Rose Christiane Ossouka Raponda est la première femme Première ministre Gabon. Nommée en juillet dernier, cette économiste de formation de 56 ans, qui avait été auparavant ministre du Budget et de la Défense, a présenté vendredi dernier son discours de politique générale à l’Assemblée nationale. Elle a annoncé son intention de stimuler les partenariats public-privé pour relancer l’économie en cette période de Covid-19. Elle compte aussi améliorer le climat des affaires.

RFI : Quelle est la principale action qui caractérisera votre mandature ?

Rose Christiane Ossouka Raponda : Notre mission est claire et a été définie par le chef de l’État, c’est celle de relancer l’économie et améliorer les conditions de vie des populations gabonaises. Nous allons nous atteler à remplir ces missions-là de manière progressive, tout en mettant le contrôle dans tout ce qui sera fait sur un chronogramme qui sera défini dans les prochains jours.

Avec un pétrole bas, la dette publique se creuse. Quelle est votre marge de manœuvre ?

Le taux d’endettement, vous vous dites qu’il est très élevé, mais l’endettement, il est fait justement pour donner une bouffée d’oxygène aux entreprises et créer des emplois. Et cet endettement a été justement regardé dans le cas d’une stratégie afin d’apurer la dette et nous allons voir au fur et à mesure comment la rendre un peu plus supportable pour notre économie.

Le Gabon ne parvient toujours pas à diversifier véritablement son économie, à sortir du tout pétrole ?

Ah, non. Je ne vous permets pas de le dire, Madame. Le Gabon  a commencé sa diversification de l’économie. Il y a des secteurs-clé quand même, des secteurs porteurs de croissance et de résilience économique tels que l’agriculture, la pêche, le numérique, la forêt.

Mais le secteur pétrolier représente encore environ un tiers du PIB…

Mais, c’est tout à fait normal. Une diversification se fait dans le temps. Aujourd’hui, le rôle pour nous, c’est de faire en sorte que les activités économiques reprennent et que les réalisations des projets qui ont déjà été entamés depuis plusieurs années donnent des résultats qui soient des résultats satisfaisants.

C’est la première fois qu’une femme est nommée au poste de Premier ministre au Gabon. Mais dans votre pays, il y a des femmes très influentes, des femmes comme Marie-Madeleine Mborantsuo, la présidente du Conseil constitutionnel, Sylvia Bongo Ondimba, la Première dame…

Oui. Mais vous savez qu’il ne faut pas voir cette nomination de femmes dans le prisme de la femme avec un grand F. Il s’agit de talents, de compétences. Il s’agit d’efficacité collective, comme nous dit le chef de l’État.

Vous les avez remerciées dans votre discours. Pourquoi ?

C’est très important parce que la Première dame du Gabon, madame Sylvia Bongo Ondimba, pose des actions en faveur justement de l’épanouissement de la condition féminine ; madame Mborantsuo, présidente du Conseil constitutionnel, a joué un rôle important lors de la phase transitoire et de la mise en place du multipartisme dans notre pays. Donc, ce sont des rôles très importants, elles le jouent en tant que compétentes en la matière et non en tant que femmes.

Cela fait bientôt deux ans que le président Ali Bongo a été victime d’un AVC. Et l’opposition continue de parler de vacance du pouvoir. Dans une tribune qu’il vient de publier, l’opposant Jean Gaspard Ntoutoume Ayi s’interroge : « Qui dirige le Gabon ? Qui nomme les ministres et les Premiers ministres ? ». Que lui répondez-vous ?

Le président Ali Bongo Odimba est le président du Gabon. Le président Ali Bongo Odimba dirige le Gabon. Le président Ali Bongo Odimba donne des instructions au gouvernement. Le chef d’État se porte bien.

Et que répondez-vous à ceux qui affirment que la Première dame a trop d’influence justement ?

La Première dame du Gabon est la Première dame du Gabon. Elle est aux côtés de son époux. Il joue son rôle de président de la République. Et le Première dame joue son rôle de Première dame.

En ce qui concerne la pandémie du Covid, le Gabon enregistre finalement peu de décès, 53 décès. Est-ce que le plus dur est passé ?

C’est le fruit justement de toutes les mesures qui ont été mises en place pour freiner la propagation de la Covid-19 qui font en sorte que nous avons un taux de létalité qui soit faible et que les guéris également sont très importants par rapport aux 8 500 qui ont été déclarés positifs.

Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui encore le maintien du couvre-feu et les interdictions de manifester ?

Le couvre-feu doit permettre de limiter justement l’activité nocturne non essentielle et cela a donné les résultats que l’on connait aujourd’hui.

Les réunions de plus de dix personnes restent interdites. Les partis politiques ne se réunissent plus. Ce sont des libertés fondamentales ?

Il s’agit de santé. Il s’agit de la santé des hommes. Je crois que tous les pays du monde l’ont fait également à un moment donné et lorsqu’ils ont relâché, on voit des exemples qui se passent à travers le monde, la résurgence exponentielle des cas de Covid-19. Il faut que nous continuons, que nous continuons à être prudents et regarder cas par cas comment alléger certaines mesures pour que les activités normales reprennent.

« Mais où est passé l’argent promis ? Qu’est-ce qui a été fait pour améliorer les structures sanitaires au Gabon », s’interroge par exemple Marc Ona Essangui de Tournons la page, association de défense des droits humains, qui parle de « corona business ». Est-ce que c’est une réalité ?

Les comptes sont clairs. Donc, il n’est pas question d’affaires qui ont été réalisées sur le dos des prises en charge des personnes qui sont contaminées par le Covid-19. Des enquêtes parlementaires ont débuté déjà au mois de juin, juillet. Essayez d’interroger les députés qui sont dédiés à la tâche. Ils vont au fond des questions. Et tout est clair et transparent.