est effectivement là toute la difficulté, c’est que les inégalités en Afrique du Sud sont connues. Et effectivement, les populations dans les townships vivent dans une pauvreté quasi-extrême. Je ne pense pas que le gouvernement ait véritablement affirmé son plan dans ce sens-là. Qu’est-ce que le gouvernement fera pour prendre soin de cette population qui, je pense, au bout d’une ou deux semaines, court le risque de ne pas pouvoir se nourrir.

Est-ce que le gouvernement a prévu quelque chose pour venir en assistance à cette population défavorisée ?

Pour l’instant, ce n’est pas clair. Mais il y a un certain nombre d’éléments qui ont été énoncés par le président Ramaphosa, notamment un fonds de solidarité qu’il a mis en place pour pouvoir, justement, répondre à ce genre de problèmes.