En tant que conseillère, puis ministre d'Omar Bongo, Laure Olga Gondjout a vu venir au Gabon les principales figures de la Françafrique, de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy en passant par Jean-Marie Le Pen... Aujourd'hui, dans un livre-témoignage, « Instants de vie », paru aux éditions Tabala, elle dévoile quelques petits secrets et s'exprime aussi sur Ali Bongo, l'actuel président du Gabon. À Abidjan, où elle réside actuellement, elle répond aux questions de RFI.

RFI : Dans votre ouvrage « Instants de vie, Omar Bongo, les miens et le monde » paru aux Éditions Tabala, vous dites que le président Bongo était généreux, et de fait, plusieurs hommes politiques français, à commencer par l’ancien président Giscard d’Estaing, ont confirmé qu’il aidait volontiers, financièrement, les candidats aux élections présidentielles françaises. Pourquoi le faisait-il ?

Laure Olga Gondjout : La question, il faut la poser au président Valérie Giscard d’Estaing. Je n’ai pas parlé de soutien financier du président Omar Bongo à la classe politique française, mais je sais que le président Bongo a été généreux et a aidé financièrement de nombreux Africains, de nombreux partis africains, au nom de la paix et aussi pour renforcer certaines capacités d’un leadership africain dont nous avons tant besoin.

Ce qui est frappant avec les hommes politiques français qu’il soutenait, c’est le fait qu’il n’était pas partisan. C’est à dire qu’il a beaucoup aidé Jacques Chirac pendant plus de vingt ans, par l’intermédiaire, notamment, de Dominique de Villepin. Mais Robert Bourgi affirme que le président Bongo a aussi aidé financièrement Jean-Marie Le Pen avant la présidentielle de 1988. Pourquoi cette aide ?

Je sais que Jean-Marie Le Pen est venu au Gabon, mais le président était un homme de dialogue et s’il pouvait, par son relationnel, aider aussi la classe politique française, pourquoi se priver de cet atout ? Pourquoi ? Maintenant, Jean-Marie Le Pen peut être considéré comme un extrémiste en France, ce n’est peut-être pas la vision que nous avons en Afrique. Parce qu’en fait, il est extrémiste, c’est une façon d’accéder au pouvoir. Vous pensez que, si jamais Jean-Marie Le Pen accédait au pouvoir, il aurait la même rigidité politique ? J’en doute. Enfin, pas lui. Sa fille, aujourd’hui.

Pour la présidentielle française de 2007, Mike Jocktane, l’ancien conseiller personnel du président Bongo, affirme à nos confrères Thomas Hofnung et Xavier Harel que le président gabonais a apporté une contribution financière au candidat Nicolas Sarkozy. De quelle nature était-ce ?

Alors là, je ne sais pas. Ça, c’est mon compatriote qui le dit, peut-être qu’il faudrait lui poser la question, mais je ne sais pas.

Il paraît que, quand un collaborateur du président Bongo remettait une mallette à un de ses visiteurs, la scène était filmée discrètement par le président Bongo.

(Rires) Ah bon ? Non je ne suis pas informée de cela. Vous vous imaginez un peu, avec la générosité du président, tout ce qu’il aurait fallu comme archives filmées ? Non !

Vous aviez de l’affection pour l’opposant gabonais André Mba Obame. Et vous le dites, vous ne le cachez pas dans votre livre. Après 2009, quand il est tombé malade, vous écrivez que c’est vous qui avez convaincu le président Ali Bongo de laisser sortir André Mba Obame du Gabon pour aller se faire soigner en Afrique du Sud. Est-ce que, dans les deux dernières années de sa vie, André Mba Obame aurait pu être mieux traité ?

Il est difficile de répondre à une telle question, mais je considère qu’André était un des nôtres. Il avait des velléités présidentielles, c’était légitime. Mais je pense que, dans nos États, nous devrions être plus respectueux de la dignité humaine et cela nous éviterait peut-être bien des problèmes. André ne pouvait pas quitter le territoire. Je le savais malade et j’ai eu peur que, si on ne le laissait pas sortir du territoire pour aller se soigner, il puisse y avoir un drame et le président Ali Bongo aurait pu le payer cher. D’ailleurs, vous avez vu lors de ses obsèques, ce que cela a soulevé comme mouvements populaires dans le Gabon.

Vous rappelez, en effet, l’affluence le jour des obsèques d’André Mba Obame à Libreville, ce qui prouve combien André Mba Obame était populaire. Qui a vraiment gagné à la présidentielle d’août 2009 ?

Ali Bongo. André Mba Obame a revendiqué sa victoire, mais que je sache, c’est Ali Bongo. Je n’ai pas d’éléments qui me permettent de dire le contraire.

En août 2016, Ali Bongo est officiellement réélu, face à un nouvel adversaire. Cette fois-ci, c’est Jean Ping, avec un taux de participation incroyable dans la province du Haut-Ogooué : 99,93% des citoyens inscrits sur les listes électorales sont censés avoir fait le déplacement pour déposer un bulletin dans l’urne. Franchement, est-ce que c’est crédible ?

Là, je ne peux pas vous répondre… (rires). Je ne sais pas. Je n’ai pas calculé ce taux, je n’étais pas présente dans la province du Haut-Ogooué, mais je dois avouer que c’est un score inhabituel. C’est inhabituel, c’est vrai.

Mais vous comprenez peut-être aussi le très fort mécontentement de votre ancien ami Jean Ping…

Je pense qu’il est temps qu’une passerelle soit établie entre ces deux camps, pour permettre un dialogue, puis s’engager véritablement vers le développement. D’ailleurs, je peux vous dire que je suis sur le point de lancer mon Académie pour la paix en Afrique et cela fera peut-être bien partie des chantiers sur lesquels je vais m’engager.

Et aujourd’hui, vous vous sentez plus proche d’Ali Bongo ou plus proche de Jean Ping ?

Je me sens plus proche du Gabon. Je n’ai de contact, ni avec l’un, ni avec l’autre, mais toute personne qui pourrait me contacter, ou que je contacterai, je pourrai échanger avec cette personne. Donc je pourrai discuter avec tout le monde. Je ne suis fermée à personne.