« Pour nous, il n’y aura pas d’élection ce samedi, puisqu'il n'y a pas de Commission électorale indépendante », affirme le porte-parole de la plateforme de l’opposition ivoirienne. Hier à la même heure, vous avez pu entendre le président sortant Alassane Ouattara, qui déclarait que le scrutin aura bien lieu. Ce matin, l’opposant Pascal Affi N’Guessan répond sur place à Abidjan aux questions de Christophe Boisbouvier de RFI et de Marc Perelman de France 24.

RFI-France24 : Alassane Ouattara affirme que la raison pour laquelle vous et l’ex-président Henri Konan Bédié boycottez cette élection, c’est parce qu’en fait vous savez très bien qu’elle est perdue.

Pascal Affi N'Guessan : Non, nous ne boycottons pas. Nous sommes candidats, mais nous contestons les conditions d’organisation de cette élection. Et pour nous, le 31, il n’y a pas d’élection, puisqu’il n’y a pas de Commission électorale indépendante conforme à la loi ivoirienne, il n’y a pas de distribution de cartes d’électeurs, le processus est entravé sur l’ensemble du territoire. Donc pour nous, l’opposition ivoirienne, tout peut se passer, mais ce n’est pas une élection qui pourrait être reconnue par l’opposition ivoirienne comme une élection crédible et transparente.

Mais Alassane Ouattara dit que, quoi qu’il arrive, le scrutin aura bien lieu ce samedi 31 octobre. Est-ce que ce n’est pas, pour vous, l’échec de votre stratégie de désobéissance civile ?

Non, puisque nous nous battons. Nous ferons en sorte que cette élection n’ait pas lieu. Les bureaux de vote ne seront pas ouverts, puisque nous allons empêcher leur ouverture, comme nous empêchons, à l’heure actuelle, la distribution du matériel électoral.

Mais Alassane Ouattara a annoncé qu’il allait déployer 35 000 membres des forces de l’ordre.

Mais les forces de l’ordre ne pourront pas nous empêcher. Il ne peut pas déployer dans chaque bureau de vote des dizaines de militaires ou d’agents des Forces de défense et de sécurité. C’est dans ce contexte qu’à l’heure actuelle, il a des difficultés à distribuer les bulletins de vote. Il est obligé de les délocaliser dans les brigades de gendarmerie, mais ce n’est pas dans les brigades de gendarmerie que se passeront les votes. Monsieur Ouattara peut faire ce qu’il veut, mais dans tous les cas il ne peut pas organiser une élection digne de ce nom, qui peut être reconnue par la communauté internationale, parce qu’il n’y a pas d’élection en Côte d’Ivoire à l’heure actuelle.

Il y a des violences meurtrières qui ont fait déjà plusieurs dizaines de morts que nous déplorons depuis deux mois, maintenant, et Alassane Ouattara dit que c’est vous qui provoquez ces troubles meurtriers. Il vous dit : « L’opposition doit respecter la vie des autres ».

Mais il faut d’abord que lui-même respecte sa parole. Les morts ont commencé à partir du jour où il a annoncé qu’il se présentait pour un troisième mandat. Il est donc la source des morts, la source d’instabilité, la source de la violence en Côte d’Ivoire. Les preuves sont abondantes, ce sont les miliciens de monsieur Ouattara qui attaquent chaque fois. Nous savons que son petit frère entretient une milice privée de plusieurs dizaines de milliers de personnes, qu’il envoie sur les théâtres de l’opération chaque fois que l’opposition manifeste, pour agresser. À Bongouanou, ce ne sont pas mes partisans qui ont incendié ma maison.

Alassane Ouattara affirme que, si une rencontre avec votre partenaire de l’opposition, Henri Konan Bédié, n’a pas eu lieu - c’était prévu dans les derniers jours -, c’est du fait de lui-même, Henri Konan Bédié. Est-ce que vous pouvez confirmer ? Qu’est-ce qu'il s’est passé ces derniers jours ?

Ce qui s’est passé, c’est que nous avons demandé une médiation internationale. L’ONU nous a écrit et le président Bédié a répondu que nous sommes disposés à rencontrer monsieur Ouattara, mais sous la facilitation internationale. Parce que la crise de confiance qui prévaut à l’heure actuelle, entre nous, est telle, que nous ne pouvons trouver de solution de compromis que s’il y a un médiateur crédible qui peut venir et faire en sorte que les positions puissent se rapprocher.

Donc pas de tête-à-tête en fait ?

On a dépassé ce stade-là. Nous n’en sommes plus au stade du tête-à-tête.

Faut-il la présence d’un chef de l’État de la sous-région ?

Nous avons sollicité la médiation d’une personnalité en dehors de cette sous-région pour garantir que l’échange sera transparent, qu’il n’y aura pas d’intérêts partisans, d’intérêts géopolitiques qui puissent influencer.

La médiation d’une personnalité africaine ?

D’une personnalité africaine.

Est-ce que vous avez eu un contact récent avec Laurent Gbagbo ? Il est silencieux depuis longtemps. Est-ce que vous lui avez parlé, est-ce qu’il vous soutient ? Parce qu’on ne sait pas…

Nous nous sommes parlé, je crois, le jour où ma résidence a été incendiée à Bongouanou…

Il vous a appelé ?

Il m’a appelé pour m’apporter son soutien et sa compassion.

Est-ce que, pour vous, Laurent Gbagbo est toujours le leader incontesté du Front populaire ivoirien ?

Evidemment ! C’est lui le chef. Tout dépend du nouveau rôle qu’il veut jouer. Evidemment, nous sommes d’une autre génération, s’il décide de promouvoir cette nouvelle génération, nous sommes à la disposition du parti et nous jouerons le rôle que nous pouvons jouer, avec l’expérience que nous avons acquise, pour aider la Côte d’Ivoire.

Pour l’avenir, le président Ouattara veut rétablir la limite d’âge pour les candidats de plus de 70 ans, et donc vous, qui êtes plus jeune, est-ce que ce n’est pas une aubaine pour vous ?

Sur le principe, nous n’avons aucun problème. Mais sur la démarche, sur la manière, sur l’esprit, véritablement, il faut condamner cette façon de faire. Ce n’est pas à un individu de modifier telle ou telle disposition de la Constitution quand ça l’arrange.

Mais si un jour vous êtes amené à vous prononcer pour ou contre la limite d’âge, vous voterez pour ou vous voterez contre ?

Je serai pour. La limitation d’âge est nécessaire, tout comme la limitation du nombre de mandats.