En lien avec la pandémie de Covid-19, une autre épidémie : celle des infox, ou des fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux du continent. Rumeurs de vaccination, remèdes miracles contre le coronavirus, vidéos sorties de leur contexte. Autant de fausses informations dangereuses et visant à entretenir la psychose autour du virus. Comment les combattre ? Comment s’en protéger ? Samba Dialimpa Badji, rédacteur en chef du site de vérification d’informations Africa Check est l’invité Afrique de RFI.

RFI : Pourquoi y a-t-il plus de fausses informations, d’infox, en ce moment, à la faveur du coronavirus ?

Samba Dialimpa Badji : Effectivement, nous-mêmes avons fait le constat qu’il y a plus d’infox et surtout énormément de fausses informations autour de la pandémie de Covid-19.

Je pense que c’est plus lié à ce contexte d’épidémie, où les gens ont des difficultés à accéder à des informations actualisées en temps réel. On ne sait pas vraiment comment évolue la maladie, je pense que cela permet à d’autres informations qui sont fausses, qui circulent plus facilement, d’être plus partagées, et partagées plus facilement que les informations officielles. Cela fait que les informations qui sont fausses ont une telle viralité, parce que ce sont elles qui circulent le plus facilement. C’est aussi simple que cela.

De quel type d’infos s’agit-il ? Est-ce que vous avez un exemple ?

Je pense que l’exemple le plus intéressant pour nous, c’est celui qui est un peu lié à une activité récente, où on parlait beaucoup de vaccins. Dans la foulée, une vidéo a été partagée sur WhatsApp, où on voit des hommes blancs dans un village qui se trouve en Casamance, avec un groupe de personnes. Le message vocal qui accompagne la vidéo dit que ce sont des gens qui sont en train de procéder à une vaccination pour répandre le virus. Cela a vraiment fait le tour de WhatsApp et certains l’ont même partagée sur Facebook. Et après vérification… Déjà, on savait que c’était faux…

Cela fait suite aux propos du médecin et du chercheur, sur la chaîne française d’information LCI, qui parlaient d’expérimenter le vaccin BCG en Afrique, c’est cela ?

Tout à fait. Mais je tiens aussi à préciser que bien avant cette sortie, il y avait déjà des rumeurs qui disaient : « Oui, on va tester le vaccin en Afrique ». Donc cette séquence est venue ajouter une couche à ce qui se disait déjà, et juste après, il y a eu cette vidéo qui était fausse. Nous avons fait un article qui a démontré que c’était faux, parce que nous avons pu localiser le village, parler aux personnes qui étaient sur la vidéo et qui nous ont expliqué de quoi il s’agissait.

Vous avez une équipe de journalistes qui est chargée de prouver que ce sont de fausses informations. Comment on s’y prend ? Est-ce qu’il y a un modus operandi, en ces temps d’épidémie, pour démentir ce type d’infox ?

Pour moi, ce n’est pas tant la difficulté de vérifier si c’est vrai ou faux. La difficulté se trouve au niveau du fait que les fausses informations circulent à une telle vitesse que, le temps de faire la recherche, de trouver la réponse et de publier un article qui dément, elle a déjà fait presque le tour de la planète.

C’est trop tard ?

Je ne le dirais pas vraiment… Mais, déjà, je ne suis pas sûr que l’article que l’on va publier va avoir le même circuit. Donc ce n’est pas sûr que cela va toucher toutes les personnes qui ont été touchées par l’infox. Ensuite, on se rend compte que cela n’a pas la même viralité. Parce que l’autre dénominateur commun des infox, c’est que, quand même, quand on observe bien, c’est fait pour être partagé.

Africa Check s’intéresse aux infox et aux fausses informations sur le continent africain. Est-ce qu’il y a une spécificité, actuellement, des fausses informations liées au coronavirus dans la sous-région en Afrique subsaharienne ?

On est dans une partie du monde où il y a une bonne partie de la population - une majorité de la population - qui n’est pas instruite, qui ne peut pas suivre l’information en français et qui reçoit les infox dans leur langue. Donc, l’une de difficultés, si l’on veut combattre les infox, c’est de savoir comment toucher à cette frange de la population qui est très connectée, qui est sur WhatsApp. Par exemple, je parlais de la vidéo de tout à l’heure sur la vaccination, le message était en wolof.

Est-ce qu’il y a des gestes « barrières » contre les fausses informations ?

Quand vous recevez un message, la première question à vous poser, c’est : « D’où cela vient ? ». Posez toujours la question à la personne qui vous envoie le message WhatsApp. Si c’est une vidéo : est-ce que vous savez d’où cela vient ? Et essayez de voir ce qu’elle va vous dire.

L’autre chose : essayez de voir si les médias classiques en parlent. Il serait étonnant qu’une information sérieuse ne soit pas relayée par des médias classiques. Et si vous êtes un peu patient, vous pouvez contacter Africa Check qui peut essayer de faire des recherches. Mais vraiment, posez-vous les questions. La première question : toujours demander à la personne qui vous l’envoie si elle connaît l’origine du message.

Samba Dialimpa Badji et le site Africa Check