Sept candidats sont en lice pour la présentielle de mercredi prochain, le 20 mai, au Burundi. La campagne se termine ce dimanche 17 mai. RFI donne la parole à l’ensemble des candidats. Ce vendredi matin, nous recevons l’ex-chef rebelle Agathon Rwasa, qui se présente sous les couleurs du Congrès national pour la liberté (CNL). Il est le principal rival du général Evariste Ndayishimiyé, candidat du parti au pouvoir (le CNDD-FDD), Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie.

RFI : Au vu des circonstances et du climat qui prévaut au Burundi, beaucoup pensaient que cette élection était jouée d’avance. Vous n’êtes pas d’accord avec cette analyse, vous y allez pour gagner.

Agathon Rwasa : Oui, nous y allons pour gagner, parce que la population veut du changement. Elle est déterminée pour le changement. Donc il n’y a rien de joué d’avance, sinon la panique qu’on observe dans le camp du CNDD-FDD ne serait pas observée aujourd’hui.

Mais est-ce que les conditions pour une élection équitable, démocratique, sont réunies, selon vous ?

Non, elles ne sont pas réunies. D’autant plus que l’administration est monopolisée par le CNDD-FDD. Nous voyons même qu’il y a une violation flagrante du Code électoral, notamment dans la mise en place des membres des bureaux de vote. La Céni se refuse toujours à afficher les listes des personnes inscrites. Donc il y a beaucoup, beaucoup, d’irrégularités, parce que le CNDD-FDD veut se maintenir, coûte que coûte. Ils ont été aux affaires pendant quinze ans. Tout a dégringolé. Leur gouvernance n’a été basée que sur la violence et évidemment les libertés n’existent plus. Il faut être du CNDD-FDD pour faire du business. Il faut être du CNDD-FDD pour jouir de ses droits… Mais la population est déterminée au changement. Donc on doit réussir ce pari.

Vous dénoncez également la répression à l’encontre de vos militants avant la campagne et pendant cette campagne ?

Oui, cela s’est amplifié pendant cette campagne, et donc, la chasse à l’homme, surtout contre les mandataires et ceux qui sont sur les listes.

Mais vous parvenez tout de même à faire campagne. Il y a un espace qui est ouvert…

Ce n’est pas si ouvert que cela. Des fois, on nous refuse les espaces que l’on a demandés, depuis que l’on a commencé la campagne, on nous dit que c’est occupé par d’autres… Finalement, on se rend compte que personne n’y a été… On nous dit parfois même qu’on ne peut pas être dans la même province que le candidat du CNDD-FDD… C’est vraiment un peu bizarre ce que l’on nous fait comme traitement.

Et que ferez-vous si vous estimez que l’on vous a volé la victoire ?

Ce qui est prévu par la loi, c’est cela que nous allons faire. Nous saisirons la Cour constitutionnelle, quand bien même nous savons que c’est une Cour qui est plutôt sous la coupe du CNDD-FDD.

Certains partis de l’opposition vous reprochent le choix que vous aviez fait, de soutenir en 2015 le président Pierre Nkurunziza. Vous aviez même été élu premier vice-président de l’Assemblée nationale avec les voix de son parti. Maintenant, il garde une dent contre vous et refuse de se rallier. Est-ce que cela ne risque pas de vous coûter cher ?

Ecoutez, madame… Au Burundi on a trente-cinq partis politiques agréés au ministère. Mais sur le terrain c’est une autre réalité. Je pense que chaque parti politique décide de son sort de façon libre et de façon indépendante. Nous sommes libres de décider, ils sont libres de décider de leur côté… Qu’on se respecte…

Votre nom est cité dans le massacre des Tutsis congolais Banyamulenge à Gatumba en 2004. Vous étiez considéré comme un extrémiste hutu. Qu’est-ce que vous répondez aujourd’hui ?

Je n’ai jamais participé à cette tragédie. Je ne peux pas répondre d’un crime que je n’ai pas commis. Deuxième chose : la propagande de tous les gouverneurs burundais aura toujours été de dire que Rwasa est un extrémiste. Les politiciens burundais, au lieu de s’attaquer aux vrais problèmes, ils cherchent toujours à manipuler l’opinion. Pour moi, on est Burundais. Et être Burundais c’est plus qu’être Hutu, plus qu’être Tutsi… Ce que nous cherchons à bâtir, c’est un Burundi réconcilié avec lui-même. Alors, ceux qui spéculent et qui veulent patauger dans cet imbroglio de l’ethnisme et autre, ils sont en arrière. Je ne sais pas quand est-ce qu’ils vont rattraper le train.

Et si vous êtes élu, quelle est la priorité numéro un de votre projet de société ?

D’abord, nous voulons rétablir le droit de tout citoyen. L’appareil sécuritaire doit être là de façon professionnelle et ne pas s’embarquer dans les histoires de militantisme, comme on le voit aujourd’hui. On veut redorer l’image du Burundi. Il faut relancer la coopération pour que le Burundi sorte de son isolement. Il faut aussi prioriser l’éducation nationale, tout en pensant aussi à développer notre économie, toutes les priorités en quelque sorte. C’est comme si on devait reprendre tout à zéro.